Ip Man 4 – Critique

Il y a 5 ans, tout le monde était à peu près certain qu’Ip Man 3 marquerait la conclusion de la saga portée par Donnie Yen et Wilson Yip. Pourtant, malgré les différentes déclarations des uns et des autres, les voici de retour pour une véritable conclusion cette fois. Avec un Ip Man 4 qui ne prend aucun risque mais qui, dans un sens, ne peut que réjouir l’amateur de films de kung fu.

Tout a commencé il y a 12 ans déjà. Wilson Yip, réalisateur plus que confirmé avec une solide carrière derrière lui depuis le milieu des années 90, décidait de rendre hommage à une véritable légende des arts martiaux. Le maître Ip Man. Un des plus grands maîtres dans l’art du Wing Chun, véritable légende à Hong Kong et en Chine, et dont la renommée internationale doit énormément au fait que parmi ses innombrables disciples figure une autre légende appelée Bruce Lee. Pour son Ip Man de 2008, Wilson Yip s’appuie sur un acteur avec qui il a scellé une collaboration durable depuis le monumental SPL, le non moins légendaire Donnie Yen. La suite appartient déjà à l’histoire. Les 2 hommes rencontrent un succès considérable avec un film d’action de très haut niveau, et vont signer 3 suites, tandis que Yuen Woo-ping pondra également un spin-off en 2018 avec Master Z: The Ip Man Legacy, qui se focalisait sur le personnage de Cheung Tin-chi apparu dans Ip Man 3. Mais ils auront également lancé un véritable phénomène de mode, une sorte de « Ip-Mansploitation » dans laquelle nombre de producteurs chinois se sont engouffrés pour des résultats plus ou moins heureux. Quoi qu’il en soit, 12 ans après un premier film qui reste un sommet du cinéma d’arts martiaux, Donnie Yen et Wilson Yip remettent le couvert une dernière fois pour Ip Man 4, qui sera cette fois véritablement leur dernier film sur le sujet.

L’intrigue d’Ip Man 4 démarre plusieurs année après la fin du troisième épisode. Ip Man est un père veuf en conflit avec un fils qui a bien grandi et qui possède le même goût pour la baston et la même aversion pour l’injustice que son paternel. Comme dans le précédent opus, de nombreux éléments se focalisent sur la notion de famille. Dans Ip Man 3, le rôle de mari, ici celui de père. Et comme dans le film précédent, c’est sur cet aspect que le film puise ses instants les plus émouvants, bien que moins puissants cette fois. Egalement comme dans le film précédent, le personnage d’Ip Man doit faire face à l’âge et à l’ombre de la mort, même si ses traits n’ont pas changé d’un pouce. C’est évidemment de la légende qu’il est question et non de l’homme. Mais intelligemment, Wilson Yip et ses collaborateurs scénaristes ont intégré cette idée en abandonnant cette fois la scène de combat à 1 contre des dizaines, une des marques de la saga qui n’aurait pas vraiment eu de sens ici avec un héros un brin éreinté par l’existence. Comme dans le premier film, une large part du récit est consacrée à l’affrontement idéologique entre kung fu et karaté, à nouveau dans un environnement militaire. Une idée qui n’appartient évidemment pas à la franchise et qu’avait particulièrement exploité Bruce Lee dans ses films. Et comme dans Ip Man 2, tout un arc narratif est centré sur deux maîtres dont la relation est d’abord hostile pour finir en union sacrée contre l’étranger outrageusement raciste.

On l’aura vite compris, Ip Man 4 ne brille pas par son originalité et ressemble fortement à un best-of des films précédents de la saga. On en attendait évidemment plus. De même que la promesse du marketing de mettre en avant le personnage de Bruce Lee. Il n’est certes pas relégué aux 2-3 pauvres scènes sans intérêt du troisième film. Mais malgré une scène de baston assez géniale dans une ruelle face à un karatéka incarné par Mark Strange, et qui illustre assez justement la philosophie de combat de Bruce Lee, sa présence ne dépasse pas vraiment le niveau du fan service. C’est d’autant plus dommage que Kwok Kuen Chan assure vraiment dans la peau du petit dragon. On retiendra également un propos pas inintéressant sur la transmission du Wing Chun aux occidentaux à travers son école, mais qui aurait mérité tout de même plus de développement. Car c’est tout de même un des aspects les plus fondamentaux de la vie de Bruce Lee, intimement lié à l’existence de son maître Ip Man. Au rayon des déceptions, on retiendra également le retour d’une imagerie bien trop caricaturale en ce qui concerne comment sont dépeints les étrangers. Ici, les américains, qui rejoignent les japonais du premier film et les anglais du second, traités sans la moindre nuance : soit des idiots racistes soit des brutes sanguinaires, voire les deux à la fois. Il faut voir pour le croire comment sont écrits les personnages interprétés par Chris Collins et Scott Adkins. C’est évidemment une vieille tradition du cinéma chinois que ce nationalisme exacerbé. On peut l’accepter ou non, mais cela reste problématique quand une grande partie du discours du film se veut justement anti-raciste. Malgré cette incohérence notable, Ip Man 4 reste un film noble, dans le sens où s’il n’apporte rien de plus, il apporte tout de même tout ce qu’on était en droit d’attendre de lui.

L’aventure américaine du maître Ip Man ne fait pas nécessairement dans la finesse et se voit parasitée de digressions parfois inutiles (la jeune fille et le concours de pom pom girl n’étaient pas nécessaires). Elle reste pourtant fascinante pour les mêmes raisons que les films précédents. Tout d’abord les scènes d’action sont redoutables. A nouveau signées Yuen Woo-ping, comme sur Ip Man 3, elles bénéficient d’une expertise de chaque instant, sont shootées à la bonne distance, ne sont jamais détruites par un montage hasardeux et laissent les acteurs et artistes martiaux s’exprimer à la perfection. Dans Ip Man 4, les combats ne sont pas nombreux et ne font pas dans la surenchère acrobatique, mais ils restent très impressionnants par leur virtuosité et leur réalisme. Bien sur, l’affrontement final entre Donnie Yen et Scott Adkins tient toutes ses promesses de brutalité et d’émotion, de même que celui entre Scott Adkins et Wu Yue. Ou encore la branlée que se ramasse Chris Collins par Donnie Yen, avec toute la portée héroïque qu’elle véhicule. Mais on retiendra surtout un combat assez formidable entre Donnie Yen et Wu Yue, qui fait un écho direct à celui entre Donnie Yen et Sammo Hung dans Ip Man 2, et pas seulement car il se déroule en partie sur une table. Pendant quelques minutes, alors que s’affrontent ces maîtres du Wing Chun et du Tai Chi, le temps semble suspendu et la brutalité du combat fait place à la grâce.

Cette séquence rappelle pourquoi la saga Ip Man est une saga majeure du cinéma d’action chinois. Et pourquoi ses quelques évidents défauts finissent par être balayés par l’enthousiasme qu’elle procure. Ip Man 4 n’atteint pas les sommets du premier épisode et aucune de ses séquences n’égale les plus puissantes de la saga. Pourtant, par son classicisme appliqué, par le sérieux de sa mise en scène, à défaut de son inventivité, par la qualité de ses interprétations et par les qualités purement physiques et martiales de ses acteurs, il s’impose comme un blockbuster d’action qui ne peut que fréquenter le haut du panier. C’est évidemment en grande partie grâce la présence d’un Donnie Yen qui dégage plus de sagesse et de sérénité que jamais, habité par ce personnage qui est clairement devenu le rôle de sa vie. Et aussi grâce ces images incroyables qui apparaissent parfois et qui en disent plus que mille discours manichéens. Comme ce pantin de bois qui crame sur une base militaire américaine, ou cette démonstration de Wing Chun d’un père pour son fils, immortalisé our la postérité. Donnie Yen et Wilson Yip auront en tout cas réussi leur pari non pas de livrer des illustrations historiques rigoureusement exactes de la vie d’Ip Man, mais de créer une légende cinématographique alimentant la légende bien réelle du maître. C’est pourquoi Ip Man 4 vient conclure de façon logique et élégante une saga qui restera comme un pilier du cinéma d’arts martiaux chinois.

3.5

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