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On-Gaku : notre rock ! – Critique

Prix de la meilleure musique originale lors du dernier festival du film d’animation d’Annecy, On-Gaku : notre rock !, premier long métrage de Kenji Iwaisawa, est une oeuvre attachante ayant à coeur de remettre en avant l’importance de la création musicale, à travers un aspect décalé en parfaite adéquation avec son propos. 

À l’origine d’On-Gaku : notre rock ! se trouve un manga éponyme publié en indépendant par Hiroyuki Ohashi en 2005. En 2012, un projet d’adaptation en film d’animation est envisagé sous la houlette du réalisateur de documentaires Tetsuaki Matsue, un passionné de la scène musicale underground. Ce dernier se charge de la production en lançant un crowdfunding, tandis que Kenji Iwaisawa s’occupe du scénario et de la réalisation, tout en supervisant l’animation. 7 ans seront nécessaires à Iwaisawa pour venir à bout du long-métrage dont il a dessiné 40 000 images. Pour le casting vocal c’est Shintarô Sakamoto, ancien membre du groupe Yura Yura Teikoku, qui prête sa voix au personnage central de Kenji, secondé par Ren Komai, Tomoya Maeno, Tateto Serizawa, Kami Hiraiwa et Naoto Takenaka, respectivement Aya, Ôta, Asakura, Morita et Ôba. À l’instar du manga dont il est issu, On-Gaku narre le parcours d’un trio de lycéens, mené par le lunatique Kenji, qui décident sur un coup de tête de monter leur propre groupe de rock.

Sur ce postulat on ne peut plus classique, Iwaisawa va s’amuser à réinvestir la chronique adolescente à l’oeuvre dans la culture pop japonaise, à base de groupes d’amis un tantinet bagarreurs et de bandes rivales, via un prisme singulier. Kenji est un personnage qui se contrefiche de tout, et qui n’exprime ses décisions importantes qu’après de longues pauses silencieuses, propices à la stupéfaction de ses amis ainsi qu’à l’humour. Loin de se reposer sur ce running gag, Iwaisawa va faire du « je m’en foutisme » de son personnage principal le véritable moteur narratif de son récit. La logique absurde de Kenji va permettre au groupe Kobujitsu de voir le jour, tandis que la notion d’affrontements et de compétition généralement de mise, va être mise à mal. Dans un premier temps Kenji refuse de combattre la bande de punks qui souhaitent en découdre avec lui et ses amis, au point que le gang en question est rapidement ridiculisé lors d’une rixe nocturne avortée. Dans un second temps lorsque Kenji félicite un autre groupe de rock au nom quasi similaire: Kobijitsu. Une logique constructive qui va permettre à notre personnage principal de générer une véritable émulation humaine et artistique. Ce dernier n’hésitant pas à confier sur un coup de tête le chant de son groupe à Aya, l’une de ses camarades de classes, alors que cette dernière est totalement novice en la matière.  Loin de se reposer sur cette déconstruction maligne du genre, qui a pour but de le réinventer de l’intérieur, Iwaisawa profite des sessions musicales pour livrer un véritable défouloir expérimental. Une mise en scène dans laquelle se chevauchent plusieurs types d’animations générées par l’ordinateur 2D et la rotoscopie, qui contrastent avec l’aspect minimaliste et géométrique à l’oeuvre dans le reste du métrage. Le réalisateur en profite également pour émuler la caméra à l’épaule et des jeux de focales à la lisière du Fish Eye, notamment lors du concert final, tout en jouant sur les speedlines et les crayonnés.

Une volonté de mêler sans hiérarchie le langage du cinéma live à celui de l’animation qui se retrouve également dans la célébration de l’imagerie rock. Notamment lors d’un rêve psychédélique où se chevauchent de manière organique le célèbre Zeppelin de Led Zeppelin et la célèbre pochette de l’album Tubular Bells de Mike Oldfield. Un détournement également présent sur les affiches du concert final qui pastichent celles de Woodstock, tandis que le gang pourchassant Kenji aborde un look punk hérité des 70s. Même chose du côté du groupe Kobijitsu dont l’aspect vestimentaire tend plus vers la folk. Tous ces éléments concordent à créer une véritable osmose visuelle relativement intemporelle, qui va de pair avec la volonté du cinéaste de lier différents univers musicaux comme sources d’émancipation. La transformation de la chanteuse de Kobijitsu, qui aborde un nouveau look après sa transe musicale en est un bon exemple. Une émancipation que l’on retrouve dans les divers aspects musicaux, ainsi que durant le concert final. Ce climax est l’occasion pour Kenji de mettre à jour sa volonté de briser les conventions par l’entremise de la musique. À travers l’utilisation d’une flute à bec remplaçant à la fois une guitare électrique, ainsi qu’une baguette pour diriger un orchestre. Jusque’à ce que les deux groupes ne fassent qu’un et atteignent une transcendance collective répercutée par la voix au tempérament Blues que prend Kenji. Une donnée qui finit d’appuyer la réussite d’On-Gaku : notre rock ! dans sa volonté de livrer l’expérience d’union collective que représente l’acte artistique, aussi modeste puisse-t’il être. 

Summary
Jolie réussite dans ce qu’il entreprend, On-Gaku : notre rock ! est une oeuvre attachante dans sa déclaration d’amour envers la musique vue comme art d’émancipation collectif. Le tout porté par un personnage attachant de par son approche décalée en parfaite osmose avec son propos. Un long métrage qui prouve à nouveau que ce n’est pas le sujet qui compte, mai son traitement. À méditer.
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