Alien: Covenant – Critique

Critiques Films
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On appelle cela un infanticide. Comme George Lucas en commit avec la seconde trilogie Star Wars, Ridley Scott porte les derniers coups de canif à sa création d’il y a presque 40 ans. Une entreprise initiée avec le très beau mais très crétin Prometheus, et qui se poursuit avec Alien: Covenant. Un film qui assume cette fois pleinement sa filiation avec la saga, pour mieux la torpiller.

Après Prometheus, le film qui n’était pas une préquelle à Alien mais en fait si, car tout le monde avait terriblement envie de savoir d’où venait le « space jockey », Ridley Scott enfonce le clou. Il persiste dans une saga qui mériterait qu’on la laisse enfin tranquille, après avoir été souillée pendant 20 ans. Annoncé comme un retour aux sources d’Alien, avec un petit côté gore en plus, Alien: Covenant était donc attendu de pied ferme. D’autant plus que cette fois, exit l’écriture en roue libre de Damon Lindelof (Lost, World War Z, Cowboys et envahisseurs) et Jon Spaihts (The Darkest Hour, Doctor Strange et Passengers), et place à John Logan (Gladiator, Aviator, Le Dernier samouraï) et Dante Harper, d’après une histoire créée par Jack Paglen (Transcendance) et Michael Green (Green Lantern et… Logan). Soit quelque chose d’un peu plus sérieux et solide. Sur le papier. Car dans les faits, tout ce beau monde est incapable de bâtir quoi que ce soit de solide, de l’univers aux personnages, en passant par l’intrigue. S’il n’y avait pas Ridley Scott derrière la caméra, et une poignée de xénomorphes devant, Alien: Covenant se payait un aller direct pour les bacs à soldes de DTV. En gros, il s’agit d’une série B de science-fiction assez bas de gamme avec le budget d’un blockbuster, qui possède une identité visuelle assez forte mais n’a rien à raconter, tout en citant volontiers diverses œuvres d’art de façon tout à fait gratuite comme dans un vulgaire film d’auteur français. Mais le plus agaçant est d’y voir de nombreuses très bonnes idées et thématiques toutes sabordées ou avortées, comme si l’entreprise de démolition du mythe prévalait sur tout.

C’est assez triste de voir un tel projet s’écrouler ainsi minute après minute. Car Alien: Covenant en promet énormément. Depuis son titre, référence immédiate au terme biblique de l’Alliance. Ici celle entre Dieu et Noé, le vaisseau de colons Covenant étant une variation de l’arche dont les seuls animaux sont humains. Il faut se souvenir également du titre qu’il portait précédemment, « Paradise Lost », en référence au Paradis Perdu de John Milton et donc à la chute de Satan et des hommes. Au cours du film, il va multiplier les références au poème Ozymandias de Percy Bysshe Shelley (époux de Mary Shelley, auteure de Frankenstein; or, The Modern Prometheus). Un poème que l’androïde David attribue à Lord Byron, preuve de son malfonctionnement, et qui traite de l’inévitable chute des puissants, autant que des droits que reprend la nature, inévitablement. On y trouve également des mentions à L’Or du Rhin de Wagner, et en particulier au mouvement L’entrée des dieux au Walhalla, si le message n’était pas assez clair. Des citations explicites, majeures, qui devraient apporter de la matière supplémentaire au récit, le dévoiler sous un nouveau jour. Comme quand les Wachowski citaient Baudrillard. Sauf que dans le cas d’Alien: Covenant, elles ne sont présentes que comme caution intellectuelle d’un film bête à manger du foin. Avec dans les pattes un nouveau scénario qui ne tient jamais la route, Ridley Scott ne peut qu’illustrer, avec talent certes, un récit transitoire maladroit entre deux univers qui ne semblent pas vouloir se rencontrer. Si Prometheus cherchait à lever un certain mystère sur un élément mineur de la saga Alien, preuve d’un désir de démystification mais relativement inoffensif, cette suite fait beaucoup plus de dégâts. En effet, il s’agit d’expliciter avec moult détails la création du xénomorphe. Soit de « rationaliser » la nature d’un des plus beaux mythes du cinéma contemporain. Une créature magnifique, allégorie d’un mal absolu et implacable, transformée ici en le résultat d’expérimentations d’un savant fou. Il pourrait y avoir à dire sur le créateur devenant cible de la création de sa propre création, mais Alien: Covenant ne fait pas grand chose de cette piste. Point de détail parmi d’autres, dans une œuvre qui ne pousse aucune réflexion à un degré satisfaisant.

Comme pour la prélogie Star Wars, il s’agit de reconnecter l’univers de Prometheus à celui d’Alien, quitte à prendre des raccourcis idiots et sans véritablement développer de mythologie propre. Les ingénieurs, figures mythologiques sans doute les plus intéressantes créées dans le film précédent, ne sont jamais exploités et sont éliminés du récit d’un revers de main. Les dilemmes moraux qui sont avancés dans le film, entre un commandant de bord croyant face à des choix de rationalité scientifique ou un membre d’équipage face au choix entre perdre un membre d’équipage et mettre en péril toute une expédition, sont également tous avortés. Soit en éliminant un personnage, soit en oubliant ses convictions profondes. Et tout est ainsi dans Alien: Covenant. Les enjeux dramatiques esquissés finissent par devenir nuls. Les personnages, nombreux, sont tous plus inintéressants les uns que les autres, écrits n’importe comment, prenant des décisions débiles. Ridley Scott cherche à refaire une Ripley mais, en lui dessinant une faiblesse inconsistante, en tire un personnage transparent. Il a beau décimer une grande partie de son équipage, le fait qu’il n’ait pas réussi ou cherché à créer la moindre empathie fait qu’ils crèvent les uns après les autres sans qu’on ressente la moindre émotion. Si ce n’est le petit plaisir d’assister à quelques mises à mort assez gores, même si au final le film se montre assez sage de ce côté-là. Les seuls personnages qui semblent l’intéresser sont les androïdes, froids comme la mort, et Tennessee, incarné par l’excellent et émouvant Danny McBride. Il accorde beaucoup de temps à David et Walter, ne s’appuyant que sur le jeu toujours solide de Michael Fassbender qui joue très bien de la flûte. Pour le reste c’est le néant, entre belles idées avortées et une certaine indigence.

Indigence quand, par exemple, Ridley Scott va filmer un couple qui va baiser sous la douche juste après qu’une partie de l’équipe se soit faite massacrer. Indigence quand un xénomorphe, créature qui est, rappelons-le, quasiment impossible à tuer, va se jeter délibérément dans une pince mécanique pour s’y faire broyer. Indigence d’un twist visible à des kilomètres, et qui fait suite à un comportement qui défie toute logique. Alien: Covenant est un film en souffrance. Il souffre de ses personnages idiots, d’un récit qui ne sert à rien, d’une composition musicale souvent à côté de la plaque, d’une absence de réels enjeux, de trouvailles visuelles inexploitées (ce décor incroyable fait de corps pétrifiés et dont il ne fait rien, quel gâchis) et de cette absence de foi en la mythologie d’une saga vieille de presque 40 ans. Alien: Covenant est un film qui a le cul posé entre trois chaises et ne sait laquelle choisir, ce qui le rend tout à fait instable. Entre Prometheus, Alien et Aliens, il pioche des éléments mais ne trouve pas la cohérence. Et il va conclure sur un statu quo… c’est assez tragique car Ridley Scott n’apporte rien de nouveau à la saga. Tout ce qu’il apporte, et c’est déjà pas mal compte tenu du résultat, c’est une mise en scène extrêmement solide et complexe, jouant astucieusement des différents espaces dont il dispose, créant quelques beaux moments de tension, avec un découpage très efficace. Une mise en scène assez intelligente pour un film qui ne l’est jamais. Une autre forme de gâchis, à l’image de la photographie très rugueuse de Dariusz Wolski, à laquelle le récit ne rend jamais justice. Mais le pire du pire, finalement, c’est d’avoir perdu la peur engendrée par les xénomorphes. Une peur qui était présente jusque dans les épisodes les moins réussis de la saga. C’est presque impardonnable.

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