Dans un jardin qu’on dirait éternel – Critique

Premier long métrage du réalisateur Tatsushi Omori à sortir en France, Dans un Jardin qu’on dirait éternel utilise le cadre de la cérémonie du thé pour s’essayer à un exercice de style, qui sous airs modestes empreints de tradition, s’avère être une petite réussite atypique à plus d’un titre. Explications.

À l’origine de Dans un Jardin qu’on dirait éternel se trouve La cérémonie du thé – Ou comment j’ai appris à vivre le moment présent, un essai de Noriko Morishita centré sur son parcours d’étudiante ayant appris avec sa cousine l’art de la cérémonie du thé durant de nombreuses années. Un ouvrage qui attire l’attention du producteur Tomomi Yoshimura qui rachète les droits en vue d’une adaptation cinématographique qu’il confie à l’acteur réalisateur Tatsushi Ohmori. Ce dernier rédige le scénario en un mois, tout en suivant les conseils de son producteur pour la représentation du changement des saisons. Par la suite le cinéaste s’entoure du chef opérateur Kenji Maki ayant travaillé sur le deuxième volet de l’adaptation cinématographique de la série Midnight Diner, du chef décorateur Takahisa Taguchi (The Assassins), et du monteur Ryô Hayano (Gantz: O). Pour le casting le cinéaste fait appel à Haru Kuroki (Les enfants loups, Ame & Yuki, La Maison au toit rouge) pour le rôle principal. La regrettée Kirin Kiki, actrice fétiche de Hirokazu Koreeda, qui incarne l’enseignante Takeda ainsi que Mikako Tabe qui hérite du rôle de Michiko, la cousine de Noriko, complètent la distribution.

De part son sujet centré sur une tradition locale mainte fois caricaturée, Dans un Jardin qu’on dirait éternel a tout pour sombrer facilement dans le dépliant touristique à destination d’un public étranger en mal d’exotisme. Pourtant dès les premiers instants du métrage qui font la part belle à une ingénieuse transition temporelle, montrant Noriko passer de l’enfance à l’âge adulte, le cinéaste nous fait comprendre instinctivement que l’enjeu du récit ne se situe pas forcément où on pourrait le croire. Le long métrage va aborder la vie de Noriko à travers un prisme intimiste offert par la cérémonie du thé. Du propre aveu d’Ohmori, le but était de rendre passionnante une cérémonie qu’il ne connaissait pas. Ainsi le cinéaste va utiliser le cadre restreint de la cérémonie pour livrer un exercice de style où chaque choix d’axe, en apparence anodin, permet de donner un vrai plus value à l’ensemble, lui permettant de s’éloigner d’une approche documentariste. Tatsushi Ohmori s’amusant à utiliser les démarcations du décor et accessoires pour créer une dimension comique, mais aussi les transitions pour entremêler cette cérémonie avec les états d’âme de sa protagoniste. Il en va de même avec les éléments extérieurs et les changements de saisons qui jouent sur des analogies subtiles avec les sentiments de Noriko. Dans les deux cas cette approche témoigne d’une véritable profession de foi artisanale anachronique où Ohmori se fait un point d’honneur à tirer le meilleur parti de sa scénographie pour aborder avec justesse son sujet et immerger le spectateur dans son histoire. L’autre qualité du long métrage réside également dans l’osmose entre ses trois interprètes, notamment Kirin Kiki.

Si cette dernière incarne un rôle assez similaire à ses prestations antérieures chez Koreeda et Kawase, répondant à un archétype de la grand-mère bienveillante, la sobriété de sa prestation lui permet encore une fois de viser juste. Il en va de même pour Haru Kuroki dont le rôle n’est pas si éloigné de celui qu’elle tenait dans La maison au toit rouge. Et ce sont justement ces divers éléments qui permettent à Ohmori de réussir à livrer une réflexion certes déjà vue mais joliment exécutée autour de la transmission et la manière dont certains endroits, à priori échappés du temps, sont de parfaits catalyseurs des diverses étapes d’une vie. Pour cela le cinéaste va créer un contraste visuel immédiat entre le quotidien de Noriko et son apprentissage du thé, en jouant sur un découpage variant d’une scène à l’autre. Un décalage distillé avec parcimonie à des moments clés de l’intrigue, soutenu par une voix off qui ne paraphrase jamais ce qu’il se passe à l’écran. Un traitement qui permet au réalisateur d’éviter toute forme de redondance. Le lieu où prend place la cérémonie du thé apparait alors comme une sorte de refuge à l’abri du temps, permettant à notre héroïne de faire le point sur sa vie. Encore une fois à défaut d’être révolutionnaire, le propos autour de la transmission est abordé avec suffisamment de justesse pour emporter l’adhésion. Au final Dans un jardin qu’on dirait éternel apparait comme une oeuvre douce amère qui parvient à distiller un sentiment d’apaisement dans ces derniers instants. Une jolie preuve de sa réussite, aussi modeste puisse-t’elle être en apparence.

Summary
Petit film dont le sujet semble augurer une oeuvre reposant entièrement sur un décorum propice à la caricature, Dans un jardin qu’on dirait éternel s’avère être une oeuvre attachante et honorable. Un long métrage qui parvient à s’extirper du tout venant par son savoir-faire artisanal témoignant d’un vrai soin de fabrication. Une preuve supplémentaire de cet adage qu’on ne cessera jamais de répéter : ce n’est pas le sujet qui compte mais son traitement.
3.5

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