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John Wick 2 – Critique

S’il manquait de générosité et d’ingéniosité, mais pas d’un fort capital sympathie, John Wick premier du nom voit la plupart de ses tares effacées dans cette suite qui la joue « bigger and loudder ». S’appuyant sur un Keanu Reeves toujours impeccable en héros mutique, John Wick 2 entre enfin dans le vif du sujet, pousse les curseurs à fond et s’impose assez facilement comme une bonne petite série B qui en a suffisamment dans le ventre pour qu’on en redemande.

Malgré son impressionnant succès, le premier John Wick souffrait d’un trop-plein de drama, d’une construction hasardeuse et de sa nature d’origin story. Le film avait toutefois réussi, entre autres qualités évidentes, à installer une sorte de nouveau « mythe » immédiatement sympathique car noble dans ses valeurs et implacable au moment de dézinguer du bad guy. Pour John Wick 2, suite immédiate du précédent, on prend à peu près les mêmes et on recommence. Sauf que maintenant on sait ce qu’il a vécu et ce que représente ce qui lui a été enlevé. Ce qui signifie pour le plus grand bonheur des spectateurs qu’il n’y aura pas d’exposition ou de flashbacks lourdingues dans leur accumulation. Et en effet, John Wick 2 commence de façon tout à fait explosive avec notre héros en pleine course poursuite urbaine. Motos, muscle cars, cascades toujours aussi impressionnantes et hurlements du V8 de la légendaire Chevrolet Chevelle sont au rendez-vous des premières minutes qui laissent augurer d’un rythme intenable sur la longueur. Évidemment, tout cela redescend un petit peu par la suite. Mais, contrairement au premier opus, John Wick 2 ne va pas decrescendo dans l’action, se gardant plusieurs grosses séquences d’action disséminées suffisamment intelligemment pour tenir le rythme sur les deux bonnes heures du film sans que le temps ne paraisse trop long. Et si cela tient la route, c’est que cette fois le « baba yaga » trouve face à lui des ennemis qu’il ne peut éliminer avec sa technique du « une balle dans le corps, une balle dans la tête ». Tout du moins quelques ennemis qui seront à son niveau car sur le nombre très élevé de cadavres qu’il laisse derrière lui, la plupart tombent de façon expéditive. Mais apporter un peu de challenge à son parcours, et pas simplement en convoquant l’éternelle figure de la tueuse de la chambre d’hôtel comme dans le film précédent, rend logiquement l’ensemble plus stimulant.

En parallèle d’une intrigue qui va cette fois un peu plus loin qu’un simple récit de vengeance, et sait même se montrer intéressante, l’auteur Derek Kolstad va véritablement développer un élément qui restait bien trop dans le détail dans John Wick : la communauté des assassins et tout ce qui tourne autour des hôtels Continental. Outre une séquence amusante à la James Bond, c’est bien tout un univers aux ramifications internationales qui prend vie, avec ses propres codes et rituels. On pouvait s’en douter avec un premier opus sous forme d’origin story, l’ambition derrière ce qu’il faudra désormais appeler la saga John Wick est de bâtir une véritable mythologie ancrée dans un monde réel contemporain. Une ambition qui se retrouve ici également sur le plan visuel, après un premier film très peu marqué. En faisant appel à l’excellent directeur de la photographie Dan Laustsen (Le Pacte des loups, Silent Hill, Crimson Peak et les films d’Ole Bornedal), Chad Stahelski marque sa volonté d’élever le niveau. Et en effet, John Wick 2 a souvent de la gueule, voire se montre parfois magnifique, à l’image de la séquence des miroirs en Italie. Au-delà d’un hommage évident à Dario Argento, la construction de cette séquence et sa mise en œuvre en terme de mise en scène et de découpage est un véritable régal. Toutes les séquences d’action sont claires et lisibles jusque dans l’utilisation de la topographie des lieux de l’action, aucune action ne semble présente simplement pour faire cool et l’ensemble sait se montrer extrêmement brutal avec une violence vraiment décomplexée. Concrètement, ce John Wick 2 ressemble à une version complètement repensée du premier, avec une véritable intrigue, une mise en scène plus élaborée, un bodycount plus élevé et des enjeux d’un tout autre niveau, mais en gardant le même pouvoir de séduction immédiat. Et ce sans la lourdeur de séquences trop dramatiques. Le film opère toutefois un intéressant effet de basculement en faisant de John Wick une proie et non plus un prédateur, et ce en cours de film. Cela permet au réalisateur de pousser encore plus loin les effets d’infiltration plutôt que des fusillades bourrines. Bien qu’elles soient bien présentes, mais pour de bonnes raisons puisqu’il est question de survie.

Évidemment, John Wick 2 doit énormément à la présence de Keanu Reeves, toujours aussi monolithique, avec son humour à froid et ses répliques cinglantes. Il y a bien longtemps que l’acteur n’avait plus trouvé à incarner un personnage aussi charismatique exploitant son image si froide et cool à la fois. Ses retrouvailles avec Laurence Fishburne donnent lieu à une scène qui rappèlera de bons souvenirs à beaucoup de monde (des fans de Matrix à ceux de Ghost Dog). Mais ce sont bien ses duels qui vont rythmer le film. Riccardo Scarmacio qui s’éclate en gros mafieux, Ruby Rose en garde du corps et tueuse mutique, et bien sur Common, excellent en principal antagoniste aux valeurs et compétences similaires. Plaisir également de croiser Franco Nero en équivalent italien d’un Ian McShane toujours très présent et qui transpire le pouvoir à chaque fois qu’il ouvre la bouche. Tout ce petit monde se met joyeusement sur la gueule dans un ballet de feu à travers des chorégraphies qui ne sont toujours pas du John Woo mais s’avèrent suffisamment claires et efficaces. Quelques séquences de poursuite après l’envoi des contrats notamment sont particulièrement réjouissantes, et le film parvient à rendre son cliffhanger attendu plutôt excitant. De la baston, des guns partout, du sang et de l’adrénaline. En ces temps d’action paresseuse pour post-ados abreuvés aux insipides Marvel, les séries B d’action du calibre de John Wick 2, aussi imparfait soit-il et conscient de son caractère over the top, sont comme un rayon de soleil traversant un mur explosé à la sulfateuse.

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