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Godzilla vs Kong – Critique

Après nous avoir vendu du rêve pendant des mois, voici enfin l’affrontement tant attendu entre deux légendes du 7ème art : Godzilla vs Kong. Un blockbuster voulu très impressionnant et très généreux, comblant les désirs des fans après les précédents essais en « solo » des deux titans. Mais au final un film con comme la Lune, moche à en pleurer et vomissant sans aucun scrupule sur près de 90 ans de mythologie. Un régal.

Comment en est-on arrivés là ? Comment une telle insulte à Godzilla et à King Kong a-t’elle pu voir le jour ? Le fantasme de faire s’affronter ces deux monstres, qui ne sont ni plus ni moins que les plus mythiques de toute l’histoire du cinéma, l’un représentant l’Orient et l’autre l’occident, n’a rien de nouveau. En effet, déjà en 1962, Ishiro Honda réalisait King Kong contre Godzilla, un film qui vendait du rêve pour n’être finalement qu’un amer rendez-vous manqué. Presque 60 ans plus tard, pouvait-on réellement espérer qu’Adam Wingard (médiocre réalisateur de Blair Witch et Death Note, adoubé en 2011 pour son sympathique mais oubliable home invasion You’re Next) fasse mieux ? Evidemment, la réponse est dans la question. Mais même après le catastrophique Godzilla II : Roi des monstres, même après le décérébré (mais à postériori tellement moins nul que ce qui a suivi) Kong Skull Island, rien ne pouvait nous préparer à ce tas d’immondices nommé Godzilla vs Kong. Il était pourtant écrit qu’Adam Wingard devait réaliser un film avec King Kong. En effet, avant même la sortie de You’re Next, Peter Jackson souhaitait qu’il réalise une suite de son King Kong, baptisée Skull Island. Pour ce match de titans, prévu de longue date, on se retrouve avec une histoire écrite par le duo Michael Dougherty/Zach Shields, épaulés par Terry Rossio (auteur d’un des premiers scripts pour le Godzilla de 1998). Le scénario final a été mis en forme par Eric Pearson et Max Borenstein. Il a fallu 5 cerveaux pour pondre le scénario final de Godzilla vs Kong. Et il n’y en a pas un seul qui se soit dit à un moment qu’il ne fallait pas déconner, car il s’agissait là de se faire affronter deux légendes et que chacune d’elle véhiculait une vaste mythologie. On pourrait croire qu’ils se sont simplement glissés dans la peau de gamins qui créeraient une histoire prétexte à une grosse bagarre entre les deux monstres. Mais même pas, tant le film est anti-spectaculaire. Alors bien entendu, il y a un budget conséquent et des effets numériques qui en imposent logiquement, mais qu’en fait Adam Wingard ? A l’image de ses collègues se gavant du côté de Marvel, il pense bêtement que le travail des équipes des effets spéciaux sera suffisant pour créer un vrai spectacle. Et comme eux, il se plante dans les grandes largeurs.

Pour que des scènes d’action soient efficaces, il faut un minimum les préparer. Pas simplement au niveau du découpage et des répétitions, mais à travers la narration. Il est nécessaire que le spectateur ressente un attachement envers les personnages, quels qu’ils soient. Pour cela, il faut écrire des personnages. Soit des humains, mais ici tout le monde semble s’en foutre tant ils ne sont là que pour rajouter du vent à la durée du film, soit en l’occurence les deux gros bébés qu’on est venus voir se foutre sur la gueule. Des mythes, des légendes, des vrais personnages qui véhiculent toute une histoire et des tonnes de symboles. Sauf que la légende, dans Godzilla vs Kong, elle est sacrément malmenée. D’abord le roi Kong, qui est filmé dès les premières secondes en train de se gratter le cul comme n’importe quel beauf au réveil avant de prendre sa douche sous une cascade comme dans une vulgaire pub Tahiti douche. Puis Godzilla évidemment, dont le premier plan sur la gueule le fait ressembler à une vulve, filmé ensuite comme un varan pataud et qui semble sourire bêtement quand il réussit à mettre un coup bien placé à Kong. Voilà comment on déboulonne et abat des statues qui n’avaient rien demandé. Les deux monstres sont traités avec un tel mépris et sans une once d’amour ou de respect, que leur sort importe peu. Quand des générations de cinéastes ont tenté de leur apporter une façon de se mouvoir bien propre, ce qui représentait une challenge colossal quand il ne s’agissait que d’acteurs portant un costume, ils bougent comme des humains. Pire, la plage sonore a beau multiplier les gros boums pour montrer que, attention, c’est vraiment très impressionnant, on ne ressent quasiment jamais leur puissance colossale. Il suffit de voir le premier affrontement en pleine mer, entre un Godzilla qui se tient debout dans l’eau comme s’il était sur une plateforme et un Kong qui saute d’un porte-avions à l’autre, montant à des dizaines de mètres de haut, et atterrissant sur les plateformes de lancement sans que les bateaux ne s’enfoncent d’un centimètre dans l’eau. Concrètement, l’interaction avec les décors est minable et les quelques bonnes idées (le plan depuis un avion de chasse lancé par Kong, un plan en plongée sous-marine éclairé par des explosions en profondeurs transformant les monstres en ombres…) sont noyées dans un océan de n’importe quoi mal foutu. Mais un plan fait une référence explicite à Piège de cristal, donc tout va bien. A cela s’ajoute une gestion des différentes échelles catastrophique. Les monstres semblent changer de taille selon la situation afin d’être au même niveau pour les séquences de baston et malgré la profusion de détails dans les décors, notamment lors du second affrontement en décor urbain, le gigantisme de Godzilla ne se ressent jamais.

Alors bien sur, tout ce petit monde qui a participé à concevoir ce film aime beaucoup Pacific Rim, et n’a sans doute vu que ce film en ce qui concerne les combats entre créatures géantes. Et ils n’en ont retenu que la séquence de Hong Kong. Sauf que tout ce qui était virtuose et galvanisant chez Guillermo Del Toro est ici moche et sans saveur, ne s’appuyant que sur des lumières fluos et des money shots en pagaille. Adam Wingard cherche le plan cool et c’est à peu près tout, ce qui rend l’ensemble assez indigeste et sans aucun intérêt. On passera rapidement sur l’intervention de MechaGodzilla, monstre mécanique au design dégueulasse et qui sera réduit à néant non pas par l’association des deux titans mais par une tasse de café renversée sur un panneau de contrôle… la déchéance est totale, tout n’est que bêtise et incohérences. Même les idées les plus sympathiques (un autre monde au centre de la Terre avec une gravité inversée, pourquoi pas) se retrouvent englouties dans cet océan de médiocrité où rien ne semble avoir été conçu avec un minimum de soin. On est face à un (sous-)produit comme Hollywood a pris l’habitude d’en faire à la chaîne avec des millions de dollars jetés par les fenêtres. Aucune iconisation, une démystification permanente, une action lambda sans la moindre séquence vraiment marquante, des personnages sans âme qui surfent sur les idées du moment (complotisme de bas étage, écologie au rabais, critique du capitalisme sauvage en mode rien à foutre…) et une absence de point de vue de mise en scène. Tout ce qui faisait le sel des franchises Godzilla et Kong, à savoir l’impact de l’homme sur la planète, sa nature destructrice, n’est ici qu’un prétexte dont l’aspect fondamentalement tragique a été gommé. Il ne reste rien de ce chaos industriel. Les actrices et acteurs, avec tout de même de nombreuses pointures, font tous de la figuration, figés dans des personnages indigents, les moins bien servis restant les deux « acteurs » principaux, les deux rois, dont ce Godzilla vs Kong se moque en permanence. Adam Wingard signe ici un nouveau film bien honteux, dont le duel qui lui sert de titre n’est jamais à la hauteur, et qui constitue un crachat sans égal pas seulement à la face des fans des franchises, mais carrément à celle de tous les spectateurs qui sont pris pour des imbéciles pendant deux heures.

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