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Souvenirs de Cinéma #30 : Aurélien Gouriou-Vales

Aujourd’hui c’est Aurélien Gouriou-Vales, rédacteur pour la chaine YouTube d’analyses cinématographiques Le Ciné-Club de M. Bobine de Julien Pavageau, fondateur du podcast « La 36ème chambre du cinéphage », également graphiste, qui revient de manière communicative sur sa passion de longue date pour le 7ème art, notamment le cinéma asiatique, l’un des piliers de son amour pour cet art visuel. 

Mes premiers souvenirs de cinéma remontent à l’âge de 5 ou 6 ans et mélangent, sous la forme d’une drôle de tambouille, la transformation de Thulsa Doom en serpent dans Conan le barbare, la séquence de sacrifice d’Indiana Jones et le temple maudit (Kali Ma Shakti de !!!), les apparitions de « Bruce » le squale dans Les dents de la mer. Sans oublier le cauchemar psychédélique dans L’ours, la bibliothécaire spectrale au tout début de S.O.S fantômes, ou les visions baroques proposées par John Carpenter sur Big trouble in Little China. D’ailleurs, parlons en de Jack Burton. L’étrange parfum de fantasy Chinoise que dégageait le film me fascinait tellement que j’en venais à regarder en boucle un enregistrement de la publicité du jeu de société Les mystères de Pékin. Un peu moins de 10 ans plus tard, je plongerais définitivement dans la Chine ancestrale, ses fantômes et ses sabreurs virevoltants et invincibles. Mais on y reviendra plus tard.

Si l’on excepte L’ours, qui fut mon 1er film vu en salles, toutes ces images (fortes, étranges et fascinantes) ayant fortement marqué mon imaginaire ont été découvertes sur un tube cathodique, via des VHS à l’image parfois « usée », quand elles n’étaient pas sauvagement recadrées. Et pourtant, la puissance évocatrice était bel et bien là. Une chose est sûre, je n’avais clairement pas l’âge pour voir certains de ces films, mais je l’ignorais. Mon grand frère regardait ces longs-métrages, je les regardais avec lui. Il y avait aussi mon autre frangin, âgé d’un an de plus que moi, lui aussi trop jeune pour certains de ces métrages. Il va sans dire que ces séances l’ont tout autant marqué que moi. Une trentaine d’années plus tard, il est aussi totalement mordu de cinéma, en particulier celui qu’on nomme « de genre ». On a vraiment construit notre « cinéphilie » ensemble.

Pour des raisons que j’ai un peu oubliées, on s’est retrouvé, du jour au lendemain avec une grosse centaine de VHS à la maison. Nous avons ainsi pu découvrir, très jeunes, de nombreuses merveilles, que je revois très régulièrement, telles qu’Alien et ses 2 suites, Die hard, Predator (je me le passais en boucle celui-ci), Robocop (idem), Terminator, Total Recall, Gremlins, Mad Max 2, la trilogie Star Wars, Rambo, Retour vers le futur , l’ultra bourrin Commando, etc. Mais aussi du Bébél, les désopilantes parodies des ZAZ, du gros bras de vidéo-club façon Jcvd et Steven Seagal, ou de la mandale moins  « sophistiquée » pratiquée par ce bon vieux Bud Spencer.

Je me souviens aussi que dès l’âge de 9 ans, je collectionnais les jaquettes de films afin d’avoir les fiches techniques, mais surtout ces affiches et résumés qui faisaient miroiter monts et merveilles, avec souvent une déception à la clé. Au dos de ces jaquettes figuraient systématiquement le nom des réalisateurs. Par conséquent certains noms, associés à des films de qualité, sortaient du lot : Zemeckis, Verhoeven, Cameron, Dante, McTiernan et, bien sûr, Spielberg. D’ailleurs, j’aurais très bien pu parler du choc que fut la découverte de Jurassic Park en salles à peu près à la même époque, voir d’Il faut sauver le soldat Ryan quelques années plus tard… Mais voilà que je m’égare. Bref, j’avais conscience de leur nom mais ce ne fut que quelques années plus tard que je compris l’importance de ce poste : réalisateur. On y reviendra dans quelques paragraphes (oui, ça commence à devenir du comique de répétition).

Puis vient l’entrée au collège. J’entretenais ma passion durant les heures de permanence, et aussi durant certains cours, en gribouillant diverses BD « fan-fiction » : Du Star Wars, du Universal soldier croisé avec Terminator (oui, vous avez lu !) et, surtout, du Dragon Ball. Car cette période correspond surtout à ma découverte de l’animation japonaise. Avec, bien sûr, les anime diffusés dans le Club Dorothée mais aussi via l’achat, ou location, de certains long-métrages et OAV tels que Cyber City Oedo 808, Gunnm, Macross : Do you remember love ?, etc. Sans oublier le monumental Akira ! Je ne m’en suis jamais vraiment remis. En plus de ressentir comme une avalanche de puissance kinétique et graphique, il y avait aussi cette approche de la violence, ce sens de la démesure, du grotesque, de « l’awesomeness » comme dirait notre ami Michael Bay. Mais aussi ces thèmes  « adultes » et ambitieux. Bref, la découverte d’un univers aussi vaste que passionnant.

Un grand nombre de ces animes étaient conseillés dans les revues de jeu-vidéo que je lisais à l’époque, Joypad et Player One. D’ailleurs, ces magazines parlaient aussi de cinéma. Je me souviens très bien d’articles élogieux et alléchants, à propos d’une collection de VHS nommée HK video. Dédiée au cinéma asiatique, cette collection proposait, entre autres, des films signés John Woo et Tsui Hark.

C’est maintenant l’occasion de parler de John Woo et de ma découverte du cinéma asiatique. 

Un beau jour de septembre 1997, dans la grande salle du petit cinéma où j’avais l’habitude d’aller, un film retentit comme une révélation. Il s’agit de Volte/face.

Comme dit précédemment, j’ai remarqué assez tôt le nom de divers cinéastes mais c’est en voyant Volte/face que j’ai commencé à comprendre ce qu’était un réalisateur. Une évidence est tombée sur ma petite tête : La caméra raconte l’histoire, au même titre que le scénario. Pour la 1ère fois je me rendais compte de l’importance d’une narration visuelle, de ce que le film peut raconter et évoquer via les choix de cadrage, de raccord, de mouvement de caméra, etc. Force est d’avouer que l’exemple de John Woo est, sur ce point, éloquent tant sa mise en scène sait se montrer expressive. Il donne une voix très particulière au film, et le langage cinématographique, c’est ce qui me touche le plus. Je ne saurais trop comment le dire mais je le ressens un peu comme de la musique. Je ne l’apprécie pas seulement pour le côté cosmétique de la belle image pour la belle image. Mais pour le plan, ou la suite de plans qui produisent du sens, une émotion. J’ai comme un faible pour les cinéastes qui le font avec une « patte » bien à eux. Ceux chez qui la forme porte le fond avec panache et qui sont constamment à la recherche d’une façon de renouveler le, ou leur, langage cinématographique afin de raconter leurs histoires de la façon la plus juste possible. 

Ceci dit, je ne comprends toujours pas le langage de Zack Snyder.

Puis, après des mois de traque (on est sur du pré-internet, le Saint Graal ne s’obtenait pas si facilement), j’arrive enfin à mettre la main sur les films de John Woo qui me faisaient le plus de l’œil : The Killer et À toute épreuve. Explosion de mirettes ! J’y retrouvais cet aspect « opératique », ce lyrisme flamboyant qui conférait à l’action une aura mythologique. Toutes ces choses qui m’avaient ravies dans Volte/face mais puissance dix ! John Woo était mon nouveau héros ! Il fallait que j’explore davantage le cinéma hong kongais (que l’on va nommer cinéma HK).

S’en suivit la découverte de Jackie Chan, ses ballets burlesques parfaitement chorégraphiés, ses cascades qui décrochent la mâchoire, on ne se remet pas facilement de Police story, et puis sa bande de potes aussi. Ce qui me donne l’occasion de parler d’autre très grand nom du cinéma HK découvert à la même époque : Sammo Hung et ses métrages en forme de véritables « barres de fun » bourrées de vannes (très) grasses à peu près insortables en société, de ruptures de ton, d’énergie et de joutes hyper spectaculaires, dynamiques et brutales. Le tout avec un découpage aux petits oignons. Une certaine idée du bonheur.

Ce fut aussi l’époque de ma rencontre avec les sabreurs virevoltants des Wu-xia pian (films de chevalerie chinoise), dont les exploits feraient passer n’importe quel Jedi pour un individu lambda. J’étais admiratif devant l’inventivité, la générosité et ce génial « système D » porté au rang d’art qu’on retrouvait dans certains de ces films, notamment dans Histoires de fantômes chinois. Une merveille qui me guida vers ce genre hautement poétique, délirant et jubilatoire qu’est la « ghost kung-fu comedy ». 

En terme de ton et d’approche visuelle, ces films HK me donnaient souvent l’impression suivante. Un mix de cinéma hollywoodien « classique » d’imagination débridée, d’action totalement décomplexée, la recherche constante de dynamisme et la façon d’aborder tous les genres sans les hiérarchiser, propres à l’animation japonaise. Bien sûr, je généralise car chaque grand cinéaste HK possède sa propre patte, son propre ton, et il y a aussi de mauvais films HK.

Je pourrais vous parler des polars ultra-nerveux de Kirk Wong ou Ringo Lam mais on va plutôt se pencher sur le réalisateur qui symbolise le mieux le cinéma hongkongais de l’époque : Tsui Hark. À mes yeux, il s’agit tout simplement du plus grand cinéaste encore en activité (avec tonton Spielby). Le choc initial fut The Blade. Cette rage ! Cette sensorialité exacerbée ! Cette mise en scène ultra-viscérale ! Et cette densité ! J’ai beau l’avoir revu une bonne quinzaine de fois, je découvre toujours de nouveaux détails, de nouvelles strates, de nouvelles grilles de lectures. Ce film est d’une richesse infinie, remarque qui peut s’appliquer à une bonne dizaine d’autres films du bonhomme. Il est évident que le cinéma hong kongais des années 80 – 90, garde, et gardera, une place très particulière dans mon cœur. Tout comme il est évident que les films HK les plus « bourrins » faisaient aussi la joie de certains camarades de lycée.

Côté Asie, pourquoi ne pas jeter un œil à ce qui se fait au Japon, et qui dit Japon, dit Akira Kurosawa. Le boss de fin du 7ème art. C’est simple : À chaque fois que je regarde un Kurosawa, je me sens tout petit mais, à la fin, j’ai l’impression d’en sortir grandi. Les mots manquent pour dire à quel point j’ai pu être marqué par Les sept samouraïs, Barberousse ou Chien enragé. C’est aussi l’époque où je rencontre le « roi des monstres », Godzilla. Loué soit ce film, ainsi que le kaiju-eiga, le noble genre auquel il a donné naissance ! Dans mes premiers souvenirs de cinéma « live » japonais, il y a aussi Takeshi Kitano et son sens virtuose de l’ellipse et du statisme, lesquels magnifient d’émouvantes virées contemplatives parsemées d’éclairs de violence et d’humour bouffon. Il y a aussi la caméra / table de montage « coup de poing » de Shin’ya Tsukamoto et ses visions cyber-nihilistes-indus-grotesques (ajoutez la mention de votre choix) qui te « concassent comme une vulgaire olive ».  Il y a aussi la découverte en salles de Princesse Mononoké, merveille parmi les merveilles, qui relancera violemment mon intérêt pour l’animation japonaise. Une façon de dire que moins d’un an après, j’avais dévoré tout ce qu’il y avait à voir côté Ghibli, grâce à un coffret dvd pirate qui fut assez galère à dégotter. Avant de me (re)plonger avec délectation dans les filmographies de Rintaro, Yoshiaki Kawajiri, Satoshi Kon, Mamoru Oshii, etc. 

Petit retour en arrière. J’avais 13 ans et parallèlement à John Woo, je découvrais un autre cinéaste décisif dans ma petite vie de cinéphage. Il s’agit de Quentin Tarantino, et plus précisément d’un film avec John Travolta vu, par la plus pure des coïncidences, quelques jours après Volte/face. Vous aurez compris qu’il s’agit de Pulp fiction. D’entrée de jeu, j’ai été séduit par l’utilisation de la musique, le caractère totalement imprévisible du récit, les personnages inoubliables dès leur première apparition, l’humour macabre (la mort de Marvin !) et ces dialogues, bon sang, ces dialogues ! Autant dire que ce film a, lui aussi, agit comme un déclencheur. Au point que, durant les années qui ont suivi, on en a passé du temps avec le frangin, à écumer les vidéo-club, les bacs à VHS, les marchands de journaux et les Cash Converters afin d’étancher notre soif de pépites cinématographiques. Certaines traques furent longues et acharnées. C’était aussi l’époque où on passait le programme télé au peigne fin, afin de trouver l’objet de notre quête. L’enregistrer sur VHS ou le faire enregistrer par un ami, si le film était diffusé sur une des nombreuses chaînes auxquelles on avait pas accès. 

En plus des films asiatiques mentionnés lors des précédents paragraphes, cette époque est aussi celle de la découverte des Blues Brothers, et de deux autres frangins tout aussi géniaux : Les Coen. Accompagnés par de nombreux autres réalisateurs de génie : Martin Scorsese (Les nerfs à  vif, c’était parfait pour débuter !), William Friedkin, Michael Mann, Sergio Leone, Álex de la Iglesia, etc. 

Difficile de ne pas oublier ces samedi après-midi a parcourir le rayon horreur du vidéo-club, et y dégotter The Thing ! Prince des ténèbres ! L’antre de la folie ! La Trilogie des morts-vivants de Romero ! Re-Animator ! Tremors ! Aux frontières de l’aube ! Tant qu’on est au rayon horreur, impossible de ne pas parler de Massacre à la tronçonneuse qui, contrairement aux attentes, s’avérait quasiment dénué d’hémoglobine mais se révélait, au final, bien plus perturbant que n’importe quelle séquence de boucherie vendue par ce titre « accrocheur ».

Je me souviens aussi d’avoir été particulièrement touché par la poésie macabre des Yeux sans visage et de Santa sangre. Dans un tout autre registre, il y a la découverte lors d’un cours d’anglais de Sacré Graal, le film le plus drôle du monde. Je me devais de creuser la filmographie des Monty Python mais aussi de Terry Gilliam en solo, et découvrir ce qu’il me semble être la définition d’un « cinéaste visionnaire » (veuillez m’excuser pour l’expression un brin galvaudée et fourre-tout).

Je me souviens aussi d’avoir été totalement déconcerté mais fasciné devant chaque chef d’œuvre de Stanley Kubrick. D’avoir été estomaqué par le nihilisme et la violence des films de Sam Peckinpah. D’avoir découvert Hitchcock via la photocopie de Psychose, signée Gus Van Sant, et de me dire que l’original devait être vachement bien. Je me rappelle aussi de mes premiers nanars et de la tronche qu’on a tiré, mon frangin, un ami et moi quand on s’est rendu compte que le film qu’on avait entre les mains n’était pas La nuit des morts vivants (qu’on traquait activement !) mais La revanche des mortes vivantes : un nanar franchouillard avec, et je pèse mes mots, une des révélations finales les plus daubées de tous les temps ! 

C’était aussi l’époque où je découvrais certains réalisateurs dont l’évolution me semblera quelque peu problématique, mais dont je reste cependant extrêmement attaché à leurs œuvres d’antan : Dario Argento, David Lynch, David Cronenberg, Francis Ford Coppola et, surtout, l’anciennement meilleur d’entre tous : Brian De Palma (il me faut ma dose régulière de Phantom of the Paradise !). Du côté des grands disparus, une pensée aussi pour Tim Burton, dont la sensibilité gothique fut une porte d’entrée vers deux cinéastes qui comptent énormément à mes yeux : Terence Fisher et Mario Bava, ainsi que vers les films d’épouvante produits par universal dans les années 30.

Il y a mes 2 petits « chouchous » de l’époque : Sam Raimi et Peter Jackson. Evil Dead 2 ! Ce film ! Sur le moment, je ne savais pas quoi en penser. Avant d’avoir un besoin vital de le revoir deux semaines plus tard. Histoire de vérifier si je n’avais pas halluciné certaines idées et plans totalement dingues ! Même si j’adorais tous les films de Raimi et Jackson découverts à l’époque, ce Evil dead 2 ainsi que Braindead avaient ce parfum culte du film qu’on regardait, en se marrant, avec les potes rôlistes après une longue partie de Warhammer. En parlant de rôliste, quelle joie ce fut d’apprendre que ces deux génies allaient être à la tête d’adaptations plutôt maousses de Spider-Man et du Seigneur des anneaux ! Le résultat fut largement à la hauteur des attentes ! Il se passait quelque chose d’incroyable à Hollywood ! Car c’était aussi l’époque de la trilogie Matrix et de Blade 2, films qui constituent la synthèse de 66,6% des métrages listés dans cet article. Oui, il se passait quelque chose d’incroyable à Hollywood à l’époque. 

Ces années de découverte ont bien sûr été accompagnées par la recherche de « passeurs ». Car il peut s’avérer difficile de faire le tri parmi tous les films potentiellement intéressants qui pavent notre voie. On peut avoir besoin de petits conseils et, aussi, d’en savoir plus à propos des œuvres qui nous passionnent. Par conséquent, j’ai commencé en piochant dans la presse ciné dite « généraliste ». Mais force est d’avouer que le ton, les films mis en avant et la façon d’appréhender le cinéma ne me parlaient pas. Restent, cependant, de chouettes interview et ces dossiers, dans Ciné-live, où Marc Toullec revenait avec humour et pédagogie sur des genres très spécifiques, tels que le Wu-xia pian, les films de la Troma, les comédies « pouet-pouet » franchouillardes, etc.

Cependant, je trouve rapidement mon compte avec des revues plus « spécialisées », et au ton davantage passionné, comme Impact ou Starfix nouvelle génération. Magazine par lequel j’ai eu vent de la plume « gonzo » et savoureusement absurde de Christophe Lemaire (souvenirs de rires bien gras, partagés avec le frangin, à la lecture de chaque nouvelle chronique de « Robert Paimboeuf »). Ainsi que celle de Julien Dupuy (maître ès kaiju-eiga et SFX), ses avis coïncidaient souvent avec les miens. Par conséquent, je prenais ses conseils plutôt au sérieux. On le retrouvera d’ailleurs dans Mad Movies, revue que je connaissais déjà mais que j’ai lu de façon plus assidue suite à la disparition de Starfix. Et autant dire que le Mad du début des années 2000, où officiait l’actuelle équipe de Capture Mag, eut une certaine importance dans mon parcours de bouffeur de pelloches. Parmi de très nombreux articles de qualité, je retiens en particulier cette critique / analyse de Blade 2, par Rafik Djoumi, qui parvenait à mettre des mots sur ce que je j’avais pu ressentir devant le métrage de Guillermo del (To)Toro, et les raisons pour lesquelles ce film me semblait si important. Pour finir, difficile de passer à côté de la légendaire revue HK, dont les articles érudits accompagnaient ma découverte émerveillée du cinéma asiatique.

C’est aussi à la même époque qu’internet se démocratise dans les foyers. Je peux désormais faire chauffer le modem afin de me rendre sur divers endroits où règnent toute une population de cinéphages monomaniaques. Ce fut d’abord sur des forums dédiés au cinéma asiatique, le cinéma de Hong Kong était encore plutôt populaire à l’époque. Ces derniers étaient autant des lieux de discussion que des plate-formes d’échange de raretés, souvent sous la forme de vcd à l’image baveuse et aux sous-titres quasiment illisibles, ou de VHS qui « ont fait le Vietnam ». Puis il y eut le forum de Mad-Movies sur lequel j’ai traîné mes guêtres jusqu’à ce qu’il s’éteigne, il y a quelques mois. Paix à son âme. J’y ai rencontré des amis précieux, certains m’ont apporté un fort soutien quand j’étais un peu dans la merde, des camarades de séances improbables et houblonnées, des potes aux goûts cinématographiques bien déviants, dans le sens noble du terme, des « frères de foi » (oui, y’a un peu d’emphase dans ces propos) avec lesquels on construit moult projets artistiques en rapport avec notre passion du cinéma (qui dépote de préférence).

 Il y eut aussi le Forum Tichoux, tenu par un certain Flying Totoro, un autre « passeur » important à mes yeux. Repère de « geeks hardcore », qui fut le lieu de quelques belles rencontres et sans lequel je n’écrirais pas d’analyses pour Le ciné-club de M. Bobine. Ni l’article que vous êtes en train de lire.

Après cette longue parenthèse sur les « passeurs » et forums de cinéma, je décide d’arrêter ici, aux alentours de 2002. Année qui correspond plus ou moins à la fin de ce qu’on pourrait appeler la phase de construction, cette période où l’on façonne nos propres goûts, notre propre façon de « voir le cinéma ». Cette période où l’on place nos repères, où l’on prend certains films à cœur plus que de raison, où l’on plonge la tête la première dans des univers insoupçonnés et où l’on découvre ces créateurs dont l’œuvre nous accompagnera toute notre vie.

Mais cela ne signifie en aucun cas que la soif de découverte, la curiosité maladive, a disparu.

Au contraire, je ne cesse de découvrir de très belles choses. Difficile de ne pas penser aux filmographies de certains cinéastes qui, depuis, se sont frayés une belle place dans mon panthéon personnel. Quelques noms (on est plus à ça près) : Richard Fleischer, Robert Aldrich, Kinji Fukasaku, Howard Hawks, le duo Michael Powell / Emeric Pressburger, Fritz Lang (le parrain de quasiment tous les genres que j’affectionne). Il y a également les exploits burlesques de Buster Keaton, l’imagination intarissable de Karel Zeman, à qui Terry Gilliam doit beaucoup, les « films dossier » terriblement humains de Sidney Lumet, les magnifiques « kamoulox » (non dénués de sens) de Bertrand Blier. Que de belles surprises aussi, lorsque vint le moment d’explorer davantage les pépites du western, du film noir, du film d’aventures et de la « screwball comedy » produites durant l’âge d’or hollywoodien. En parlant d’âge d’or, impossible de ne pas laisser deux mots sur le cinéma Japonais des années 1960, le plus beau cinéma du monde, toutes époques et pays confondus. J’aimerais développer à ce sujet mais si je le fais, on se perd définitivement dans un vortex. Sans oublier son versant plus « exploitation » produit lors des 70’s, il fallait que je mentionne Sonny Chiba et la saga des Baby cart d’une manière ou d’une autre. Bref, c’est toujours un plaisir de continuer à fouiner afin de récolter d’authentiques claques. 

Ce fut le cas avec Swallowtail butterfly, une chronique d’anticipation japonaise dans laquelle on retrouve la même densité, la même liberté narrative et formelle, ainsi que le même bouillonnement créatif que chez le Tsui Hark de The Blade et Time and Tide. Ce fut également le cas avec Vij ou le diable, ce film fantastique russe de 1967, tellement moderne qu’il annonce à la fois Evil dead et les « ghost comedy » hong kongaises des années 80. Il y a eu également House de Nobuhiko Ôbayashi, ce film est incroyable !

Bref, la passion n’a clairement pas disparu. Il m’arrive toujours de sortir d’une salle ému aux larmes (Wall-E, Le conte de la princesse Kaguya, La forme de l’eau), ou totalement halluciné suite à une « expérience » aussi grandiose qu’inédite (Speed racer, Gravity, Mad Max : Fury Road), ou avec un grand sourire en repensant à tous les gags et répliques jubilatoires entendues durant deux heures de pure éclate (The Nice Guys, Hot Fuzz).

Tout comme je n’ai pas fini de m’enthousiasmer pour de nouveaux grands réalisateurs : Bong Joon-Ho, Masaaki Yuasa, Edgar Wright, Alfonso Cuarón, Park Chan-Wook, Mamoru Hosoda, Adam McKay, Juan Antonio Bayona, Joe Carnahan, Fabrice du Welz, Stefano Sollima, Rodrigo Sorogoyen, Tomm Moore, etc. De miser sur certains pour, ensuite, être déçu par la tournure que prend leur carrière (Nicolas Winding Refn), et de continuer à attendre avec impatience chaque nouveau métrage de la plupart des noms que j’ai mentionnés dans cet article.

Puis redécouvrir, inlassablement, tous ces films qui m’ont tant marqué, et de temps en temps, en parler, partager.

Voilà que, quelques paragraphes après avoir annoncé la fin de cet article, j’ai encore perdu le fil. C’est sûrement le bon moment pour cesser de déblatérer en « name-droppant » à tout va. Voyez-vous, c’est la passion qui parle. J’espère que, même si je suis un parfait inconnu, vous avez pris presque autant de plaisir à lire ce gros pav… euh, ces Souvenirs de cinéma que moi à les écrire.

Aurélien Gouriou-Vales

Propos recueillis par Yoan Orszulik, vous pouvez retrouver Aurélien Gouriou-Vales sur la chaine YouTube du Ciné-club de M. Bobine, du podcast La 36ème chambre du cinéphage et sur sa page Facebook

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