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On the Rocks – Critique

Présenté en avant première dans plusieurs festivals dont celui de Lumière à Lyon, avant de débarquer sur Apple TV + , où il compte parmi les oeuvres censées inaugurer la future politique de production cinématographique de la nouvelle plateforme, On the Rocks ne redorera pas le blason de Sofia Coppola. Mais le film a le mérite de s’avérer un poil plus attachant que ses récents travaux. L’occasion de revenir sur le déclin de celle qui fut perçue autrefois comme une réalisatrice prometteuse. 

En novembre 2018, Apple annonce passer un partenariat avec la boite de production A24 dans le but de co-produire des oeuvres destinées à la nouvelle plateforme que s’apprête à lancer le géant de l’informatique, et censée concurrencer Netflix, Amazon Prime et Disney +. En janvier 2019, On the Rocks de Sofia Coppola est annoncé comme le premier long métrage à inaugurer ce deal. Au même moment Bill Murray et Rashida Jones sont annoncés en têtes d’affiche, rejoints les mois suivants par Marlon Wayans, Jessica Henwick et Jenny Slate pour un tournage prévu à New York en Juin de la même année. Les collaborateurs habituels de la cinéaste : Sarah Flack au montage, Anne Ross à la direction artistique, Phoenix à la musique et Phillipe Le Sourd à la photographie répondent à nouveau présents. De par son sujet centré sur les retrouvailles entre une jeune mère new-yorkaise et son excentrique père au sujet d’une éventuelle histoire d’adultère, On the Rocks apparait au carrefour de Somewhere et de Lost in Translation. Cependant ce nouveau long métrage peine encore une fois à s’extirper de défauts pointés du doigt par les nombreux détracteurs de la réalisatrice.

Formellement On the Rocks n’est rien d’autre qu’un téléfilm au découpage scolaire, que peine à rehausser le travail de Philippe Le Sourd, et démontre à nouveau l’écart vertigineux qui sépare les travaux de Sofia Coppola de Virgin Suicides, son premier et meilleur long métrage. À tel point que l’on pourrait rapprocher la trajectoire de la réalisatrice de celles de nombreux artisans : Mary Lambert, James Foley, Paul W.S. Anderson… qui après des débuts prometteurs ont connu un rapide déclin artistique au point de livrer une filmographie particulièrement embarrassante. Un parallèle bien moins saugrenu qu’il n’en à l’air dans la mesure où Virgin Suicides était une authentique anomalie dans le teen movie des 90s, prenant ses distances avec les comédies gras du bide à la American Pie et les drames « indé » de Larry Clark et Harmony Korine, pour lorgner  du côté de Peter Weir et Peter Jackson, respectivement sur Pique-nique à Hanging Rock et Créatures Célestes. En abordant un fait divers sordide sous un jour féerique et mélancolique, Sofia Coppola parvenait à viser juste dans sa représentation des affres de l’adolescence tout en damnant le pion au surestimé American Beauty dans sa critique de la middle class américaine. Passé cette belle réussite, la carrière de la réalisatrice ne retrouvera jamais cet éclat, que ce soit sur Lost In Translation, film touchant sur les relations éphémères mais problématique dans sa vision du japon, et Marie-Antoinette dont le flop contribua à l’enfermer dans la case dont elle avait mis des années à s’extirper.

Un perpétuel déclin que ne fait que confirmer On the Rocks, dont l’enjeu central du récit, un banal soupçon d’adultère, s’avère d’une grande pauvreté dramaturgique, tant les enjeux sont réduits à des running gags, auxquels viennent s’ajouter d’embarrassants placements de produits vis à vis des principaux producteurs du film. Cependant là où ce dernier parvient quelque peu à retrouver une certaine innocence qui faisait cruellement défaut aux précédentes réalisations de Coppola, c’est dans l’alchimie de son duo d’interprètes qui portent On the Rocks sur leurs épaules. Si Bill Murray ne fait rien d’autre qu’une redite de ses prestations de dragueur balourd dans S.O.S. Fantômes et Un jour sans fin, il a au moins le mérite d’offrir le minimum syndical, témoignant d’une certaine implication du comédien que la réalisatrice a probablement laissé improviser. Il en est de même pour Rashida Jones qui s’avère plutôt touchante dans sa prestation de mère en panne d’inspiration, apportant une réelle consistance à un personnage pourtant transparent sur le papier, malgré le fait qu’il tranche avec les adolescentes à l’oeuvre chez la réalisatrice. Une vraie alchimie palpable entre les deux interprètes qui permet de rendre leur parcours un minimum attachant et de rendre leurs conflits générationnels palpables aussi galvaudés puisses t’il être. Des éléments qui malgré le décorum gentrifié et superficiel dans lequel ils évoluent rendent l’ensemble un peu plus humain qu’à l’accoutumé, et par dessus tout un peu plus vivant que les précédents efforts de sa réalisatrice. À défaut de rendre l’oeuvre correcte, ce duo parvient in extremis à apporter de l’intérêt à une oeuvre qui n’en aurait aucun.

Summary
Nouvelle oeuvre quelconque dans la filmographie de sa réalisatrice, On the Rocks parvient in extremis à susciter un minimum d’intérêt de par le talent de ses interprètes principaux. À défaut de rendre le film correct, ces derniers rendent le visionnage agréable et parviennent à donner un plus non négligeable aux enjeux que sa réalisatrice peine à mettre en avant par le langage cinématographique.
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