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Milocrorze – a Love Story – Critique

Étrange Festival 2011 : compétition internationale.

Les japonais sont fous, ce n’est plus un secret pour personne depuis déjà bien longtemps. Il ne suffit que de jeter un oeil du côté de Sushi Typhoon pour avoir un bon aperçu de ce dont ils sont capables, perpétuant un véritable héritage de cinéma WTF comme on n’en fait nulle part ailleurs. Au Japon il y a également une forte présence de la télévision, et quelques artistes font le pont entre les deux médias. Les plus connus en la matière sont Takeshi Kitano, qu’on en présente plus, et Hitoshi Matsumoto (réalisateur génial de Dai Nippon-jin et Symbol), auxquels il va bientôt falloir ajouter Yoshimasa Ishibashi. S’il n’est pas animateur TV, il s’est fait connaître grâce à ses sketches Oh! Mikey diffusés tout d’abord lors du show TV Vermilion Pleasure Night. Artiste complètement barré dans la lignée de quelques grands noms du cinéma japonais contemporain, à l’univers visuel bien défini, il signe avec Milocrorze: A Love Story un premier film qui fait forte impression. Tellement forte qu’il est reparti avec une belle moisson de prix lors du dernier festival Fantasia.

Milocrorze: A Love Story est un drôle de film qui se fout royalement des conventions narratives et cinématographiques pour proposer un spectacle assez hallucinant, mais surtout de qualité. Mélangeant trois univers graphiques aux éléments bien distincts, le film s’ouvre sur ce qui s’apparente à une sorte de version nippone du Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Concrètement, on est en plein conte moderne avec des couleurs acidulées, une voix off féminine et des personnages/marionnettes qui parlent sans bouger les lèvres. Il s’agit d’une romance bizarre entre une superbe créature et un jeune garçon qui s’ennuie, mange beaucoup de yaourts au parc et s’appelle Ovreneli Vreneligare (à prononcer plein de fois avec une diction de japonais, c’est assez cocasse comme sonorité). La romance sera partout dans le film, le terme « love story » du titre étant tout à fait justifié. Dans la seconde partie, on se retrouve face à un personnage étrange, un conseiller spécialisé en courrier du coeur chargé d’aider des adolescents en détresse. Ce chapitre est sans doute le plus fou, mixant un propos politiquement très incorrect à des séquences dignes de Bollywood avec des chants et chorégraphies pas possibles. Le temps que tout se mette en place, et grâce à une astuce scénaristique grotesque, mais drôle, nous voilà en plein décor de chanbara. Un amoureux transi devient un ronin dans une salle de jeu et c’est un long plan séquence interminable dans lequel il va trucider soigneusement tout un tas d’ennemis. Un travelling finement construit et complètement au ralenti, le genre de séquence tellement autre qu’elle ne peut avoir d’autre conséquence que d’ouvrir de grands yeux interloqués. Ce qui est fou, c’est que ça marche complètement. On se laisse happer par cette histoire d’amour sur plusieurs réalités et univers dont le fil rouge sera une toute puissance des sentiments. le genre de film OVNI qui transcende complètement son concept pour toucher à un absolu bien plus profond qu’il n’y parait, se permettant même une certaine cruauté réaliste dans sa façon de montrer le monde adulte et la réalité d’une histoire d’amour.

Milocrorze: A Love Story, c’est juste un film hallucinant comme on n’en voit que rarement, une expérience indescriptible tant elle est unique. Pour essayer de se faire une idée, tout en restant à des années lumières du résultat final, c’est comme si un cinéaste techniquement très doué décidait de détruire toutes les barrières du bon ou mauvais goût, piétiner toutes les conventions, mais sans aucune violence, comme s’il était sous une substance psychotrope euphorisante. C’est coloré, acidulé, vulgaire, complètement fou, rempli de chansons débiles et d’idées absolument géniales. C’est porté par un réalisateur qui signe là une entrée fracassante, un futur très grand, ainsi que par un acteur caméléon qui multiplie les rôles, le beau gosse Takayuki Yamada. On en ressort un peu déboussolé, comme après toute expérience insolite, avec l’impression d’avoir vu naître un talent sans limites. Toutefois, il ne faut pas oublier que le film n’est pas parfait non plus et souffre tout de même de sérieuses baisses de rythme, malgré la folie générale. Mais c’est tellement bourré d’idées, et tellement bien exécuté, que c’est une sorte de vision du bonheur totalement inédite.

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