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Master of None : Saison 1 – Critique

La série Master of None est sur toutes les lèvres mais aussi très présente sur les réseaux sociaux. Si les créateurs du show ont un coup de blues, il leur suffit de se rendre sur le hashtag dédié à la série sur Twitter, les avis sont dithyrambiques et très nombreux. La deuxième saison vient d’atterrir sur Netflix, retour sur les 10 premiers épisodes.

A première vue, Master of None ne s’impose pas avec beaucoup d’originalité. Une bande de potes s’interrogeant sur des sujets fondamentaux de la vie courante tient du déjà vu. Comment s’affranchir de Seinfeld et Friends qui comportent de si nombreuses saisons ? Il faut avoir énormément de choses à dire qui correspondent à notre temps, et du talent. Aziz Ansari se met en scène (il a changé de nom contrairement à Jerry Seinfeld) et témoigne de sa propre expérience de comédien. Ses débuts sont humbles, sa carrière ne décolle pas dans cette première saison en tout cas. Il est entouré d’un petit groupe d’amis : un grand type un peu étrange mais hyper gentil, une femme lesbienne avec qui il n’aura donc jamais de relation et un jeune homme bien dans ses baskets et très solaire. Ansari a clairement été biberonné au travail de Larry David et Jerry Seinfeld, mais pas que.

Les auteurs de Master of None ont eu la bonne idée d’attribuer un thème à chaque épisode. Pour une série créée en 2015, les sujets empruntés parleront surtout à la génération X et Y. Ces générations qui adorent que la lucarne s’adresse directement à eux, Aziz Ansari et Alan Yang l’ont bien compris. C’est aussi ce que font les comiques depuis des années, du coté de la team Apatow ou des comédiens de Stand-up (d’où vient Aziz Ansari). L’audience est tenue en haleine quand les histoires des acteurs leur ressemblent. C’est sûrement là où la comédie excelle le plus. Master of None se permet de décortiquer quelques sujets graves sans jamais tomber dans le drame. Grâce à la comédie, Aziz Ansari nous parle de tout.

Quelques épisodes se détachent du lot dans cette première saison. Master of None s’ouvre avec l’épisode « Plan B ». L’intrigue se penche sur la vie des jeunes parents et du chamboulement que provoque les enfants. Si Apatow est le maitre pour décrire ce sentiment, Ansari se plante légèrement. Difficile de décrire l’expérience parentale quand on ne la vit pas, comme si vous deviez décrire 2001 – L’Odyssée de l’Espace. Il faut le voir pour comprendre. Il faut le vivre pour savoir. Les tableaux présentés sont beaucoup trop sombres, les aprioris sont mis en avant et non l’expérience. Sa description de la réalité des parents ne tient pas. Concrètement la vie de famille est un énorme éventail de possibilités qui sont clairement zappées dans cet épisode. Même si les auteurs ne sont pas obligés de tout citer, quelques nuances auraient été les bienvenues.

Master of None brille ailleurs. Aziz Ansari et Alan Yang sont tous deux d’origines asiatiques, ils sont très bien placés pour parler de leur conditions dans la société ainsi que dans le milieu du cinéma. Un sujet grave et important, Ansari et Yang forts de leur vécu ont raison de profiter de leur show pour faire écho de ces discriminations. L’épisode est baptisé « Indians on TV ». Immédiatement, le spectateur aura le réflexe de nommer les acteurs d’origine indienne connus. Le constat n’est pas terrible. On en vient donc au racisme ordinaire qui touche le milieu artistique. Aziz Ansari a certainement du être confronté à des producteurs qui lui proposaient des rôles d’épicier ou de scientifique « avec l’accent ». Le comédien prend du recul pour se moquer de ces situations et il possède la maturité essentielle pour traiter ce lourd sujet. Pragmatique, il admet que les choses avancent lentement mais sûrement. L’épisode met aussi en lumière les mails qui fuitent (on pense à Sony) avec des remarques racistes faites par des dirigeants blancs souvent conservateurs.

L’autre épisode qui correspond parfaitement à notre temps est « ladies and gentlemen ». Le féminisme est au cœur du récit, et là, Ansari et Yang ne nous servent pas du féminisme de pacotille. Même si le scénario est signé par des hommes, l’épisode sent clairement le vécu. On imagine bien les créateurs en plein brainstorming avec la gente féminine pour bâtir l’intrigue et c’est sûrement ce qu’il y avait de mieux à faire. Master of None vise juste quand il s’agit de parler des inégalités entre les sexes. Aussi bien dans les affaires comme dans la vie privée. Sans trop extrapoler, les auteurs parlent de leur milieu : la place des femmes dans les publicités ou l’insécurité qui les entoure lorsqu’elles rentrent après une soirée. Un acte militant qui ouvrira certainement les yeux aux ignorants.

Outre ces épisodes très contemporains, il y a énormément de choses très chaleureuses qui se détachent de Master of None. La série est à l’image de New-York et de ses habitants. Il y a un sentiment d’intimité lorsqu’on regarde Dev (Aziz Ansari) et ses potes. Différentes cultures sont représentées (avec les parents), les principaux protagonistes sont assurément new-yorkais par leur style de vie. La nourriture joue aussi un rôle considérable. On rate peu de diners ou de déjeuner dans Master of None et le menu est souvent international. Aziz Ansari, aussi curieux que gourmand, nous fait part de sa soif de découverte à travers ses plats. Grand fan de pâtes, c’est elles qui le mèneront vers un autre chemin à la fin de la première saison.

Les relations sont également décortiquées dans les moindres détails au fil des épisodes. On s’attache au groupe d’amis qui est mis en avant. Les personnes autour de Dev sont très simples à part Arnold (Eric Wareheim) qui possède un humour plus que décalé et un style incomparable. Ses autres amis ne sont pas extravagants, c’est leur naturel, leur côté « réel » qui fera toute la différence. Pour donner de l’ampleur aux personnages les auteurs n’ont rien exagéré. On peut facilement se retrouver en eux. Encore une fois Master of None joue avec la proximité du spectateur.

Master of None est un produit générationnel. L’humour est intelligent, pas toujours fin mais assez efficace au final. La série s’adresse à cette génération qui a l’embarras du choix. Dans la nourriture, les amis ou les relations amoureuses et même dans les séries télé au final. Mais Master of None a su faire sa place parmi les shows TV comiques. Ce n’est pas une énième pale copie de Seinfeld ou Friends, même si il y a quelques ressemblances. On verra ici un hommage et rien d’autre. Un vrai message est véhiculé grâce à la comédie, mais celui-ci est sérieux et très contemporain. Cette première saison est disponible sur Netflix tout comme la deuxième, on a hâte de partir vers de nouvelles aventures.

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