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Retour sur la 4ème édition du Festival Allers-Retours

Repoussé de plusieurs mois suite aux problèmes ayant touché les différents évènements culturels en France, le Festival Allers-Retours du cinéma d’auteur chinois fêtait enfin sa 4ème édition. L’occasion de revenir sur certains temps forts du festival, à travers quelques oeuvres projetées durant cette sélection. 

Après une 3ème édition déjà passionnante, le Festival Allers-Retours est revenu s’installer au Musée Guimet des arts asiatiques ainsi qu’au studio des Ursulines, du 17 septembre au 1 octobre 2021. L’occasion idéale pour découvrir certaines oeuvres difficilement visibles ailleurs. Si la situation liée au covid-19 a fait que de nombreux cinéastes n’ont pu venir, les échanges avec le public via webcam ont permis de compenser cette absence. La soirée d’ouverture fut l’occasion de revoir la joie d’un public, toujours plus nombreux, heureux de se retrouver après plusieurs mois chaotiques.

Une ambiance chaleureuse que l’on retrouva également avec le film d’ouverture: Strinding into the Wind de Wei Shujun. Faisant partie de la sélection Cannes 2020, le 1er long métrage de Wei Shujun (déjà auteur de On the Border, court métrage présenté en compétition lors l’édition Cannoise 2018), narre les mésaventures de Kun et Tong, deux apprentis ingénieurs du son vivant leur dernière année dans une école de cinéma. La principale qualité de Strinding into the Wind réside dans sa vision réaliste du milieu des étudiants en cinéma, bien éloignée de l’image d’Epinal véhiculée dans de nombreuses fictions hexagonales. Le fait de focaliser le récit sur deux ingénieurs du son permet à Shujun de créer un véritable contrepoint, mettant à l’honneur ces artisans de l’ombre, souvent négligés dans la réussite d’un film. Kun et Tong cherchent avant tout à joindre les deux bouts, et doivent supporter les caprices d’un aspirant cinéaste à l’égo démesuré persuadé d’être un grand artiste. Ce dernier va jusqu’à reprendre les préceptes de ses cinéastes favoris sans les comprendre, profitant du tournage pour harceler son actrice. Non content de décrire, avec beaucoup de justesse, les galères de n’importe quel aspirant technicien du 7ème art, au point que quiconque a vécu un tournage amateur ou semi professionnel se reconnaitra dans les galères vécues par notre duo, le cinéaste a l’intelligence de traiter l’ensemble comme une comédie douce amère, lui évitant l’écueil d’une oeuvre autocentrée. Du propre aveu de Shujun, le but de Strinding into the Wind n’était pas de retranscrire sa propre expérience d’étudiant, mais de partir de certains éléments biographiques pour nourrir une trame pensée comme une véritable oeuvre de fiction. L’autre atout majeur de Strinding into the Wind est d’utiliser le prisme d’un tournage étudiant pour aborder l’amitié de personnes prisonnières de l’entre deux âge. Les relations conflictuelles de Kun, notamment avec sa petite amie et ses parents, l’empêchent de voir le soutien que lui porte Tong. Strinding into the Wind apparait comme une oeuvre à la lisière du Teen Movie ayant beaucoup de tendresse pour ses personnages. Si le réalisateur fait la part belle à un environnement réaliste, cela ne l’empêche pas d’utiliser astucieusement le plan séquence afin de générer des décalages comiques perceptibles après coup, ou de jouer sur les rapports sociaux induits par la situation de nos protagonistes représentée par un 4×4 polluant. Le tout doublé d’une réflexion sur les heureux hasards, représentés par un chanteur décalé, qui finit de faire du film une oeuvre particulièrement attachante.

Reprenant également la mise en abime d’un tournage, The Reunions s’avère cependant très différent de Strinding into the Wind. À l’origine du projet on trouve Dong Chengpeng, vedette en chine, surtout connu pour ses rôles dans des comédies, ayant décidé de changer de registre en mélangeant documentaire et fiction. Souhaitant filmer sa grand-mère lors de la fête du Nouvel An lunaire, le cinéaste doit faire face au décès de cette dernière et adapter le tournage en fonction de ce tragique évènement. À première vue The Reunions a tout pour tomber dans l’exercice de style scabreux, cependant c’est encore une fois le traitement qui fait toute la différence. Le film joue sur deux tableaux, au point d’être séparé en deux parties biens distinctes. L’une fictionnelle, l’autre faisant office de making of. Si cette séparation entre deux diégèses peut s’avérer quelque peu didactique, le résultat s’avère payant à plus d’un titre. La 1ère partie de The Reunions propose un moyen métrage narrant le quotidien d’une famille à la campagne. Si le cinéaste n’exclut pas d’aborder frontalement les problèmes auxquels sont confrontés cette dernière, notamment via une jeune femme devant prendre soin de ses proches, jamais Chengpeng ne sombre dans le misérabilisme, préférant axer son récit sur une tension dramatique, que vient perturber un banquet familial qui dérive sous un angle comique, avant qu’un travelling arrière dans la neige ne vienne révéler la nature fictionnelle de l’ensemble. À partir de ce moment précis, la partie making of se concentre sur la véritable nature du projet, tout en gardant beaucoup de pudeur quand il s’agit d’aborder les évènements dramatiques ayant secoué le tournage. Un va et vient entre fiction et réalité, qui révèle la portée métaphorique de l’ensemble, au point que la jeune fille apparait comme le miroir d’un cinéaste souhaitant rendre hommage à sa grand-mère, lui ayant permis sa carrière artistique. Les derniers instants du métrage montrant une archive DV datant du milieu des années 2000 appuient cette dimension personnelle. Autant d’éléments qui permettent de déjouer habilement une dimension metatexuelle galvaudée, pour remettre au 1er plan la dimension humaine à l’origine de tout acte artistique, faisant de The Reunions un hommage touchant aux personnes ayant permis à un artiste de trouver sa voie.

Bien éloigné du monde des tournages de Strinding into the Wind et The Reunions, Mama de Li Dongmei, sélectionné à la Giornate degli autori de la Mostra de Venise 2020, se concentre quant à lui sur 7 jours décisifs dans la vie de Xiaoxian, une jeune fille de 12 ans vivant dans un village au cours des années 90. Si la forme austère peut rebuter, force est de constater que le travail de la cinéaste sur la symétrie et la manière de jouer sur son décorum de façon cyclique, à travers des valeurs de plan se faisant écho dans le temps, s’avère cohérent avec la volonté de questionner le rapport au passé qu’entretient sa jeune protagoniste principale. Cette dernière est présentée comme témoin de divers évènements, tantôt tragiques, tantôt porteurs de vie. Là où le procédé s’avère le plus pertinent c’est lors du cinquième jour, qui raconte la naissance de sa soeur. La mère de l’héroïne étant contrainte d’être transportée par des soignants dans la campagne afin d’atteindre le plus rapidement possible le seul endroit susceptible d’accueillir l’accouchement. Un vrai périple nocturne qui repose sur une tension communicative, véritable pivot de toute la structure narrative et thématique du récit. Dans sa volonté de rendre hommage à sa défunte mère, la réalisatrice en profite également pour tirer le portrait d’une époque révolue où l’avènement de l’urbanisme se fait aux travers de lumières citadines présentes aux abords du cadre.

The Cloud in Her Room de Zheng Lu Xinyuan, sélectionné au festival international du film de Rotterdam 2020 et titulaire du Tiger Award, s’avère quant à lui un long métrage atypique à plus d’un titre. Une jeune femme prénommée Muzi retourne dans l’ancien appartement de ses parents situé dans sa ville natale de Hangzhou pour le nouvel an lunaire. Proposant une narration éclatée, fruit des apports de son équipe qu’elle souhaitait impliquer dans le processus créatif, la réalisatrice joue astucieusement de partis pris stylistiques diamétralement opposés. D’un côté les scènes en plein jour reposent sur une approche naturaliste, tandis que les scènes nocturnes tranchent radicalement de par leur caractère onirique appuyé par un noir et blanc expressionniste. Dans sa volonté de retranscrire le ressenti de sa protagoniste, The Cloud in Her Room apparait comme une oeuvre anachronique, jouant par moment sur une caméra liberté, misant sur le négatif pour appuyer un contraste émotionnel, faisant la part belle à des formes abstraites, utilisant ingénieusement la distorsion sonore ou même la fonction zoom d’un smartphone afin de traduire l’amour grandissant de sa protagoniste. Le moment le plus marquant étant sans conteste l’utilisation d’une caméra retournée dans une piscine faisant croire aux spectateurs que sa protagoniste nage dans les limbes. Si le traitement s’avère parfois didactique, la volonté, peut être involontaire, de la réalisatrice de renouer par moment avec l’approche baroque du cinéma des origines, s’avère particulièrement bien vue et permet de donner une vrai plus value à l’exploration des souvenirs de Muzi, tout en apportant une dimension mélancolique, commune à de nombreux films chinois actuels, quant aux tiraillements d’une jeune génération à l’égard du passé et de l’avenir, représenté par la destruction d’immeubles délabrés.

Le documentaire The Choice a quant à lui une genèse atypique. C’est par pur hasard que la documentariste Gu Xue tombe sur une réunion de famille portant sur la décision de maintenir ou non l’état de santé d’un de leurs proches. La réalisatrice obtient l’autorisation de filmer cette réunion en plan séquence utilisant deux caméras pour avoir deux points de vue, dont un seul sera conservé, au point que le documentaire comporte un seul plan séquence de 66 minutes. Si l’annonce d’un tel procédé peut rebuter, c’est tout l’inverse qui se produit, notamment grâce à un jeu subtil sur les panoramiques et les focales, qui permettent de maintenir le spectateur en haleine tout en jouant sur le hors champ et en se focalisant sur différents protagonistes à des moments clés, laissant le langage jouer le véritable lien entre les différents personnages, au point que le résultat particulièrement immersif, et encore une fois sans jamais sombrer dans un quelconque voyeurisme, finit de faire de l’ensemble un exercice de style réussi.

Parmi la sélection des courts métrages, Stories of Chinatown de Luka Yuanyuan Yang est une trilogie thématique sur l’histoire de la communauté chinoise aux États Unis. Coby and Stephen are in Love, finaliste du Dumbo Film Festival de 2020, narre la touchante histoire d’amour entre Coby, une ancienne gloire du musical hall, et Stephen un ancien réalisateur de films expérimentaux, qui préparent leur dernier show. La réalisatrice et son co réalisateur Carlo Nassise, dressent le portrait de deux artistes issus d’une époque révolue, qui continuent malgré leur âge, à vouloir exprimer leur passion au plus grand nombre : des pensionnaires d’une maison de retraite aux jeunes générations venues assister à leur dernier spectacle. L’omniprésence du désert finit d’appuyer la dimension mélancolique de l’ensemble. Tales from Chinatown nous propose quant à lui de revenir sur le célèbre quartier chinois de San Francisco, plus précisément le Great Star Theater ayant servi de décor à La Dame de Shanghai d’Orson Welles, avec l’aide des historiens Wylie Wong – David Lei et de la danseuse Cynthia Yee. Tout comme le précédent court métrage, Tales from Chinatown est l’occasion pour la cinéaste de revenir sur l’importance qu’ont pu avoir les arts du spectacle pour la communauté chinoise, à la fois comme lien avec leur terre natale, lieu de rassemblement, mais aussi d’émancipation et d’intégration. Les passionnantes anecdotes sur ce lieu : représentation de spectacles, diffusion d’informations, influence de l’expressionnisme allemand, donnent envie de voir un long métrage de fiction entièrement dédié à l’histoire de ce lieu riche en couleurs. The Lady from Shanghai, dernier volet de cette trilogie, est centré sur Ceecee, une ancienne modèle ayant rencontré l’amour en ligne avec un Shanghaien. Si les thèmes sont similaires aux précédents courts métrages, le point central est la manière dont le langage s’avère déterminant dans les rapports entre représentants de communautés à la fois proches et éloignés géographiquement. Il résulte de ces courts métrages un tout cohérent, évoquant avec beaucoup de sensibilité et sous prisme intimiste des questionnements plus larges propres à l’histoire de deux cultures. Je me gratte, court métrage d’animation de Yang Chenghua, sélectionné au Festival International du court métrage de Clermont Ferrand en 2021, ainsi qu’au prix UniFrance du court métrage 2021, narre la mélancolie que subit Wen après une séparation. L’occasion pour la réalisatrice d’aborder la notion de thérapie, à travers un travail d’animation abstrait où de minuscules personnages jouent avec le corps de cette dernière, la distordent, pour lui redonner confiance en elle. Apparaissant comme une variation épurée des travaux abstraits de Masaaki Yuasa, Chenghua utilise ingénieusement deux types de couleurs, rouges et roses, associées respectivement au corps de la protagoniste, ainsi qu’aux petits personnages afin de traduire les deux états émotionnels qui assaillent la narratrice avant de se réconcilier avec elle-même. Une oeuvre inventive qui allie harmonieusement fond et forme, et qui s’avère prometteuse pour le futur de sa réalisatrice. 

Dans l’ensemble la sélection du festival s’avère une nouvelle fois, particulièrement complémentaire de part les films sélectionnés, démontrant à nouveau la passion communicative de l’équipe pour son festival et son public.

Remerciements à toute l’équipe du Festival Allers-Retours pour son accueil chaleureux.

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