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La Tour au-delà des nuages – Critique

Le nom de Makoto Shinkai ne parle sans doute qu’à trop peu de monde, à l’image de chaque nouvel auteur dans l’animation japonaise, absorbé par l’éternel « le nouveau Miyazaki » qui efface son nom tout en faisant l’étal d’un manque de connaissances flagrant. Alors non, Makoto Shinkai n’est pas un nouveau Hayao Miyazaki, il est tout simplement Makoto Shinkai et c’est déjà beaucoup tant ce quarantenaire possède un univers et un style propres qui en font un auteur aussi atypique que fascinant, et dont La Tour au-delà des nuages, premier long métrage, est une impressionnante démonstration.

Tout était déjà là, dans ses (très) courts métrages comme Elle et son chat ou dans le un peu plus long et déjà sublime Voices of a Distant Star, et son couple communiquant à travers l’espace et le temps. Un romantisme interdit aux cyniques, un goût prononcé pour une science-fiction complexe et un sens de la mise en scène sidérant, avec notamment une utilisation très particulière de la lumière. Une lumière qui n’est plus là pour ciseler des formes, éclairer des visages ou sublimer des couleurs, mais une lumière qui, comme chez Terrence Malick, devient un élément nécessaire à la mise en scène et à la narration. Difficile tout d’abord de ne pas resté ébahi devant des images aussi belles, à tel point que l’extase provoquée handicaperait presque la compréhension du récit. Éclatée, la narration reste pourtant un modèle du genre, proposant une variation autour d’un genre typique du manga, le shōjo, agrémentée d’une grosse dose de science-fiction. La Tour au-delà des nuages se pose ainsi en une dystopie foisonnante autour d’un Japon d’après-guerre, dans lequel une tour mystérieuse, réminiscence du monolithe kubrickien, devient le centre du monde, ou des mondes.

Ce qui caractérise le cinéma de Makoto Shinkai, outre le fait qu’il contrôle ses films jusque dans les moindres détails, outre l’incroyable travail effectué sur le visuel de l’œuvre, c’est sa mélancolie. Un ton d’une douceur infinie qui se traduit tant par le mode de narration adopté, très vaporeux, que par la musique, avec une composition délicate signée Tenmon, compositeur attitré du réalisateur et qui a livré quelques belles notes pour plusieurs jeux vidéo. La Tour au-delà des nuages est tout entier bâti autour d’un thème, qui rejoint cette notion de mélancolie : une promesse. Promesse d’une évasion, d’une aventure, mais promesse symbole d’un amour platonique impossible à oublier bien que difficile à concrétiser. A travers sa composition en tableaux, sans accélérer les choses outre mesure, Makoto Shinkai prend son temps pour dresser les portraits de ses personnages, riches et très humains, à tel point qu’on en oublie rapidement qu’il s’agit de créatures animées. Le réalisateur cherche un mimétisme avec le cinéma live, tout en utilisant toutes les possibilités de l’animation pour qu’elle devienne la seule forme d’expression possible de son récit. En déconstruisant son histoire, il colle parfaitement à son univers fait d’inclusions de mondes parallèles, mais également de vision oniriques provenant du subconscient de son héroïne Sayuri. La délicatesse et la justesse de cet assemblage, qui jongle entre diverses strates de réalités alternatives, est un petit tour de force qui permet de créer, sans forcer le trait, une étrange romance. Une histoire d’amour tout ce qu’il y a de plus pure, faite de rencontres fugaces à la frontière des univers parallèles, là où la conscience n’a plus de prise.

Et si cette romance est clairement ce qui fascine le plus Makoto Shinkai, il n’en oublie pas qu’il a une grande histoire à raconter. Avec un brin de naïveté – celle qui rend les récits universels – il place délicatement ses personnages dans un contexte crépusculaire sans rendre le tableau nécessairement sombre. Il y est tout de même question de guerre imminente, avec certes l’illusion d’un Japon réunifié, et d’une arme qui n’est autre qu’une extension fantastique de l’arme atomique qui une fois activée transforme l’espace autour d’elle en un autre monde. La mort et la fin de l’humanité planent autant sur le film que cette quête pour réaliser une promesse et enfin vivre un amour surpuissant. Comme motif récurrent de l’animation japonaise, on retrouve un personnage féminin qui n’est autre qu’une sorte de deux ex machina en sommeil, tiraillée entre une mission divine (sauver les humains) et une destinée personnelle (vivre une histoire d’amour). Là encore, le choix de Makoto Shinkai d’utiliser une narration très posée, basée sur une forme de mélancolie permanente, est judicieux pour coller au plus près du thème. L’auteur reste un optimiste, et c’est sans doute de là que vient sa fascination pour la lumière, entité immatérielle salvatrice qui inonde ses cadres tout en les morcelant. De cette lumière nait la vie, et ce n’est pas un hasard si au détour d’un plan, entre l’architecture et les rayons de lumière, c’est le symbole de longévité qui semble se dessiner. Beau à se damner, La Tour au-delà des nuages développe ainsi un discours sincère sur la roue du destin, sur comment les êtres avec une destinée communes sont prêts à tout sacrifier pour se retrouver. C’est d’un romantisme absolu, le tout enrobé de cette lumière rasante bienveillante, comme pour adoucir la noirceur de ce qui se trame en arrière-plan.

8
10
Baigné d'une lumière qui caractérise toute l'oeuvre de Makoto Shinkai, La Tour au-delà des nuages est une porte d'entrée parfaite pour plonger dans son cinéma. Ici, la beauté envoûtante des images permet d'accepter la noirceur de la grande histoire, et l'histoire d'amour vient s'opposer au spectre de la destruction atomique.

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