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Master of None : Saison 2 – Critique

La première saison de Master of None avait laissé une très bonne impression. Une série bien dans ses baskets avec des auteurs très inspirés par des shows TV old school. L’ingéniosité ne manque pas de les frapper et c’est là que Master of None attire toute notre attention. La seconde saison est beaucoup plus indépendante artistiquement. Si on la comparait à un plat, ce serait un met signature qui aurait permis à un chef de décrocher une étoile.

Préparez-vous à découvrir une saison très romantique. Master of None saison 2 est une déclaration d’amour à la bouffe, à New-York et à l’amour. On sort complètement du schéma mis en place des premiers épisodes. Exit le trip à la Seinfeld et les anecdotes rigolotes sur la vie de tous les jours. Cette nouvelle saison possède un fil conducteur bien plus visible. Installez-vous confortablement, glissez vous sous un plaid pour embarquer pour « Cosy Ville », vous allez passer un excellent moment.

C’est donc logiquement que la saison 2 débute en Italie. Dev (Aziz Ansari) s’est fondu dans les murs depuis un petit moment maintenant. Il nous épate presque avec son petit accent italien, il maitrise les pâtes faites maison. Tout ça pour nous dire qu’il s’insère, tout comme son père il y a des années dans la ville de New-York. La narration ne montre pas ses débuts dans la ville italienne mais il est évident que Dev en a bavé. Ce voyage initiatique avait pour but de remettre de l’ordre dans sa tête. Une fois les idées sombres balayées, les nouveau amis, les pâtes et l’italien maitrisé que reste-t-il ? Il reste Francesca que l’on verra plus tard. Elle restera dans un coin de son esprit durant les 10 épisodes.

Cette seconde saison déborde de passion tout comme les personnages. Arnold dévoile une facette inconnue jusqu’ici. Dans l’épisode nommé « Le Nozze » l’ami géant de Dev nous ouvre son cœur. Arnold n’est pas que « bizarre » avec un humour décalé. Il aime, il a aimé, il souffre et n’a absolument aucune crainte de le dire. Montrer un homme anéanti par une femme peut être très viril. Master of None est une nouvelle fois loin des clichés machistes. « Le Nozze » possède un scénario que l’on offre surtout aux actrices en général.

Les 10 épisodes de Master of None sont découpés avec un sujet bien précis. Mais cette fois-ci, il y a des éléments qui se mêlent à plusieurs épisodes. Le résultat est moins tranché que dans la première saison. Ça n’enlève rien à la qualité du show évidemment, c’est même une bonne chose. Les auteurs ne servent pas du réchauffé, le but est de faire découvrir plusieurs spécialités. Aziz Ansari avait déclaré qu’il aurait aimé parler religion dans la première saison. Il en a eu l’occasion pour la suivante. L ‘épisode se nomme « Religion » tout simplement. Un petit chef d’œuvre quand on s’amuse à se pencher sur les différents niveaux de lecture. Dev reçoit de la famille qui s’avère être très pratiquante. Il découvre que son cousin n’a jamais mangé de porc. Mais ce dernier est curieux et a bien envie de se laisser guider vers un autre univers. Les américains cuisinent énormément la viande de porc, Dev va donc l’initier à travers un sandwich et même un festival. La nourriture. Encore une bonne façon de parler d’autre chose pour Aziz Ansari et Alan Yang. On peut essayer de remplacer le porc par le sexe par exemple. On pense aussi à l’émancipation de jeunes adultes par rapport à leurs parents. Manger du porc, être gay, bi ou avoir envie de changer de sexe. Comme les auteurs ne donnent pas dans le drame pur, on préfère parler de porc sauté et cette pratique est divinement exécutée.

Un peu comme un cœur coulant que l’on attend pas dans une friandise, Master of None propose un épisode surprenant où les héros ne font pas partie du casting principal. L’épisode rappelle vaguement le cinéma de Woody Allen. Difficile de faire une déclaration d’amour à la ville de New-York et à ses habitants sans penser au réalisateur. « New York, I Love You ». Plusieurs destins se croisent. Le spectateur suit des moments de vie de plusieurs new yorkais. Les créateurs osent une partie où une jeune femme est au centre. Rien ne sera dévoilé ici, mais l’intention est belle et pleine de sens. Sûrement l’élément qui donne tout le relief de l’épisode. Tout est pertinent, mais pourtant on a comme la sensation d’un manque. L’impression que le plat est amputé d’un ingrédient. Master of None est plutôt court avec 10 épisodes. Dev et ses potes apparaissent quelques secondes ici, un sentiment de frustration prend place. On veut notre bande de potes. On veut Dev et ses péripéties.

Denise est la seule amiE proche de Dev. A travers l’épisode « Thanksgiving » on comprend que leur amitié dure depuis l’enfance. C’est Lena Waithe qui incarne le personnage de Denise. Encore une fois le casting est impeccable. Denise nous manque un peu pendant cette seconde saison, elle est presque invisible. Cette épisode qui lui est dédié est donc le bienvenu. « Thanksgiving » s’intéresse à la sexualité de Denise. Elle fera 2 coming out pendant cet épisode : devant Dev et devant sa mère quelques années plus tard. Thanksgiving est une fête américaine qui a pour but de remercier dieu et de la bonne entente avec les indigènes. C’est aussi l’occasion de remercier le peuple amérindien. La fête est donc synonyme de paix et d’entente entre les peuples, le soir où tout le monde ne fait qu’un. Denise mettra des années à ne faire qu’un avec sa mère. L’épisode propose plusieurs flashbacks. L’amie de Dev va être confrontée à l’homophobie de sa mère. « Thanksgiving » nous apprend à découvrir ce personnage féminin et à l’aimer un peu plus.

Le temps passe très vite devant cette deuxième saison de Master of None. Les deux derniers épisodes sont sûrement les meilleurs. On imaginera une partie 1 et 2 car les deux sont indissociables. Impossible de ne pas les enchainer. Un petit vent romantique souffle durant les 8 premiers épisodes. Pour les deux derniers, le romantisme fait plutôt figure de tempête. Dev et Francesca sont dans leur bulle et comme l’intrigue est brillamment écrite, les spectateurs y sont conviés. Difficile de ne pas s’attacher à cette idylle. Les auteurs ont eu la bonne idée de créer une « situation compliquée ». Rien de mieux qu’une histoire d’amour complexe. Il parait d’ailleurs que ce sont les plus belles. Le personnage de Dev s’ouvre littéralement la poitrine et nous montre son cœur pendant ces deux derniers épisodes. On souffre avec lui et on se réjouira aussi avec lui. Dev scotche l’audience avec un plan qui dure quelques minutes dans un taxi (ou plutôt un Uber). Il raccompagne Francesca avec le cœur lourd et rentre seul. La caméra continue de filmer le personnage dépité sur fond de musique. La séquence n’est pas trop longue car même si il ne parle pas, on arrive aisément à deviner les mots qui défilent dans sa tête. Un passage osé et hyper maitrisé.

L’épisode final joue avec nos sentiments. Un vrai roller-coaster. Tout l’esprit de Master of None (saison 2) est synthétisé pendant cette trentaine de minutes. L’amour, l’amitié, la bouffe, Dev, Francesca. Comme pour le premier épisode, le déracinement est également présent. Master of None est une aventure humaine. Ici, les auteurs s’affranchissent complètement des séries comiques comme Seinfeld pour proposer quelque chose de plus grand humainement. En ces temps incertains, Master of None rejette toute forme de violence et ne s’intéresse qu’aux choses qui font battre le cœur des hommes et des femmes. Quelle que soit leur religion ou nationalité. Master of None rassemble avec ce qu’il y a de plus simple. Dev, new-yorkais d’origine indienne, tombe amoureux de Francesca, venue tout droit d’Italie. A part les continents rien ne les sépare. Rien ne sépare Dev de son amie homosexuelle ou d’Arnold. Master of None offre une sacrée leçon de tolérance sans trop en faire. Pas de miel ni de faux sentiments. La sincérité dans le propos est tellement présente que le message est clair et pragmatique. Cette deuxième saison est un chef d’œuvre que l’on a bien envie de revoir. Nos attentes seront très hautes pour les prochains épisodes.

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