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Quand la fureur du metal rencontre celle du cinéma – Partie 1

À l’occasion de la sortie le 16 juin prochain de Sound of Metal, premier long-métrage de fiction de Darius Marder (qui met en scène un batteur d’un groupe de metal qui devient progressivement sourd), l’occasion était toute trouvée pour mettre sous le feu des projecteurs, les musiques à distorsion. C’est parti pour le headbanging et le signe de corne !

Dans leur histoire commune, le septième et le plus infernal rejeton du quatrième art se sont côtoyés à plusieurs reprises. Bien que souvent relégué comme simple bande originale de nombreux films d’horreur (mais pas que), le heavy metal (genre dérivé du rock pour la faire courte), plus communément appelé metal, s’est également retrouvé propulsé comme moteur narratif d’intrigues ou comme sujet principal d’œuvres filmiques. Parmi ces films, on peut en distinguer trois catégories : les biopics, les documentaires et bien évidemment les fictions. On préfère le dire d’emblée, cet article n’a pas pour but d’être une simple liste exhaustive sur le sujet. Il y aura donc obligatoirement des choix pris, en privilégient les artistes metal (voir hard rock) et en mettant volontairement de côté ceux qui viennent du rock ou du grunge. Ainsi, pas de The Doors d’Oliver Stone ou de Last Days de Gus Van Sant ne sont au programme.

Biopics

Concernant le genre du biopic, les films biographiques sur les artistes metalleux ne sont pas légion. Bien qu’étant un genre musical populaire, le metal n’est de toute évidence pas assez vendeur pour des producteurs. De plus le caractère subversif d’une partie des artistes de la scène, bien qu’on puisse y trouver un intérêt artistique, ne donne pas forcément envie de s’y frotter. Mais la principale probable raison est que le genre du biopic s’intéresse majoritairement à des icônes majeures. Évidemment, on ne veut pas dire par là que le metal ne possède pas de stars ou de groupes majeurs. Bien au contraire même, ils sont d’ailleurs bien assez nombreux pour ne pas les citer. Mais ceux-ci n’ont pas obligatoirement un vécu, un passif ou tout simplement une histoire dans leur globalité qui s’avère suffisamment dense ou tragique pour nécessiter une relecture cinématographique. Une autre raison que l’on peut ajouter également est que la musique metal est un genre relativement « récent », une cinquantaine d’années, alors que le genre du biopic s’intéresse majoritairement à des artistes reconnus internationalement et/ou décédés. Toutefois, malgré ces différentes raisons précitées, deux films notables sont arrivés sur nos écrans ces dernières années. Il s’agit de Lords of Chaos qui s’intéresse à Mayhem et les faits divers qui ont accompagné la naissance du black metal norvégien et de The Dirt, consacré au groupe de glam metal : Mötley Crüe. Deux œuvres qui ont également en commun d’être tirées de deux ouvrages. Le premier est inspiré du livre polémique du même nom (traduit en français sous le titre Black metal satanique : Les Seigneurs du Chaos) écrit par Michael Moynihan et Didrik Søderlind. Le second est quant à lui adapté de l’autobiographie (publiée en 2001) écrite par plusieurs membres du groupe (Tommy Lee, Mick Mars, Vince Neil et Nikki Sixx) et par Neil Strauss.

Un temps envisagé avec Sono Sion à la réalisation, c’est finalement le clippeur et cinéaste Jonas Åkerlund qui se retrouve derrière la caméra de Lords of Chaos. Un réalisateur qui est loin d’être étranger à la scène black metal, car il fut le premier batteur du groupe Bathory, l’un des pionniers du genre musical. La mention, « basé sur les vérités et les mensonges », qui ouvre le film est un indicateur des intentions et de la démarche de Jonas Åkerlund. Il s’agit aussi bien de sa vision, que d’un pied de nez à l’ouvrage dont il s’inspire. Pendant environ deux heures, le cinéaste se focalise principalement sur l’histoire et la naissance de Mayhem jusqu’à la mort d’Øystein « Euronymous » Aarseth (Rory Culkin), assassiné par l’antagoniste Varg Vikernes (Emory Cohen). Le récit nous est principalement narré du point de vue d’Euronymous et malgré quelques erreurs (anachronismes, approximations et surenchères), Jonas Åkerlund réalise un film particulièrement bien documenté (les bonus du support physique venant le confirmer) oscillant entre humour, drame et mélancolie. On apprécie notamment son point de vue sur le traitement de Varg Vikernes (fondateur de Burzum) qu’il ridiculise à foison, tout autant que ses idéologies nauséabondes. Et rien que pour ça, Lords of Chaos vaut le détour !

Réalisé par Jeff Tremaine (créateur de Jackass), The Dirt est le plus édulcoré des deux films. On assiste bien évidemment aux nombreuses frasques de trois des quatre membres de Mötley Crüe, à savoir Nikki Sixx, Tommy Lee et Vince Neil illustrant parfaitement l’adage sexe, drogue et rock’n’roll, mais en occultant volontairement certains traits de leurs personnalités. Pour la simple et unique raison que c’est nettement moins vendeurs aussi bien pour le film, mais surtout pour le groupe lui-même. On pense essentiellement à Tommy Lee qui est fait passé comme étant seulement un adulte immature, occultant volontairement son passif de violence conjugale. Certes on le voit frapper à une seule reprise l’une de ses premières compagnes, mais le réalisateur passe rapidement à autre chose. C’est également la même chose concernant Vince NeilJeff Tremaine, comme à son habitude sur Jackass, préfère se focaliser sur l’extravagance, les humiliations et autres anecdotes crétines du groupe. Bref, il s’agit d’un pur produit à la sauce MTV. A l’image de nombreux biopics, The Dirt tombe dans le piège d’en faire des tonnes dès qu’il faut montrer les aspects plus dramatiques du groupe. Comme d’habitude dans le genre, Jeff Tremaine le fait à grand renfort de musique émotive dès qu’il évoque les problèmes de drogue de Nikki Sixx, jusqu’à son overdose. On notera toutefois un bon point sur la mise en lumière, en toute sobriété, quand le film mentionne la spondylarthrite ankylosante de Mick Mars. The Dirt n’est donc qu’un simple biopic divertissant et totalement inoffensif.

A suivre…

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