Close

Login

Close

Register

Close

Lost Password

Brigsby Bear – Critique

Pour sa clôture, la semaine de la critique sous l’égide de Charles Tesson a jeté son dévolu sur le 1er long métrage de Dave McCary : Brigsby Bear. Le résultat s’avère être une œuvre touchante, qui parvient à contourner ses défauts estampillés « ciné indé us », par un vrai travail sur la caractérisation de son personnage principal et un propos plus futé qu’il n’en a l’air.

Ancien étudiant de la prestigieuse University of The Soutern California (USC), Dave McCarry fonde en 2007 avec son ami d’enfance et scénariste Kyle Mooney, ainsi que Nick Rutherford, Beck Bennett : Good Neighbor. Ce groupe comique va se faire un nom à travers leurs courts métrages sur le net, allant jusqu’à créer l’excellente web série Epic Rap Battles of the History pour laquelle McCary réalise de nombreux épisodes. Good Neighbor parvient à susciter l’enthousiasme de personnalités aussi diverses que Louis C.K., Adam McKay, Will Ferrell et Steven Spielberg. Le succès du groupe est tel que McCarry se voit confier en 2013 l’écriture de nombreux sketchs du Saturday Night Live qui lui vaudront un Emmy Awards. En juin 2016, la production de Brigsby Bear est lancée avec l’appui du duo Phil Lord-Christopher Miller (La grande aventure Lego), des Lonely Island d’Andy Samberg (Popstar: Never Stop Never Stopping) et de la compagnie chinoise YL Pictures. Christian Sprenger (les séries Atlanta et Glow) se charge de la photographie, Jacob Craycroft (Magic Magic) du montage, David Wingo (Mud) de la musique et Brandon Tonner-Connolly (Robot & Frank) des décors. Outre Mooney et Samberg, la distribution inclut Greg Kinnear, Michaela Watkins, Jorge Lendeborg Jr., Ryan Simpkins, Kate Lyn Sheil, Claire Danes et Mark Hamill. Narrant les péripéties de James Hope (Kyle Mooney) ramené à sa famille après avoir était kidnappé par Ted (Mark Hamill) un ancien fabriquant de jouets ayant bricolé un show télé nommé Brigsby Bear pour maintenir James en captivité pendant des décennies, le 1er film de McCary n’est pas exempt de défauts embarrassants typiques du cinéma indépendant qu’affectionne Sundance : photographie aux prédominances vertes et jaunes, omniprésence du coucher de soleil, poésie artificielle héritée du cinéma de Michel Gondry.

La présence d’un apprenti cinéaste dont la chambre est recouverte d’affiches de classiques de la SF cinématographique 80s (The Thing, Tron) a tendance à enfoncer Brigsby Bear dans la nostalgie mortifère, peu aidée par l’ours en peluche éponyme qui donne tout son sens à l’appellation cinéma doudou. À contrario d’autres cinéastes issus du net comme Dan Kwan – Daniel Scheinert sur Swiss Army Man ou même James Rolfe sur Angry Video Game Nerd: The Movie, McCary ne fait preuve d’aucune inventivité visuelle ou narrative pour son passage au long. Tous ces éléments auraient tendance à enfermer Brigsby Bear dans la terrifiante norme actuelle si un élément crucial ne venait faire dérailler la machine : son protagoniste principal. Au premier abord, James Hope n’est pas sans rappeler l’énième adulescent narcissique qu’affectionnent tous les aspirants Judd Apatow. Cependant il s’agit d’une personnalité atteinte de troubles psychiques du fait de son enfermement pendant plusieurs décennies. C’est sur ce point précis que Brigsby Bear parvient à sortir du tout venant de la production indé. En voulant terminer un long métrage sur l’ourson en peluche dont il est fan, Hope va sans s’en rendre compte reforger les liens entre des personnes aux rêves brisés. Le Détective Vogel (Kinnear) et son passif d’acteur shakespearien, l’ancienne actrice du show devenue serveuse… .

Le tournage de ce long métrage amateur permet également à Hope de retrouver tout un tas de fonctions sociales lui permettant de sortir de son passif maladif par l’intermédiaire de son équipe et de sa famille. McCary semble vouloir sortir du carcan contemporain en proposant à son personnage de se sortir de son marasme par l’intermédiaire du cinéma et de la création en général, plutôt que l’inverse. Cette donnée en apparence simple, permet à Brigsby Bear de se suivre sans déplaisir, aidé en cela par d’excellents interprètes et les nombreuses séquences liées au tournage du film fictif, qui donnent tout son sens à l’expression système D. Le final sous forme d’adieu au passé finit par rendre le tout attachant à défaut d’être inoubliable.

En dépit de ses défauts typiques du cinéma actuel, Brigsby Bear s’avère être un film attachant qui parvient in fine à retrouver un peu de son innocence à travers le parcours de son personnage principal. Si niveau film « making of » on pourra largement lui préférer Why Don’t you play in hell ? de Sono Sion et le documentaire vivifiant sur le tournage de Bad Taste, le long métrage de Dave McCary n’en demeure pas point honorable sur la question du pouvoir du cinéma comme aide à la vie, et non l’inverse.

Partager cet article

A lire également

0
0

    Répondre

    Votre adresse mail ne sera pas visible. Les champs requis sont marqués *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

    Merci pour votre commentaire !