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Souvenirs de Cinéma #41 : Océane Zerbini

Aujourd’hui c’est Océane Zerbini, créatrice du podcast The Lemon Adaptation Club centré sur l’adaptation d’oeuvres culturelles au cinéma, rédactrice pour le site Les Chroniques de Cliffhanger & Co et intervenante régulière dans l’émission Blockbusters de France Inter, qui revient sur la manière dont sa vie et sa passion pour le cinéma n’ont jamais cessé de se croiser. 

La première fois que j’ai compris que le cinéma était important dans ma vie ne s’est pas exactement produite dans une salle obscure.

Je devais être en maternelle, et en rentrant de vacances avec ma famille, je me suis écriée “Oh, le studio Universal !” en voyant un panneau qui semblait indiquer cela. Mais je n’étais pas aux Etats-Unis, encore moins dans le parc d’attraction. Non, j’étais dans une voiture qui conduisait sur l’autoroute en région parisienne, et le panneau indiquait… “Université”.

L’ironie de cette anecdote, c’est que je suis finalement allée à l’université 15 ans plus tard pour devenir journaliste ciné ou scénariste, mais que j’ai lâché l’affaire au bout de 3 ans, alors que je rêvais d’être critique depuis la primaire. Je ne suis aujourd’hui ni l’un ni l’autre, mais je parle quand même de cinéma dans ma profession – une joie quotidienne. Parfois teintée de mélancolie, parce qu’il est toujours difficile de renoncer à son rêve le plus ancien.

J’écris sur le cinéma. Je regarde des films, au moins un par semaine. Je tiens un podcast en grande partie consacré au cinéma. Je lis des critiques. Et puis, l’homme de ma vie est projectionniste dans des cinémas. Parfois je me dis que, de toute façon, que je le veuille ou non, je suis liée au cinéma pour le restant de mes jours, qu’il survive à la fin annoncée de la salle ou qu’il dépérisse ailleurs. 

À mes yeux, ce n’est pas tant l’endroit qui compte que le reste des facteurs. J’ai vu Avengers 6 fois en salles, à chaque fois avec des amis, et ce sont eux que je retiens plus que le reste. J’ai découvert The Social Network, mon film favori, un dimanche matin au cinéma de ma ville d’origine encore endormie, mais l’électro-choc aurait été le même peu importe l’endroit et le mode de visionnage. Mon premier baiser (raté) était dans une salle de cinéma, mes premières larmes aussi, devant la ressortie d’E.T., dans le cinéma de Verneuil avec ma grand-mère. Mais mes premières identifications, mes premiers fous-rires, mes premières peurs, tout cela était chez moi, chez mes ami.e.s, en salle de classe. 

Il y a des découvertes qui comptent plus que les autres. Le Nouveau Monde de Terrence Malick, je n’avais jamais rien vu qui soit filmé comme ça du haut de mes 13 ans. Les Fils de l’homme avec cette caméra qui ne coupait pas ses plans. Titanic qui m’a donné la phobie de l’eau (c’est très sérieux). Supergrave, avec cette jeune ado qui découvrait que ses menstruations s’étaient manifestées sur le genou de Jonah Hill, ce fou-rire un peu trash teinté de soulagement : je n’étais donc pas la seule fille au monde à avoir mes règles, ce n’était plus un tabou ! 

Et puis le premier Spider-Man de Sam Raimi. Une VHS qui ne m’était pas forcément destinée au départ mais qui a changé ma vie, mon rapport aux super-héros du dimanche matin, au cinéma, et même aux femmes – parce que j’ai longtemps rêvé d’une amélioration et été longtemps déçue du peu de soin apporté à ces personnages féminins y compris dans cette trilogie. 

Le cinéma m’a formée de la même manière qu’un professeur vous enseigne une matière. Ma pensée politique, mon désir d’un monde plus égalitaire, une recherche aussi de la beauté et de l’émotion à travers des chemins inattendus. Parfois ce sont des chemins inattendus, mais n’est-ce pas ça, aussi, la magie du 7ème Art ? Être émue aux larmes devant un film qui adapte une franchise de jouets en forme de briques jaunes, c’est parfois plus magique qu’on ne pourrait le croire.

Je pense que le cinéma, comme l’art en général, reste un reflet parfois malheureux de la société. On continue d’y trouver des déchets, devant comme derrière la caméra, sans que rien ne soit fait pour résoudre le problème. En cela il me désespère parfois – et offre rarement de bonnes surprises. On ne peut pas sacraliser le cinéma sans évoquer ses problèmes, et sans vouloir y apporter des solutions. J’espère que mes prochains souvenirs de cinéma seront en tout cas pleins de partages, pleins de ces solutions. 

Pour qu’il soit protégé, oui, mais pour qu’il protège, encore plus.

Océane Zerbini

Propos recueillis par Yoan Orszulik. Vous pouvez retrouver Océane Zerbini sur le podcast The Lemon Adaptation Club, le site Les Chroniques de Cliffhanger & CoFrance Inter, ainsi que sur Facebook, Twitter et Instagram.

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