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Under the Shadow – Critique

En conviant dès son premier film, créature fantastique, dictature et conflit militaire, Babak Anvari créé une œuvre basée sur la peur et à la portée symbolique évidente. Un long-métrage bien trop méconnu sur lequel on souhaite apporter la lumière.

Faire peur au cinéma semble être devenu un art devenu rare à trouver. Une émotion qui disparait peu à peu au profit de la paresseuse technique du jump scare. Créer la peur n’est pourtant pas une recette complexe. Il suffit simplement de gérer correctement certains dosages. Tout commence tout d’abord à l’écriture avec des personnages suffisamment développés qui pourront susciter chez nous une certaine empathie face à une potentielle menace indicible et insidieuse, grâce à une mise en scène qui viendra souligner des décors oppressants et renforcer la psyché des personnages, accompagné d’un sound design qui suscite l’angoisse sans être trop appuyé, afin de nous maintenir sous tension sans trop en faire. Bien évidement, on peut ajouter à cela une réalisation méticuleuse qui alterne astucieusement entre le montré et le hors champ, jusqu’à la confrontation finale en dévoilant ladite menace. Une formule que le réalisateur iranien Babak Anvari a saisi et appliqué dès son premier long-métrage : Under the Shadow.

Avec ce premier film, le cinéaste nous plonge en pleine période post-révolution iranienne, qui a vu l’arrivée au pouvoir de la République islamique, ainsi que le conflit Iran-Irak. Pendant son premier acte, le réalisateur prend le temps de nous exposer les conséquences sur la population de cette prise de pouvoir et du conflit qui y est associé. Notamment, au travers des sirènes d’alertes aux bombardements, quasi quotidiennes, des forces irakiennes qui sont une menace omniprésente pour le peuple iranien. Face à ces différentes pressions et l’insécurité qui en découle, Shideh (Narges Rashidi), ancienne « rebelle » qui a lutté pour empêcher la prise de pouvoir de la République islamique, incarne le désir d’émancipation progressiste. Une prise de position qu’elle paye malheureusement très cher, dans ce monde rétrograde, empêchant totalement ses projets personnels et professionnels de se concrétiser. Le voile qu’elle doit systématiquement porter lors de ses déplacements en public, lui rappelle constamment (à elle comme à nous spectateur) sa condition et le rang social qui lui est imposé par la dictature en place. Son seul espace de « liberté » étant devenu son appartement, malgré un mari qui la culpabilise et la rabaisse régulièrement pour sa prise de position politique. Malheureusement pour elle, cet espace de liberté sommaire se retrouve lui aussi menacé suite à une bombe qui vient s’écraser (sans exploser) sur le toit de l’immeuble. Un événement et marqueur symbolique identique à la bombe qui tombe dans la cour de l’orphelinat catholique Santa Lucia, au début de L’Échine du Diable de Guillermo Del Toro. Suite à cet incident, une nouvelle menace semble roder (issue du folklore arabe) au sein de la bâtisse : un djinn. Ce dernier prend rapidement pour cible Dorsa, la fille de Shideh, symbole de l’innocence.

Avec cet élément perturbateur, Babak Anvari suscite un questionnement constant (dans le deuxième tiers de son récit) pour son personnage comme pour nous autres spectateurs. Le djinn est-il réel ou simplement le fruit de notre imagination ? Un jeu de piste se met aussitôt en place et les indices qui nous mènent à la réponse sont semés sporadiquement. Les thématiques sociales et sociétales jusqu’ici omniprésentes laissent progressivement place à un climat nettement plus anxiogène, voire totalement paranoïaque. Un terrain propice à disséminer la peur au compte-goutte jusqu’à nous asphyxier complètement jusqu’aux ultimes minutes du métrage. Une peur sublimée lors d’un plan à la beauté graphique (rappelant au passage une scène culte de L’Exorciste de William Friedkin), issu d’un cauchemar de Shideh, d’un rayon lunaire venant éclairer le visage « possédé » de Dorsa à travers le trou béant laissé par le passage de la bombe. Dès cet instant la question ne se pose plus, car l’indicible menace passe soudainement à l’action.

De manière fourbe pour commencer, en utilisant le mensonge et la manipulation pour tourmenter l’esprit des personnages et en cachant des objets importants qui font figure de totems pour les différents protagonistes. Ces objets faisant figure d’artefacts pour les différents combats de nos héroïnes ou bien de simples objets de réconfort et de protection. Il apparait tout à fait clairement que la manifestation du djinn est une façon d’expliquer, par le fantastique, le malaise profond que provoque le bombardement de son domicile d’un point de vue psychologique. Un trauma qui se manifeste par différents symptômes comme la perte de repères ou encore la détresse.

Porté par un casting aussi convaincant qu’investi dans leurs personnages, il est difficile de ne pas partager et éprouver les événements à leurs côtés. Le seul bémol notable qui peut nous faire sortir du récit sont les quelques rares manifestations de la menace pas toujours réussies pour cause d’un manque de moyens évidemment pour en étoffer l’ampleur et la présence. Un détail qui parait aussi mineur qu’accessoire tant le plaisir simple d’une peur toujours vivante suffit à emporter notre adhésion. Rien que pour cela, merci Monsieur Anvari.

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En résumé

Under the Shadow est une vraie pépite venue d’orient qui fait l’effet d’un véritable second souffle dans le paysage du cinéma dit d’épouvante, et ça, ça fait du bien.
8
10

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