Close

Login

Close

Register

Close

Lost Password

Good Time – Critique

Présenté en compétition officielle où il a fait sensation, Good Time, nouveau film des frères Safdie (Mad Love in New York) avait tout pour être une belle réussite. Sans être catastrophique le résultat s’avère bien en deçà des intentions, forts louables, des cinéastes. Ce long métrage traduit à nouveau la difficulté de trouver une mise en scène adéquate à son sujet. Explications.

Suite à un braquage ayant mal tourné, Connie Nikas (Robert Pattinson) cherche à récupérer 10 000 dollars de caution pour libérer son frère Nick (Ben Safdie) handicapé mental en détention, début d’une longue nuit rocambolesque à travers les rues malfamées de la Big Apple. Par son pitch et l’ambiance atypique que cherchent à instaurer les deux cinéastes, Good Time s’inscrit dans la lignée de ces œuvres décalées où l’absurdité des situations prend place dans un décorum urbain et nocturne. After Hours, Mort sur le grill, Série noire pour une nuit blanche ou encore Appel d’urgence comptent parmi les exemples les plus célèbres de ce sous genre que les frères Safdie investissent dans leur nouveau long métrage. Un choix fort respectable dans la mesure où ce genre, assez rare, ne demande qu’à être de nouveau exploré. Loin de pasticher des cinéastes aussi talentueux que Martin Scorsese ou Sam Raimi, les Safdie ont l’excellente l’idée de ne retenir du genre que son postulat pour une approche plus personnelle centrée sur les déshérités et les junkies permettant la mise en avant d’individus délaissés par le cinéma américain contemporain. Une donnée qui permet aux réalisateurs de renouer avec les premières œuvres d’Abel Ferrara. Autant de bons éléments auxquels s’ajoute la présence du comédien Robert Pattinson. L’ancien interprète de la saga Twilight, libéré de ses postures caricaturales et fades dans les derniers films de David Cronenberg, livre une prestation fort honorable et plus émotionnelle qu’à l’accoutumé, centrée sur l’urgence du moment. Ce dernier étant soutenu par l’excellente Jennifer Jason Leigh et Barkhad Abdi (Capitaine Phillips).

Tout semble propice à ce que les frères Safdie accouchent d’une réussite jouissive et personnelle à contre courant de la production actuelle, qu’elle soit mainstream ou indépendante. Malheureusement c’est l’exact opposé qui se produit. Si le premier quart d’heure centré sur le braquage des frères Nikas suscite l’attention, via des idées simples et efficaces, le reste du métrage finit par ne susciter qu’un intérêt minime, en dépit de nombreux rebondissements. La faute en incombe à la réalisation des frères Safdie. Adepte du tournage guérilla, et d’une approche spontanée de la mise en scène, pourtant propice à être en accord avec le sujet traité, les frères Safdie semblent avoir mis de côté toute réflexion sur le découpage. Good Time souffre d’une réalisation répétitive avec une omniprésence de gros plans et une utilisation abusive et sans aucun relief de la longue focale. S’il est évident que les cinéastes souhaitent renouer avec l’approche intimiste de réalisateurs comme John Cassavetes où le Jerry Schatzberg de Panique à Needle Park, le résultat s’avère raté faute d’une attention sur la rythmique des plans et l’interprétation des comédiens. Good Time enchaine ce découpage peu inspiré à un rythme soutenu, laissant également peu de place à la scénographie des lieux, quand bien même ils font partie intégrante de l’histoire. À l’exception notable du dernier acte, le film peine à mettre en avant visuellement ses personnages comme son histoire.

L’omniprésence d’une musique électronique agressive composée par Oneohtrix Point Never, ayant pour but de créer une tension permanente proche d’un trip sous acide, finit par produire l’inverse de l’effet recherché. À deux exceptions notables, Good Time souffre d’une absence totale d’émotion qu’elle soit humoristique, dramatique, glauque, introspective ou vecteur de suspense. Le découpage redondant couplé à une agression sonore permanente empêche les cinéastes d’impliquer le spectateur émotionnellement dans l’histoire, à quelques rares moments près. Good Time se regarde ainsi sans ennui mais aussi sans aucune implication émotionnelle. En dépit d’un potentiel monstrueux, le film se révèle décevant dans son épopée nocturne, faute à une mise en valeur des enjeux, par ailleurs trop restreints au regard de la situation initiale qui aurait mérité d’avantage de folie et de liberté. Le sentiment dominant à la sortie de Good Time est celui d’un rendez-vous manqué comme l’atteste, malgré elle, la conclusion fataliste mais au final inoffensive du récit.

En dépit d’excellentes intentions, Good Time se révèle être une déception. Trop redondant et manquant de rigueur, le film des frères Safdie peine à donner du relief à des enjeux trop restreints. Si le résultat se suit sans ennui, il peine à laisser une empreinte singulière. Dans un registre similaire on se tournera d’avantage vers le mésestimé Stretch de Joe Carnahan, beaucoup plus fou et libre que le film des frères Safdie.

Partager cet article

A lire également

0
0

    Répondre

    Votre adresse mail ne sera pas visible. Les champs requis sont marqués *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

    Merci pour votre commentaire !