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Le Sabre des gardiens – Critique

8 ans après son dernier long métrage, le fort sympathique Master Z: The Ip Man Legacy, le légendaire Yuen Woo-ping, 81 ans au compteur, est de retour derrière la caméra avec Le Sabre des gardiens. Et cette adaptation du manhua « Blades of the Guardians » de Xu Xianzhe lui permet non seulement de réaliser son meilleur film depuis au moins 30 ans, mais également de réaliser un de ses meilleurs films tout court. Un wu xia pian dans la grande tradition du genre par un de ses artisans les plus compétents. Que demander de plus ?

Si Yuen Woo-ping fait partie des 2 ou 3 plus grands chorégraphes de la planète, quasiment sans cesse à la recherche de la scène d’action jamais vue, en perpétuelle réinvention de son art, le Yuen Woo-ping réalisateur n’a pas toujours été au niveau. Notamment ces dernières années. Cela n’enlève rien au fait qu’il a réalisé certains des plus incroyables films Hong-kongais de l’histoire, du Chinois se déchaîne à Tai-chi Master, en passant par Tiger Cage, Wing Chun, ou le monumental Iron Monkey. Et qu’il a donc toujours été capable de réaliser un petit chef d’œuvre quand tout était réuni. Et après de longues années où ce n’était plus vraiment le cas, malgré toute la sympathie qu’on peut avoir pour True Legend ou Master Z: The Ip Man Legacy, voilà que débarque Le Sabre des gardiens. Et voilà un film devant lequel il est difficile de bouder son plaisir. Et il y a énormément de raisons à ça. Tout d’abord car il s’agit d’une adaptation du manhua (équivalent d’un manga en Chine) baptisé Biao Ren et signé Xianzhe Xu. Un véritable modèle de récit wu xia en 13 volumes, inspiré de mangas tels que L’Habitant de l’infini et Vagabond autant que des classiques du cinéma HK et du western. 3 volumes sont pour le moment disponibles en France sous le titre Blades of the Guardians et c’est franchement énervé. Ensuite car Le Sabre des gardiens marque le grand retour de Jet Li au cinéma, son premier rôle depuis l’adaptation live de Mulan. Une absence pour cause de maladie notamment et quel retour il nous offre ! Ce n’est techniquement qu’une apparition mais il a droit à une scène de combat dantesque. Plus globalement, on a le sentiment que Yuen Woo-ping, à 81 ans et avec derrière lui une carrière colossale, réunit une grande partie de celles et ceux qui ont fait son cinéma, avec la nouvelle génération non pas pour faire ses adieux, mais pour célébrer son art et quelque part passer le relai. De façon littérale dans le générique de fin. Le Sabre des gardiens est une fête. Un retour aux sources d’un genre, le wu xia pian, ainsi qu’à celles de ses jumeaux que sont le western et le chanbara, mais résolument moderne dans sa mise en œuvre. On pourra lui reprocher tout et n’importe quoi, mais pour quiconque entretient une histoire avec le genre, et donc avec Yuen Woo-ping qui en est un des principaux artisans, les deux heures du film sont deux heures de bonheur.

Au tout début du générique de fin du film, on voit Yuen Woo-ping, affublé d’un look qui rappelle celui de son père Simon Yuen dans ses premiers films, le réalisateur Chang Hsin-yen, qui avait offert son premier rôle à Jet Li dans Shaolin Temple en 1982, et Wu Bin, maître de la Beijing Wushu Team, et connu pour avoir été l’instructeur de Jet Li et Wu Jing. Ils ont une rapide conversation sur la qualité du kung-fu de la jeune génération et sur le fait qu’il est temps de s’éclipser, avec un brin de malice dans la voix et le regard. Et cette courte séquence est finalement assez significative de ce qui est en jeu dans Le Sabre des gardiens. Une célébration du cinéma d’arts martiaux à travers un regard multi-générationnel, la célébration d’une carrière inégalable avec une sorte d’œuvre ultime, tout en jouant la carte du spectacle populaire total. Car il ne faut surtout pas voir le film comme un délit d’initié. Bien entendu les un·es et les autres pourront glousser au moment de reconnaitre celui ou celle venant faire une apparition. Comme cela est d’ailleurs souvent le cas dans ce genre, qui a tendance à surmultiplier les personnages apparaissant à l’écran. Alors si en plus il adapte un manhua ou un manga du type où un héros solitaire va parcourir le monde et rencontrer des personnages différents à chaque épisode… Mais en réalité cela ne pose pas vraiment de problème dans la mesure où la narration est plutôt bien tenue et l’intrigue finalement assez simple pour ne pas créer de confusion. Juste ce qu’il faut, comme à la grande époque du cinéma HK car cela fait partie de l’ADN de ce cinéma et c’est aussi pour ça qu’on l’aime. Le Sabre des gardiens, c’est donc l’histoire d’un chasseur de primes qui parcourt le monde accompagné d’un sac rempli d’épées et d’un enfant. Du classique à la Baby Cart, sauf que rapidement le film prend une autre direction et devient un « film de convoi », où le second criminel le plus recherché doit convoyer le criminel le plus recherché. Un postulat qui renvoie plus au western dans l’inconscient collectif, mais les récits d’escorte ont souvent fait briller le wu xia, d’Escorts Over Tiger Hills de Wang Hsing-Lai à The Wandering Swordsman de Chang Cheh, en passant Magnificent Bodyguards de Lo Wei avec Jackie Chan. L’occasion ici d’également renouer avec un décor intimement lié au genre : le désert, ses étendues infinies, ses tempêtes et ses formations rocheuses. On aura vite fait de comparer Le Sabre des gardiens à Mad Max Fury Road pour une séquence de fuite pendant une tempête, et la référence est évidente, mais ce désert renvoie surtout à L’auberge du dragon, aux Cendres du temps, ou même à The Blade et tous ces immenses représentants du genre qui prenaient racine dans le sable du désert. Un film qui brandit haut et fort son appartenance à la légende, laquelle a en grande partie été forgée par son réalisateur et ses chorégraphies. C’est dire son importance et ce qu’il représente. Symboles que porte également le casting de ce film, dans lequel se croisent notamment LE pilier du cinéma HK et chinois aujourd’hui, Wu Jing (qui a commencé le cinéma grâce à Yuen Woo-ping qui l’avait choisi pour Tai Chi II), les légendes que sont Jet Li, Tony Leung Ka Fai et Kara Hui, des représentants de la génération ayant explosé au début des années 2000 tels que Nicholas Tse, l’artiste martial Max Zhang dont la carrière s’est envolée dans les années 2010 grâce à The Grandmaster, et une toute nouvelle génération avec Yosh Yu et Lijun Chen. La notion de pont générationnel et d’héritage est ainsi au centre du projet, derrière la caméra également dans la mesure où Yuen Woo-ping a confié les scènes de combat à Ku Huen-Chiu, fidèle collaborateur de longue qui l’a souvent épaulé sur des projets majeurs, et qui s’est fait son propre nom depuis bien longtemps maintenant. Il perpétue clairement les enseignements du maître comme il le prouve à nouveau ici. Car c’est bien beau tout ça, mais quand on va voir un film de Yuen Woo-ping, ce qu’on attend avant tout, ce sont des combats qui déboîtent, voire qui tutoient le jamais vu. Et il faut dire que sur ce point, le film tient toutes ses promesses.

En effet, c’est bien beau d’avoir une énorme galerie de personnages tous plus hauts en couleurs les uns que les autres, résultats d’une direction artistique formidable et d’un acting très juste (le surjeu correspond tout à fait à une adaptation de bande dessinée), il faut savoir quoi en faire en terme d’action. Et sur ce point, Le Sabre des gardiens assure le spectacle. Sa narration assez simple avec un récit qui suit une ligne claire à laquelle viennent se greffer une poignée de flashbacks, s’articule ainsi autour de quelques grosses scènes d’action entre lesquelles les personnages vont voyager d’un décor à l’autre, d’une menace à une autre. Avec toujours le désert en arrière-plan, Yuen Woo-ping connait bien ses classiques et adopte ici une structure de l’action qui consiste en une première très grosse scène d’action assez tôt dans le récit pour accrocher le public. Ici le combat entre Wu Jing, Jet Li et Max Zhang. Un modèle de séquence de fight classique mais d’un dynamisme remarquable. Les énormes capacités martiales des trois protagonistes permettent au réalisateur de prendre une certaine distance et de penser de beaux mouvements de caméra pour accompagner les mouvements des combattants de façon organique. Par la suite, quelques petites scènes pour maintenir le rythme, de belles séquences de cascade, notamment à cheval et à l’ancienne, pour emmener confortablement le public vers la scène monumentale du film. La fameuse qui permet de citer Fury Road en influence. L’entièreté de la séquence est un bonheur de scénographie malgré des effets numériques évidemment pas au niveau. Un combat à une poignée face à une petite armée, qui commence plutôt classiquement mais avec des mises à mort extrêmement graphiques illustrant l’état de rage dans lequel se trouvent alors les personnages. On a même droit à une décapitation par un coup de pied qui ne ferait pas tâche dans un Mortal Kombat. Mais alors qu’on se situe déjà dans les hautes sphères du combat made in HK, l’action se poursuit au cœur d’une immense tempête de sable. Et là Yuen Woo-ping s’en donne à cœur joie, multipliant les idées scénographiques géniales pour exploiter le chaos de son environnement. Un véritable morceau de bravoure qui prouve qu’à son âge le maître est toujours dans l’innovation, mettant à profit les technologies modernes. Même si on pourrait y trouver à redire concernant la qualité des fonds verts, c’est tellement généreux qu’on lui pardonne bien volontiers. Et bien entendu, on a également droit au classique duel final. Là encore, non seulement le combat est assez démentiel dans les mouvements mis en scène, l’utilisation d’un magnifique décor dans les flammes, et dans le dynamisme de l’ensemble. Mais toute la séquence est parfaitement juste par ce qu’elle construit en terme de dramaturgie, illustrant l’évolution du personnage de Dao Ma (Wu Jing) qui embrasse à nouveau une sorte d’idéal chevaleresque qu’il cachait pour se protéger. En résulte une ode à la rébellion, truffée de personnages mémorables et complexes, dans la lignée d’une certaine tradition du wu xia pian aussi bien visuellement que sur le plan thématique (on y trouve clairement des réminiscences de Seven Swords). Du grand divertissement populaire et généreux, à la fois moderne et respectueux des traditions, et qui s’impose comme une des grandes réussites de son réalisateur. Et vu le niveau du réalisateur en question, ce n’est pas rien.

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A 81 printemps, le légendaire Yuen Woo-ping montre avec Le Sabre des gardiens qu'il en a encore largement sous le coude. Il signe un wu xian pian ludique, bourré d'idées géniales, qui fait le lien entre tradition et modernité autant dans son casting que dans son approche visuelle. Un vrai bonheur qui n'a pas volé son beau succès en Chine.

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