fbpx

Quand la fureur du metal rencontre celle du cinéma – Partie 3

Suite et fin de notre dossier consacré à la musique metal au cinéma. Plus légère que le chapitre précédent, cette dernière partie se focalise essentiellement sur des œuvres fictionnelles. Un tour du monde cinématographique particulièrement impressionnant qui prend rapidement des allures de roller coaster artistique. Attachez vos ceintures, c’est parti !

Fictions

Concernant les œuvres purement fictives, on peut y distinguer trois types de catégories : les films dont le sujet s’articule principalement autour de metalleux, les films où l’univers metal est présent mais sans être au centre de l’intrigue et enfin les œuvres qui font seulement références au metal. Très logiquement, c’est au premier type que le cinéma s’est consacré le plus souvent.

Comédie satirique réaliséé sous la forme d’un mockumentaire (faux documentaire), Spinal Tap de Rob Reiner (1984) est l’un des films cultes du genre. Il nous raconte l’histoire du groupe titre qui part en tournée afin de promouvoir leur nouvel album. Un périple semé d’embûche qui donne l’occasion au cinéaste Rob Reiner de jouer du vrai avec le faux. Pour ce faire, le réalisateur et ses scénaristes se sont notamment inspirés d’histoires vraies, d’anecdotes plus ou moins sérieuses, mais surtout de nombreux déboires qui ont fait l’histoire et la légende de plusieurs groupes musicaux. Ils passent en revue, avec plus ou moins de dérision, les engueulades et autres histoires d’ego surdimensionnés, les scandales, les changements de line-up pour des raisons parfois cocasses, les tenues vestimentaires kitch, les exigences des groupes, etc. Tous ces éléments mis bout à bout font de cette comédie, une véritable parodie dont la démesure est en accord total avec l’image de ce qu’a pu être (et peut-être encore aujourd’hui) le monde du metal. Mockumentaire méconnu en France, Fubar de Michael Dowse (2002) a gagné son statut de film culte outre-Atlantique, surtout dans son pays d’origine : le Canada. Un succès qui lui a ouvert logiquement les portes d’une suite (Fubar 2 en 2010) et d’une série (Fubar Age of Computer) qui est toujours en cours de production, depuis 2017. En anglais, Fubar signifie : « fucked up beyond all recognition » qui se traduit par « foutu au-delà de toute reconnaissance ». Une « accroche » qui résume parfaitement l’intrigue du récit et le quotidien de ses deux personnages principaux. Deux metalleux à la coupe mulet qui sont en quelque sorte l’incarnation en chair et en os de Beavis et Butt-Head, jusqu’au jour ou l’un deux apprend qu’il est atteint d’un cancer des testicules. Une accalmie qui s’avère très vite de courte durée. Jonglant constamment pour maintenir son récit entre le mauvais goût, la satire et l’humour noir, Michael Dowse a pour objectif de faire rire, à grand renfort de metal, de l’alcoolisme, des vies gâchées sans avenir et des maladies incurables. Un pari osé qui, visiblement, marche relativement bien. On passe à un tout autre registre et style avec Las marimbas del infierno de Julio Hernández Cordón (2018). Fusion entre deux univers musicaux, celle du heavy metal et d’un marimba (un xylophone africain qui est devenu populaire en Amérique latine), et de deux formes d’expressions audiovisuelles : le documentaire et la fiction. L’œuvre du cinéaste américano-guatémaltèque démarre sous la forme d’un documentaire social en se focalisant sur les déboires et témoignage de son « personnage » principal : Don Alfonso (chômage et racket) puis bascule dans la fiction suite à sa rencontre avec une légende locale du heavy metal : El Blacko. Il s’ensuit la création d’un tout nouveau groupe de metal aux accents folklorique. C’est ainsi que naît Las Marimbas del Infierno, une expérience unique de fusion musicale et d’esprit rock’n’roll dans un pays en plein chaos. Une aventure insolite a l’écho international qui a remporté de nombreux prix à travers le monde, dont le Grand Prix Coup de Cœur au festival Cinélatino de Toulouse en 2011.

Basculons cette fois dans les œuvres purement fictionnelles, sans aucune utilisation de la forme du documentaire. Précisons d’emblée, qu’il faudra attendre les années 90 pour trouver des films vraiment recommandables. Car avant cette période, la quasi-totalité de la production fait encore aujourd’hui les beaux jours du site Nanarland. La première de ces péloches en est d’ailleurs très certainement la plus illustre porte étendard. Il s’agit de Kiss contre les fantômes de Gordon Hessler (1978), une « œuvre » super-héroïque à la sauce scooby-doo (production Hanna-Barbera oblige) qui tente tant bien que mal (mais surtout très mal) à capitaliser sur le succès du comic book sorti chez Marvel, quelque temps plus tôt. Résultat final, la stratégie commerciale totalement foireuse se vautre logiquement dans le ridicule, à tel point que le groupe Kiss ne veut plus entendre parler de ce film. Et honnêtement on les comprend totalement. Dans le même niveau d’improbable et de grand n’importe quoi, on peut également citer les films suivants : La rage de la casse de Brian Trenchard-Smith (1980) avec le groupe Sorcery et plein de cascades complètement fauchées, Hard Rock Zombie de Krishna Shah (1985) avec des zombies et des nazis, Rock ‘n’ Roll Nightmare de John Fasano (1987) avec le groupe Thor (cité dans la seconde partie du dossier avec le documentaire I Am Thor) et des effets spéciaux en mode Troma Entertainment, et enfin Black Roses de John Fasano (1988) et son discours en mode Christine Boutin : « le metal c’est la musique du diable qui pervertit notre jeunesse » et qui se révèle être, contre toute attente, une contre-pub involontairement drôle. Seul film sauvable de cette période des années 80, Horror Rock de Charles Martin Smith (1986) se révèle être le pendant inverse de Black Roses et de sa morale douteuse, en jouant avec les clichés (une incantation caché sur la lecture inversée d’un vinyle), allant même jusqu’à les tordre complètement. Le meilleur exemple étant celui d’Ozzy Osbourne qui y incarne un télévangéliste qui dénonce les méfaits de la musique heavy metal.

Si je vous évoque une scène de headbanging dans une voiture avec Bohemian Rhapsody à fond les ballons, vous devinerez aisément de quel film culte du début des années 90 nous allons maintenant parler. Il s’agit bien évidement de Wayne’s World de Penelope Spheeris (1992). A l’instar des Blues Brothers en son temps, Wayne’s World fait partie des quelques films basés sur les sketchs de la célèbre émission américaine Saturday Night Live. Au-delà de l’œuvre générationnelle, Wayne’s World est l’occasion idéale pour son acteur principal, scénariste et créateur du sketch Mike Myers de faire ses premières pas au cinéma. Un talent qu’il confirmera de façon aléatoire dans les futures sagas Shrek et Austin Powers. Le film est une succession de sketchs raccordés ensemble par un fil rouge dont l’intérêt principal est de critiquer l’arrivisme et le mercantilisme du monde de la télévision qui cherche à se faire de l’argent facilement sur n’importe quel phénomène que ce soit. Ici il s’agit d’une émission télévisée locale, présentée par deux metalleux, qu’un arriviste tente de s’en accaparer la popularité afin de monter en grade et de servir ses ambitions personnelles. Une critique qui cible très probablement la chaîne MTV qui a, pendant longtemps, surfé sur cette vague. Mais surtout Wayne’s World c’est avant tout des répliques cultes et un humour potache qui ont marqué toute une génération. En France, nous devons également son succès grâce au remarquable travail d’adaptation d’Alain Chabat et Dominique Farrugia. Wayne’s World est aujourd’hui un film iconique de cette époque, où bons nombres de chevelus on pu aisément s’identifier. A noter la présence au casting d’un invité de marque : Alice Cooper. Wayne’s World est donc très logiquement un véritable carton qui amène une suite dès l’année suivante. Une séquelle moins populaire qui est cette fois centrée autour des péripéties qu’entoure la création d’un festival musical : le Waynestock. Exit Alice Cooper et Penelope Spheeris remplacés poste pour poste par Aeromisth et Stephen Surjik. Autre conséquence du succès, Wayne’s World verra naître un ersatz moins connu mais pourtant tout aussi drôle : Radio Rebels de Michael Lehmann (1994) avec au casting d’autres acteurs également en devenir : Brendan Fraser, Steve Buscemi et Adam Sandler. Ils interprètent à eux trois, les membres d’un groupe de heavy metal fictif qui essayent par tous les moyens de se faire connaître. Pour y arriver, il tente le tout pour le tout en prenant en otage (avec des pistolets à eau) une station de radio locale afin qu’ils diffusent leur cassette démo. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu, hormis les gags et l’absurde, mais la critique de l’industrie musicale est quant à elle bien au rendez-vous. Les références à l’univers metal sont évidemment légions (et plus ou moins subtiles) et il vous faudra probablement plusieurs visionnages pour toutes les déceler. Bon courage, vous allez y arriver.

Changement radical de décor et d’univers avec le film uchronique Six-String Samurai de Lance Mungia (1998). Dans une réalité alternative, l’URSS a mis fin à la guerre froide par divers bombardements nucléaires sur les États-Unis. Les derniers survivants se divisent en deux catégories les héritiers du rock’n’roll et la nouvelle vague du heavy metal qui vont se battre pour monter sur le trône de Lost Vegas (les ruines de Las Vegas), laissé vacant après la mort du king Elvis. Une curiosité méconnue ou pléthore de genres cinématographiques s’entrecroisent, allant du western au cinéma d’arts martiaux, en passant par le buddy movie et le road movie. Une croisade musicale fait avec les moyens du bord pour un résultat hautement improbable et inclassable aux références multiples, qu’elles soient musicales (Slash de Guns’n’Roses et Buddy Holly) ou cinématographiques (Baby Cart et Mad Max). On passe à un film plus classique et nettement moins pertinent avec le teen movie Detroit Rock City d’Adam Rifkin (1999). Cet ersatz « rock’n’roll » de La Folle Journée de Ferris Bueller raconte l’histoire de quatre ados, dans les années 70, qui font l’école buissonnière afin d’assister à un concert du groupe Kiss. Seul bémol, la mère catholique traditionnelle de l’un d’eux à brûler les places. Il s’ensuit plusieurs péripéties pour dénicher des nouvelles places avant de se rendre au fameux concert. Adaptation cinématographique du troisième volume des Chroniques des vampires d’Anne Rice, La Reine des damnés de Michael Rymer (2002) nous plonge dans le quotidien d’une rock star vampirique, Lestat, qui va le mener à croiser la route de la reine des vampires, interprété par la regrettée Aaliyah. Moins mémorable que la précédente adaptation du cycle, Entretien avec un vampire par Neil Jordan, le film a toutefois le mérite de s’offrir le travail du leader du groupe de neo metal Korn, Jonathan Davis, pour écrire la musique et les chansons du groupe fictif de Lestat. Œuvre nettement plus légère mais devenu très rapidement culte, Tenacious D in The Pick of Destiny de Liam Lynch (2006) doit ce statut principalement pour son tandem de choc, au capital sympathie indéniable, Jack Black et Kyle Gass. A la base, simple groupe de rock acoustique, Tenacious D se contente essentiellement de se produire dans des bars. Le succès grandit rapidement et le projet évolue étape par étapes. Pour commencer, le groupe se transforme en une série télévisée de six épisodes d’une dizaine de minutes diffusée sur la chaîne HBO relatant des aventures fictives. Par la suite, le style musical évolue progressivement jusqu’à y incorporer des éléments de heavy metal, s’ensuit l’enregistrement de deux premiers albums. Le second va servir de base à la création rétroactive du long-métrage, sous forme de comédie musicale, portant le même nom : Tenacious D in The Pick of Destiny (Tenacious D et le Médiator du destin, en France). L’histoire narre de manière totalement fictive la rencontre, puis la genèse du groupe (en inventant une origine cocasse pour le nom du duo), jusqu’à leur succès. Un exploit bien aidé par la « découverte » de l’artefact idéal, pour en accélérer les étapes, le fameux médiator du destin. Mais le vrai « propriétaire » (incarné par Dave Grohl) de ce dernier a également pour objectif de le récupérer lors d’un battle musical d’enfer, qui est très logiquement devenu la scène la plus célèbre du film. A noter la présence au casting de nombreux invités de luxe, dont Tim Robbins (à qui le duo d’acteurs et musiciens doivent leur vrai rencontre), Ben Stiller, John C. Reilly et bien sûr le meilleur d’entre eux : le regretté Ronnie James Dio. Douze ans et deux albums plus tard, le tandem récidive avec une série télévisée d’animation qui est consacré cette fois à leur quatrième album : Post-Apocalypto (2018). Au vu de leur notoriété, il n’est pas impossible de revoir à nouveau le duo revenir un jour ou l’autre rejoué ensemble à l’écran. Wait and see

Direction l’année 2013 avec une année particulièrement productive pour le cinéma metallique. On commence, bien évidemment, avec le film événement Metallica : Through the Never de Nimród Antal. Comme son titre l’indique le film met principalement en scène le célèbre groupe de thrash metal, en mélangeant un concert (particulièrement impressionnant) filmé pour l’occasion et des éléments de fiction. Tourné avec le summum technologique du moment 24 caméras IMAX et 3D, prêté par le cinéaste James Cameron, Metallica : Through the Never est une énième tentative pour le groupe de pousser toutes les limites de l’impossible, doublé d’un énorme gros coup marketing. Mais au-delà de l’exploit technique hors du commun, la partie fictionnelle est particulièrement inintéressante. Celle-ci se repose simplement sur la mission d’un roadie qui doit récupérer un « objet  mystérieux » dont le groupe à besoin pour le concert qui a lieu au même moment. Problème, l’objet en question se trouve dans un camion tombé en panne quelque part dans la ville qui est plongée en plein chaos surréaliste. Le roadie, incarné par un Dane DeHaan monolithique, doit notamment faire face à un cavalier de l’apocalypse particulièrement retord. Les seuls crédits artistiques notables qui sont à mettre au crédit du film, réalisé par Nimród Antal, sont les plans et les angles de caméras originaux que l’on ne trouve que trop rarement dans les lives ordinaires. Une compensation qui s’avère bien maigre et qui ne contentera probablement que les fans hardcore du groupe. Considéré à tort comme un documentaire, A Spell To Ward Off The Darkness de Ben Rivers et Ben Russell est une œuvre inclassable à mi-chemin entre documentaire et fiction. À la fois film expérimental et contemplatif, le film suit un personnage (interprété Robert Aiki Aubrey Lowe plus connu sous non d’artiste et performer Lichens) à trois moments distincts de sa vie. Lorsqu’il est membre d’une communauté sur une petite île d’Estonie, puis ermite dans la solitude de la Finlande septentrionale, et enfin en tant que chanteur d’un groupe de black metal néo-païen en Norvège. A Spell To Ward Off The Darkness est une proposition radicale quasi mystique qui interroge nos limites de la perception dans une transe visuelle (tourné en super 16) et sonore. Une expérience contemporaine hors du commun qui peut laisser de marbre par son caractère arty. Autre proposition de cinéma indépendant, le film islandais Metalhead de Ragnar Bragason est un drame qui met en scène un personnage féminin qui se glisse dans la peau de son frère (un metalleux décédé dans un accident) afin de surmonter la douleur de cette perte. Bien que son titre face évidemment échos aux passionnés de musiques metal, Metalhead est avant tout un film sur le deuil. La musique metal n’est finalement qu’accessoire. Certes, il fait entièrement partie du quotidien de son « héroïne » autodestructrice, qui se sert du heavy metal (et in fine du black metal) pour extérioriser sa douleur et son mal-être au travers de la musique, dans une velléité exutoire. Une approche ou procédé que plusieurs films aux intentions assez similaires ont utilisés, comme Hesher de Spencer Susser (2011) et Hellion de Kat Candler (2020). Côté français, pour le moment peu de fictions ont osé se frotter au monde du metal, hormis le premier long-métrage de Martin Le Gall, la comédie : Pop Redemption. Tout d’abord co-scénarisé avec son compère Mark Eacersall avec qui il avait travaillé sur le court-métrage Jogging Category, le jeune cinéaste peut se vanter d’avoir reçu l’aide, pour la version finale du scripte, de l’auteur et créateur de Kaamelott : Alexandre Astier. Ce dernier ne se contente d’ailleurs pas d’un simple rôle de co-scénariste, car il incarne également le personnage du chef de la gendarmerie au sein du récit. Pop Redemption nous raconte les mésaventures du groupe de black metal, les Dead MaKabés (Julien Doré, Grégory Gadebois, Jonathan Coen, Yacine Belhousse) qui se rendent au Hellfest pour y jouer un concert. Le problème c’est que sur leur trajet, ils ont un accident de voiture qui provoque un homicide involontaire aux particulièrement improbable. Dès cet instant, le groupe doit se cacher dans un village et se faire passer pour un groupe de reprises des Beatles. Au-delà de se servir des clichés qui entourent le black metal pour les transformer en ressorts comiques ou moqueries (rayez la mention inutile) dans son introduction, les auteurs basculent très rapidement dans des gags qui s’enchaînent à répétition, en jouant surtout sur du comique de situation. Le long-métrage laisse très rapidement comprendre que les intentions du réalisateur sont clairement ailleurs, à savoir une déclaration d’amour aux Beatles. C’est pourquoi, les metalleux n’auront malheureusement pas grand chose à se mettre sous la dent (malgré quelques séquences tournés au Hellfest) et auront plutôt tendance à l’ennui poli (voir à l’énervement, pour les plus fragiles), plutôt qu’au rire. Au vu de l’échec commercial, les profanes n’ont visiblement pas été plus emballés par cet énième coup dans l’eau, à mettre au crédit de la comédie française. Prolongation des quatre saisons de la série d’animation Metalocalypse, Metalocalypse : The Doomstar Requiem de Mark Brooks est ce qu’on appelle un épisode spécial (entièrement musical) d’une quarantaine de minutes qui vient conclure la série consacrée au groupe fictif de death metal, Dethklok, sous la forme d’un opera rock. Une série et « long-métrage » qui rend hommage au metal au sens large du terme avec un casting particulièrement exceptionnel. Au-delà des « vrais » comédiens qui ont prêté leurs voix, comme Jack Black (encore lui) et Mark Hammill, les metalleux auront le plaisir d’entendre les voix d’une pléthore d’artistes tous sous-genres confondus. On ne peut bien évidemment pas tous les citer, mais vous pouvez y retrouver entre autres : James Hetfield, Angela Gossow, Mike Patton, George Fisher, King Diamond, ICS Vortex, Ihsahn, Devin Townsend, etc. On clôture cette année 2013, particulièrement prolifique avec un court-métrage : Necronomica de Kyle Bogart. Une comédie en noir et blanc qui fera sourire exclusivement les connaisseurs au travers des doutes des deux musiciens de black metal, aux pseudonymes explicites (Borknarg qui fait référence au groupe Borknagar et Absu au groupe fasciste Absurd), qui souhaitent rebondir suite au départ de leur batteur en devenant le groupe le plus maléfique du genre.

Nous allons cette fois en direction de la Nouvelle-Zélande avec Deathgasm de Jason Lei Howden (2015). Héritier d’Evil Dead de Sam Raimi et de Braindead de Peter Jackson, cette comédie hilarante et gore met en scène le jeune groupe titre de black metal (voire blackened death metal pour être musicalement précis) qui découvre une partition musicale qui, une fois jouée, déchaîne littéralement les enfers. Pour son premier long-métrage, le cinéaste déclare son amour avec un profond respect aussi bien pour les séries B que pour les musiques saturées. Bien qu’il nous propose au premier abord des personnages totalement clichés, qu’ils soient metalleux ou non, l’objectif du réalisateur se sert de ces derniers afin d’en démonter tous types d’idées reçues. Ainsi, ils transforment ces losers et autres bimbos en véritables héros, capables de mettre fin à l’apocalypse à grand renforts de distorsions metalliques. Une solution qui rappelle forcément le procédé quasi identique proposé par The Gate de Tibor Takács (1987), au travers de l’un des personnages secondaires (passionné de metal) qui sauve le monde grâce à des éléments qu’il a identifiés sur la pochette d’un vinyle d’un groupe de heavy metal fictif. Au travers de ces deux issues similaires, il y a de quoi redéfinir l’expression du guitar hero en celui de metal hero. Nettement moins gore, mais tout aussi humoristique, Heavy Trip de Jukka Vidgren et Juuso Laatio nous emmène sur la route de l’Europe du nord et de la Scandinavie. Tout commence dans le pays des mille lacs, la Finlande, où le groupe de black metal Impaled Rektum (détournement évident d’Impaled Nazarene) essaye tant bien que mal de percer musicalement, jusqu’au jour ils rencontrent le promoteur d’un important festival de metal norvégien passe dans leur bled paumé. Le quatuor, bientôt affublé d’un cinquième comparse, décide de prendre la route pour le pays des fjords, afin de se produire (invité ou non) au fameux festival. Ainsi, ce road trip aux allures d’odyssée va s’avérer semé d’embûches particulièrement improbables et qui sont propices à de nombreux gags et autres détournements du folklore metallique. Avis aux déçus (logiques) de Pop Redemtion, vous trouverez en Heavy Trip le palliatif idéal.

Au-delà des films de fiction qui s’articulent autour du metal ou avec des personnages de metalleux qui sont secondaires à l’intrigue comme Le Jour de la bête d’Àlex de la Iglesia (1995), Les Beaux Gosses de Riad Sattouf (2009) ou encore The Loved Ones de Sean Byrne (2010), il existe plusieurs films qui reprennent ou suggèrent des éléments associés à l’univers musical. Il peut s’agir aussi bien de références musicales, thématiques ou purement esthétiques. Bien qu’il soit adapté de la revue française du même nom, il est difficile de ne pas citer le film d’animation Métal Hurlant de Gerald Potterton (1981), dont le titre outre-Atlantique est sans équivoque : Heavy Metal. L’esthétique globale est très fortement similaire à certains artwork d’album de groupes cultes du heavy metal, dont Iron Maiden est probablement le meilleur exemple. Un univers graphique fantastique et science-fictionnel qui s’est prolongé au travers d’une suite tardive : Heavy Metal F.A.K.K. 2 : Le Film de Michael Coldewey et Michel Lemire (2000) et d’une série télévisée franco-belge : Métal Hurlant Chronicles de Guillaume Lubrano (2012 – 2014). Le cinéaste japonais Sogo Ishii fait lui aussi fortement référence à l’univers metal via le court-métrage Electric Dragon 80.000 V (2001). Essentiellement au travers de Dragon Eye Morrison dont la guitare électrique surpasse le simple rôle d’instrument de musique. Certains longs-métrages sont également des prolongations visuelles de l’univers musical de certains groupes de metal, à tel point que l’on pourrait les considérer comme des extensions d’eux-mêmes. C’est notamment le cas du film à sketchs Cradle of Fear d’Alex Chandon (2001), qui en plus de mettre en scène Dani Filth (fondateur et chanteur de Cradle of Filth), reprend de nombreux codes à l’esthétique gore du célèbre groupe de black metal symphonique britannique. Les finlandais de Lordi (que nous avons déjà évoqué) ont vu également leurs univers et/ou leurs personnages repris par deux fois. Une première fois au travers du court-métrage The Kin de Lauri Haukkamaa (2004), puis via le long-métrage horrifique Dark Floors de Pete Riski (2008). Toujours en Finlande, mais dans le registre metal symphonique cette fois, le groupe Nightwish propose l’album-concept Imaginaerum qui est transposé au cinéma. Le scénario écrit par le leader du groupe, Tuomas Holopainen, est ensuite réalisé par le jeune cinéaste Stobe Harju. Un long-métrage fantasmagorique qui raconte l’histoire d’un homme âgé qui voyage à travers le temps et les rêves, dans son sommeil. Dans un tout autre registre, il est impossible de ne pas citer Ronal le barbare de Kresten Vestbjerg Andersen, Philip Einstein Lipski et Thorbjørn Christoffersen (2011). Un long-métrage d’animation danois qui, au-delà de la parodie évidente de Conan le barbare, est un hommage clair et assumé à la fantasy des années 80 mais également au heavy metal traditionnel. Terminons cette partie dédiée à la fiction avec l’autoproclamé, mais néanmoins paradoxal, « film muet le plus bruyant jamais réalisé » : Gutterdämmerung de Björn Tagemose (2016). Sous ce film concept au titre difficilement prononçable se cache une fiction basique (une bataille pour récupérer la guitare maléfique du Diable), diffusé en toile de fond d’une tournée mercantile de concerts, créé exclusivement pour cette occasion. Bémol, les sets sont joués majoritairement par des musiciens aussi inconnus que remplaçable. Certes, le film met en scène brièvement, dans un très beau noir et blanc expressionniste, certaines stars du rock et du metal (Tom Araya, Lemmy Kilmister, Volbeat…), mais cela reste très insuffisant pour justifier le déplacement et un prix exorbitant d’une cinquantaine d’euros.

Le croisement entre la musique metal et le cinéma n’est probablement pas près de s’arrêter, tant il y a encore et toujours matières à raconter. Vous pouvez d’ores et déjà compter, selon Deadline, sur un long-métrage consacré à Lemmy Kilmister qui est actuellement en préparation. À noter également coté documentaire, Nous sommes les nouvelles Chimères de Mathias Averty qui est consacré au festival breton des Feux de Beltane. Enfin, dès que les salles de cinéma ouvriront à nouveau leurs portes, vous pourrez compter sur le long-métrage que nous citions en introduction Sound of Metal de Darius Marder qui s’inspire d’un docu-fiction inachevé (Metalhead) de Derek Cianfrance qui parle d’un couple de musiciens qui font du heavy metal et dont le batteur devient sourd progressivement. Au casting, vous retrouverez dans la peau du batteur, le comédien Riz Ahmed et dans le rôle de sa compagne et chanteuse, l’actrice Olivia Cooke. Si vous souhaitez visionner quelques-uns des films cités auparavant, une partie d’entre eux sont disponibles légalement sur certains services de streaming (Vimeo et YouTube) ou sur des plateformes de SVOD, comme Outbuster, Tënk ou Prime Video. Bons visionnages et stay metal !!!

Votre avis ?

0 0
Aller à la barre d’outils