#ALIVE – Critique

Premier film de Cho Il-hyeong, ancien assistant réalisateur sur diverses productions, #Alive semble cocher toutes les cases d’une production opportuniste cherchant à marcher sur le succès de Dernier train pour Busan. Cependant, s’il ne sort jamais des sentiers battus, le résultat final s’avère être une attachante et modeste réussite.

À l’origine de #Alive se trouve l’américain Matt Taylor, réalisateur du court métrage What It’s Like et de plusieurs épisodes de plusieurs épisodes de la Real tv, Small Business Revolution: Main Street. Ce dernier à l’origine d’un scénario nommé #Alone voit son histoire délocalisée en Corée du sud, au point de réécrire le script avec Cho Il-hyeong, ancien assistant réalisateur qui passe désormais à la réalisation. En 2019, Saerom Kim productrice coréenne établie aux États Unis ayant à son actif le long métrage Martha Marcy May Marlene, entre en jeu dans la production. Il-hyeong s’entoure du chef opérateur Son Won-ho et du chef décorateur Seo Seong-Gyeong, tous deux présents au générique de la comédie Gajang Botongui Yeonae. Les maquilleurs Hwang Hyo-kyun et Kwak Tae-Yong, déjà présents sur Dernier train pour Busan ainsi que sur Okja et Parasite, se chargent de concevoir les zombies, secondés pour les effets visuels de Park Sung Jin et la compagnie Digital Idea. Niveau casting c’est Yoo Ah-in, connu du public international pour sa prestation dans Burning de Lee Chang-dong, qui décroche le rôle de Oh Joon-woo, rejoint par la comédienne Park Shin-hye et Jeon Bae-soo (aperçu dans The Strangers). Le tournage à lieu à Gunsan du 1er octobre au 12 décembre 2019. La pandémie de Covid-19 oblige à décaler la sortie du film au 24 juin 2020. Malgré un démarrage prometteur au box office local, 1,9 millions de spectateurs, le film peine à atteindre son seuil de rentabilité estimé à 2,2 millions d’entrées, conduisant la boite de production à mettre en ligne #Alive sur diverses plateformes dont Netflix, le mois suivant.

#Alive narre le parcours de Joon-woo, un passionné des jeux en streaming qui voit son quotidien bouleversé lorsqu’un matin son quartier et plus généralement toute la Corée du sud sont envahis par des hordes de zombies, obligeant notre jeune protagoniste à rester chez lui en attendant d’éventuels secours et en espérant retrouver sa famille. Comme le suggère son sujet #Alive ne sort en aucun cas des sentiers balisés du film de mort vivant, que ce soit dans son déroulement et sa portée thématique, au point que chaque point semble avoir déjà été vu en mieux ailleurs. Que ce soit la description d’un état d’urgence, la sortie à risque en extérieur, jusqu’à la question de la domestication des morts vivants et la perte d’un être cher. À cela vient s’ajouter la mise en scène purement illustrative de Cho Il-hyeong qui se contente de signer des plans soignés mais sans véritable dynamisme. Cependant si tous ses écueils déteignent sur le résultat final, quelques éléments, et non des moindres, vont cependant permettre à Cho Il-hyeong de sortir son épingle du jeu, au point de susciter l’adhésion du spectateur. Le principal étant l’ossature du scénario, sa structure narrative, et la manière dont Il-hyeong et Taylor parviennent à travers une mécanique parfaitement huilée à rendre leur histoire captivante.

Tout d’abord en focalisant leur point de vue sur Joon-woo et sa manière de gérer un quotidien sans cesse sous tension, où l’immédiateté de l’urgence pour s’en sortir prime sur le reste. Il-hyeong et Taylor utilisant pleinement la passion du jeune homme pour les dernières technologies, faisant des smartphones et d’un drone de véritables ressorts narratifs, doublés de fusils de tchekhov intelligemment exploités. Ceci dans la mesure où ces derniers sont utilisés à plusieurs reprises dans le récit rendant le tout parfaitement organique, sans jamais rendre l’ensemble suffisamment trop voyant aux yeux des spectateurs, à l’exception notable d’un pistolet. Un souci d’utiliser chaque élément de la scénographie que l’on retrouve également du côté de certains personnages secondaires comme le voisin contaminé de Joon-woo qui reviendra à plusieurs reprises dans le récit, où lorsque qu’un zombie se souvient de sa profession d’autrefois créant une menace inédite. Un soin que l’on retrouve également du côté de la psychologie de Joon-woo où la disparition progressive de tout contact avec l’extérieur représenté par les technologies, couplée à l’absence de nourriture, vont le pousser à vouloir commettre l’inexorable.

Cependant l’arrivée d’un élément perturbateur, une voisine, va déjouer cette donnée et amener le récit vers une autre voie qui n’est pas sans rappeler le long métrage Des nouilles aux haricots noirs de Lee Hae-jun. Pour autant Il-hyeong et Taylor gardent bien en tête l’idée que leur récit est avant tout l’histoire d’une survie collective, continuant de jouer sur les idées scénographiques ingénieuses, notamment la corde reliant les appartements de nos protagonistes où même une table de salon, tout en assument les archétypes du genre. Au point que le long métrage apparait comme une réorchestration ingénieuse des codes du film de zombie, doublée d’une attachante histoire d’amitié. À ce titre l’autre qualité majeure de #Alive est son duo d’interprètes. Yoo Ah-in qui s’avère particulièrement convaincant dans son rôle d’ado maladroit, et Park Shin-hye qui donne une réelle détermination à un personnage détournant malicieusement le cliché de la girl next door. Au final la combinaison de ses deux éléments permettent à l’ensemble de se suivre sans déplaisir avec une réelle empathie, au point de faire oublier régulièrement les carences d’une mise en scène, qui s’il elle avait pu être aussi appliquée que ces éléments précités, aurait élevé d’avantage le niveau d’un film en l’état très sympathique.

Summary
Petit film sans prétention, #Alive est un bon exemple de série b ayant pour seul objectif de raconter une histoire déjà vue, mais faite avec suffisamment de soin pour susciter l’adhésion. Un soin qui s’il n’est pas présent à la réalisation, fait partie intégrante du scénario et de ses interprètes. Un minimum syndical qui devrait être l’adage de n’importe quel film. À méditer.
3.5

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