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Inside – Critique

Avec Inside, Andrés Baiz signe un étonnant thriller, bancal et généreux, bourré de défauts mais animé d’une soif de cinéma et de proposer une expérience assez intense au spectateur.

Ils sont rares les thrillers colombiens, et plus encore ceux qui parviennent à se frayer un chemin jusqu’aux écrans français. Second long métrage d’Andrés Baiz après le polar Satanás qui avait brillé dans les festivals sud-américains en 2007, Inside est un drôle de thriller qui demande au spectateur une chose peu habituelle : un peu de foi en l’exercice. En effet, ce projet qui a failli ne jamais voir le jour sans l’aide de l’Espagne aboutit sur un film suffisamment bancal pour pousser le spectateur vers la porte de sortie au cours de son premier acte. Non pas qu’il soit médiocre, mais simplement d’une banalité et d’une lourdeur dans les effets qui peuvent rapidement devenir rédhibitoires. Mais de la même façon qu’il fallait passer la scène du viol pour comprendre la beauté d’Irréversible, il faut passer la première grosse demi-heure d’Inside, aussi agaçante soit-elle, pour trouver quelque chose de beau, d’élégant dans la cruauté. Inside n’est pas un grand film, mais un exercice de style parfois magnifique, parfois poussif, parfois maladroit, mais qui transpire le désir de beau cinéma.

Dans son premier acte, Inside, s’il n’était pas aussi soigné dans sa mise en scène, ressemblerait presque à un vulgaire téléfilm softporn de deuxième partie de soirée sur M6. Une romance un peu étrange, un flic chauve à moustache, la plastique de Martina García filmée sous toutes les coutures et une accumulation de jump scares vulgaires, le tout sur une bande son signée Federico Jusid (Dans ses yeux) qui semble tirée d’un conte de fées, voilà qui ne donne pas vraiment envie d’aller plus loin. Pourtant, malgré la lourdeur des effets, et notamment une succession de plans insistant franchement sur le miroir dans la chambre des amants, on finit par se prendre au jeu. Et le temps d’une traversée du miroir fracassante, pivot d’un film qui agonisait par sa banalité, tout s’enflamme. Tout d’un coup, à travers une révélation un brin malsaine, Inside pose les bases de son véritable sujet, d’une cruauté et d’une perversion telles qu’elles donnent tout son sens à la première partie en apparence faiblarde. Inside quitte les terres du thriller fiévreux et ambigu pour braver celles du drame psychologique franchement dérangeant de par ses choix envers ses personnages. Ils ne sont que trois à se partager l’affiche, sans compter les quelques personnages accessoires, et tous sont les cibles d’Andrés Baiz qui semble bien décidé à leur donner une vilaine leçon de vie. Côté spectateur, on assiste à un récit pervers globalement efficace, qui joue avec les codes du huis clos pour mieux imposer sa réflexion extrême sur les rapports amoureux et l’auto-destruction qu’ils peuvent créer. Pas sobre pour un sou, voire carrément pompier, Inside n’en reste pas moins suffisamment sérieux dans son traitement pour s’imposer comme une habile démonstration de perte de repères moraux au profit d’une existence égoïste. Film sur les secrets enfouis, littéralement, il convoque ainsi des motifs parfois spectaculaires lors de ses nombreux changements de points de vue, passant ainsi d’un genre à l’autre, du film de maison hantée au torture porn, en passant par le thriller paranoïaque pur et dur. En résulte un film parfois bâtard dans son traitement mais qui possède suffisamment de souffle lyrique pour imposer une certaine puissance dans sa narration. Bien entendu dans pareil cas, on n’est jamais très loin du grotesque qui s’invite parfois à la fête, ancrant Inside dans de la pure série B, mais assez noble pour briller.

L’intérêt principal vient autant de son regard sur ce que peut entrainer la jalousie extrême au sein d’un couple que du jeu mis en place avec le spectateur. Avec autant de changements de points de vue, posant le spectateur dans une position à priori scellée avant de le projeter dans une autre, s’avère relativement déstabilisant mais non dénué de sens. Inside est un gigantesque puzzle pervers qui bouscule l’empathie du public pour mieux le mettre mal à l’aise. Là où le film déçoit légèrement, c’est dans une certaine facilité démonstrative pour créer la tension, dans son traitement raté de la claustrophobie, mais également dans certaines pistes qu’il lance sans les exploiter. Ainsi, quand l’ombre du passé de la Colombie, terre d’asile des anciens nazis échappés de justesse à la fin de la seconde guerre mondiale, semble devenir un thème important du film, on n’est forcément déçu que cette piste soit abandonnée et reste purement accessoire. Qu’importe, Inside reste suffisamment efficace sur les autres points pour procurer un plaisir cruel et malsain jusque dans son final nihiliste à souhait. Tragique, lyrique, cette conclusion portée par l’inépuisable Symphonie n°7 en la majeur de Beethoven vient assommer le spectateur dans un ultime élan poussif mais puissant. Un beau final pour ce film porté par un trio d’acteurs remarquables et une mise en scène toujours très classieuse, noire à souhait, faite de beaux mouvements et d’une gestion de l’espace assez remarquable.

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