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Exte, Hair Extensions – Critique

Terreur capillaire, drame social et humour burlesque. Voici les ingrédients de Exte, Hair Extensions de Sion Sono. Une œuvre qui utilise un pitch loufoque pour mieux amener son spectateur vers une singulière expérience cinématographique.

Dans un port, deux hommes découvrent le cadavre d’une femme sous plusieurs tonnes d’extensions capillaires dans un conteneur. Le récit enchaîne sur le joyeux quotidien de Yukô Mizushima (Chiaki Kuriyama), une apprentie coiffeuse au salon Gilles de Rais. L’écuyer de Jeanne d’Arc, ayant assassiné plus de 140 enfants, à l’origine de la légende de Barbe Bleue. Un soir, elle reçoit la visite de sa sœur Kiyomi (Tsugumi). Une Junkie maltraitant sa fille de 8 ans, Mami (Miku Sato), que Yukô va protéger avec l’aide de sa colocataire Yuki Morita (Megumi Sato). Au même moment, Yamazaki (Ren Osugi) le gardien de la morgue récupère le cadavre de la femme découverte au port, pour revendre ses cheveux qui semblent s’animer d’eux-mêmes. Exte jongle avec trois récits, aux tonalités radicalement différentes, qui vont finir par se relier entre eux.

Le réalisateur et ses scénaristes Masaki Adachi (assistant réalisateur sur Jun- On: The Grudge et Dark Water) et Makoto Sonada réussissent l’exploit d’unifier l’ensemble de manière fluide et cohérente. La narration trouve un point d’ancrage à travers la caractérisation des différents protagonistes. Chiaki Kuriyama se montre particulièrement attachante dans un rôle à contre-emploi de ceux qui l’ont fait connaître dans Battle Royale et Kill Bill. Il en va de même pour Miku Sato, émouvante dans le rôle de la petite Mami. Quant à Ren Osugi (second rôle récurent chez Takeshi Kitano), son jeu entre pathétique et horrifique permet de crédibiliser un personnage qui aurait pu tomber facilement dans la caricature. L’autre force de Exte est de faire cohabiter différents contrastes d’émotion, souvent au sein d’une même scène. De la tendresse à l’horreur, en passant par l’humour, Sion et son monteur attitré Jun’ichi Itô jouent en permanence sur les ruptures de ton, et l’agencement séquentiel. Ce qui, par extension, amène à un mélange des genres typique du cinéaste. Le Yurei Eiga (films de fantômes japonais) côtoie harmonieusement la comédie burlesque et le drame social, sans jamais perdre de vue son spectateur. Le réalisateur et son équipe ont voulu livrer un film définitif autour du courant popularisé par Hideo Nakata avec Ring.

L’élément horrifique étant les cheveux, Sion Sono en fait une entité organique à part entière, qui ne sombre jamais dans le ridicule, car portée par une croyance indéfectible envers les images qu’ils tournent, et par un savant mélange de maquillages conçus par Yoshihiro Nishimura et d’effets numériques. Il en résulte de nombreuses scènes marquantes, comme cette traversée d’une forêt de cheveux par notre héroïne, lorsque Mami assiste à un meurtre à travers un placard, ou le meurtre d’une cliente par ses propres extensions capillaires. Le tout baignant dans une ambiance « Kawai » et Pop qui n’atténue en rien la portée sensitive de la mise en scène : travellings agressifs, jeux sur la contre plongée, caméra à l’épaule pourtant extrêmement fluide…

Bien que sous l’influence de nombreux cinéastes comme Nobuhiko Ôbayashi et Sam Raimi en tête, la mise en scène sait rester cohérente et personnelle. On pourrait d’ailleurs rapprocher le long-métrage de Sono Sion de Jusqu’en enfer sorti deux ans sorti deux ans plus tard, qui faisait coexister harmonieusement horreur visuelle, comédie burlesque et drame social. Christine Brown (Alison Lohman) étant à l’instar de Mizushima, un personnage rattrapé par le douloureux passé de sa condition sociale, à travers les horreurs qui se présentent à elles.

Œuvre quelque peu sous-estimée dans la filmographie de son cinéaste, Exte, Hair Extensions, constitue un tour de force dans sa manière de mélanger harmonieusement les genres, tout en jouant avec les attentes du spectateur. Le film constitue également une bonne porte d’entrée pour tous ceux désirant faire connaissance avec l’univers de Sion Sono.

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