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Mickey 17 – Critique

Six ans après le triomphe mondial de Parasite, le nouveau film de Bong Joon Ho, Mickey 17, débarque en salles après un an de report. Un résultat en demi teinte, bien en deçà des précédentes réalisations du génie sud-coréen. Cette nouvelle incursion dans la science-fiction reste néanmoins idéale pour faire le point sur l’oeuvre du cinéaste, et la perception que l’on peut en avoir. 

Attendu au tournant après le carton international de Parasite, Bong Joon Ho ne pouvait que décevoir celles et ceux l’ayant découvert avec son huis-clos palmé et oscarisé. Il en est de même pour une partie de la cinéphilie, critiques et influenceurs, privilégiant la partie thriller/drame social sud-coréen de sa filmographie (Memories of Murder, Mother, Parasite) à la science-fiction à visée internationale (The Host, Snowpiercer, Okja). Une dichotomie qui n’est pas propre à Bong Joon Ho, puisqu’on la retrouve chez d’autres cinéastes majeurs comme Guillermo del Toro ou Steven Spielberg. Ces derniers, désormais accueillis chaleureusement quand ils livrent des oeuvres jugées sérieuses, à l’instar de La Forme de l’eau ou Le Pont des espions, restent considérés avec un certain dédain quand ils balancent des films ouvertement ludiques comme Pacific Rim ou Ready Player One. L’inévitable distinguo entre le bon et le mauvais gout, le beau et le vulgaire, l’adulte et l’infantile, l’art et le mercantile, la culture haute et la culture basse, etc… De par le genre investi, Mickey 17 s’inscrit à nouveau dans le versant le moins adoubé de la filmographie de Bong Joon Ho. Ce dernier, comme l’a rappelée Celia de cinéma coréen, est un fan de science-fiction depuis son enfance, un véritable érudit du genre, dans une Corée du sud ayant eu du mal à accéder à ce type d’oeuvres. Bien que Mickey 17 trouve son origine dans un livre d’Edward Ashton, son schéma narratif s’inscrit totalement dans le sillage d’une science-fiction guerrière, tributaire du livre matriciel Étoiles, garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein, porté à l’écran par Paul Verhoeven sous son titre original Starship Troopers. Un livre controversé, qui aura infusé sur diverses strates du genre, par ses thématiques et son imagerie. De La Guerre éternelle de Joe Haldeman, jusqu’au méchas japonais, en passant par de nombreux jeux vidéo, ou la filmographie de James Cameron, qui puisera intelligemment chez Heinlein, pour en tirer deux oeuvres majeures : Aliens, le retour et Avatar. C’est justement du côté de ce dernier que lorgne fortement Bong Joon Ho. Le parcours de Mickey Barnes, un individu cherchant à fuir la terre en travaillant pour un conglomérat parti coloniser une planète extraterrestre inhospitalière, suit un schéma relativement identique à celui de Jake Sully chez Cameron. Le nerf narratif même de Mickey 17, le transfert d’une conscience dans un autre corps, ici cloné, parle pour lui-même. Une approche qui permet de retirer le voile prestigieux qu’était la réception de Parasite. Mickey 17 a le mérite de remettre les pendules à l’heure vis-à-vis d’un cinéaste qui s’inscrit dans l’héritage de Lee Chang-ho et Bae Chang-ho. Deux cinéastes sud-coréens populaires des 80s, qui enchainaient les succès au box office. Ce qui valut à Bae Chang-ho, à qui l’on doit le très beau mélodrame Les gens d’un bidonville, d’être surnommé le Steven Spielberg sud-coréen, comme le rappelle Bastian Meiresonne dans son livre Hallyuwood – Le cinéma coréen. En définitif la profession de foi cinématographique de Bong Joon Ho a plus à voir avec celle qui anime Juan Antonio Bayona ou Edgar Wright, le réalisateur de Baby Driver étant même remercié au générique de fin de Mickey 17.

Malheureusement pour la 1ère fois depuis Barking Dog, le cinéaste ne parvient pas retrouver le degré d’excellence auquel il nous avait habitué jusque là. La faute en grande partie à l’écriture. Jusqu’à présent, même dans les ruptures de ton faisant basculer ses récits d’un genre à l’autre, le réalisateur parvenait toujours à garder une cohérence narrative et thématique, grâce aux personnages qu’il ne perdait jamais de vue. Ici, le cinéaste sacrifie cette concision narrative pour accoucher d’un récit particulièrement laborieux, faisant fi de toute limpidité et efficacité. Un échec narratif que l’on trouve notamment dans le traitement de deux éléments clés. Le 1er est Mickey 17. Un personnage pathétique et lâche, dans la lignée de ceux interprétés par Song Kang-ho dans Memories of Murder, The Host et Parasite, appelé à connaitre une évolution, ici lumineuse. L’occasion pour le réalisateur d’aborder cet archétype, via une thématique aperçue à la fin d’Okja avec les jumelles Mirando : le double. Une thématique particulièrement populaire durant les 90s, revenue à la mode ces derniers temps, comme en témoignent Gemini Man, Jawan, The Substance, Tenet, The Eternal Daughter, Lui, The Flash, Martin, etc… Sur le papier, la confrontation entre Mickey 17 et son clone aurait pu jouer pleinement sur l’affrontement entre deux conceptions existentielles et politiques du monde. À la manière de celles décrites récemment par l’essayiste Naomie Klein dans son ouvrage Le double: voyage dans le monde miroir. Le double étant également assujetti à la notion de sacrifiable au coeur du récit, représentant aussi bien la chair à canon, sur laquelle repose toute la philosophie militariste, que les sacrifié.e.s du système capitaliste. Un arc narratif qui, passé d’excellents quiproquos comiques débouchant sur un vaudeville graveleux, sera relégué au second plan, et ne réapparaitra qu’en tant que simple pay off durant le climax. Un choix d’autant plus regrettable que Robert Pattinson offre sa meilleure prestation à ce jour. Mickey 17 fait écho au personnage qu’il campait dans High Life de Claire Denis, mais sur une dynamique pas si éloignée de celle présente chez Jean-Claude Van Damme dans Replicant de Ringo Lam. Une personnalité enfantine particulièrement naïve, confrontée à son pendant adulte, cynique et nihiliste. Le comédien passant avec une aisance remarquable d’un registre à l’autre, faisant preuve de nombreuses nuances subtiles à travers les deux Mickey, tout en démontrant de vraies facultés comiques que beaucoup ne soupçonnaient pas. L’autre souci majeur est du côté de Kenneth Marshall. Si Bong Joon Ho ne cache absolument pas qu’il représente le président Donald Trump, cette caricature souffre d’une approche inoffensive annulant totalement la charge satirique du film. À contrario de Lucy Mirando dans Okja, jamais Marshall ne bascule du bouffonant au dangereux, quand bien même on le voit menacer les protagonistes. Un élément nécessaire pour que la satire dépasse le cadre de l’humour et atteigne un impact dramaturgique hargneux. La scène du repas entre le couple Marshall, Mickey 17 et Kai Katz est symptomatique de l’échec du film dans ce registre. Prenant place dans un décor qui n’aurait pas dépareillé chez Ken Russell, Mickey 17 se contente de vomir au sol, jamais à la face de ses interlocuteurs. Un élément qui témoigne de l’incapacité du réalisateur, comme de l’industrie cinématographique américaine, à s’attaquer véritablement aux fondements d’une personnalité symbolisant les dérives de l’ultra libéralisme. En cela le film fait également pale figure dans sa proposition de film populaire engagé, par rapport à ce que le cinéma du sud de l’Inde offre actuellement via des cinéastes comme Karthik Subbaraj (Jigarthanda Double X) ou Mari Selvaraj (Vaazhai).

Dans le rôle de Marshall, Mark Ruffalo a beau soigner son imitation de Donald Trump avec un soupçon d’Elvis Presley, jamais il ne dégage l’aura d’Ed Harris dans Snowpiercer ou Tilda Swinton dans Okja. Le manque de consistance archétypale à l’égard de Marshall, empêche le cinéaste sud-coréen de lorgner à nouveau dans des registres prisés par John Carpenter, Joe Dante, Álex de la Iglesia ou même Adam McKay auquel on pense beaucoup. Bien que l’approche ne se rabaisse pas au niveau d’un Ruben Östlund, Mickey 17 est un échec cuisant dans sa critique du système libertarien, et l’oeuvre la plus politiquement faible du cinéaste. Le film semble également trop en raconter et pas assez à la fois. Le visionnage donne l’impression d’un manque de liant entre les scènes, faisant tomber à plat les ruptures de ton où excelle pourtant le cinéaste, entrainant un rythme particulièrement bancal. Le film finit par faire du surplace dans des décors restreints, avant de déployer tous ses moyens dans le climax. Bien que Bong Joon Ho affirme en interview avoir eu une liberté artistique totale, Mickey 17 semble porter les stigmates d’une production compliquée. Si l’ensemble pêche totalement vis-à-vis de la filmographie antérieure de l’auteur, le film parvient cependant à garder un cap réjouissant dans son traitement de la science-fiction, qui en fait le haut du panier du blockbuster actuel. Bong Joon Ho peine à retrouver l’excellence d’Avatar et Starship Troopers, mais son identité de « geek décomplexé » ressort à nouveau avec bonheur à l’écran, au point d’être, malgré lui, l’antithèse de l’approche austère et aseptisée de Denis Villeneuve. Le cinéaste sud-coréen convoque à nouveau l’imagerie industrielle de ses précédents essais dans le genre, avec une imagerie baroque héritée de Métal Hurlant et du Hayao Miyazaki de Nausicaä de la Vallée du Vent. Les rampants sont l’occasion pour Bong Joon Ho, au détour d’un échange vocal entre Mickey 17 et l’une des créatures, à laquelle Anna Mouglalis prête sa voix, de jouer sur la bizarrerie et l’émerveillement propre au genre. Le réalisateur de Memories of Murder damant facilement le pion à la représentation des vers dans les récents Dune. Cependant cette relation symbiotique entre l’humain et l’animal est avant tout l’occasion de renouer avec The Host, mais surtout Okja, dont Mickey 17 est le prolongement logique. Une manière pour le cinéaste d’essayer de remettre en avant le coeur émotionnel de son film de 2017. Un film très personnel, comme le rapportait le réalisateur Christophe Gans, bien plus que le long métrage qui lui offrit la palme d’or et l’oscar, mais considéré à tort comme une oeuvre mineure dans sa filmographie. Une manière pour le cinéaste de rappeler à travers cette confrontation, et le soin apporté à quelques morceaux de bravoures, l’importance que revêt chez lui la candeur de l’imaginaire dans son cinéma. Une démarche qui permet de mieux cerner Mickey 17. Un film malade dont surgissent régulièrement de beaux restes, à l’instar de La Forteresse noire de Michael Mann, du Dune de David Lynch, ou même de Soldier de Paul W.S. Anderson. La version spatiale de L’Homme des vallées perdues située dans l’univers de Blade Runner, qui préfigurait sur de nombreux aspects la démarche d’Avatar, et dont Mickey 17 apparait comme un étrange film miroir caustique, dans ses qualités et ses importantes cicatrices. 

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En résumé

Le retour de Bong Joon-ho se solde par un film malade où subsistent quelques beaux restes, témoignant de son savoir-faire et d’un amour immodéré et communicatif pour la science-fiction. En espérant que le cinéaste saura rebondir. 
6.5
10

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Auteur

Rédacteur pour Monsieur Bobine et Furyosa. Co-auteur de "L'oeuvre des Wachowski - La matrice d'un art social" chez Third Editions.

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