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On l’appelle Jeeg Robot – Critique

Quelle incroyable surprise que ce « On l’appelle Jeeg Robot », grosse sensation en festival depuis un an et demi et grand vainqueur des David di Donatello (équivalent de nos César) en 2016 avec 7 récompenses. Considéré comme un « film de superhéros italien », ce tout petit film proposant de grandes choses se joue des conventions du genre avec une aisance incroyable.

Réalisateur de quelques courts métrages, compositeur, Gabriele Mainetti est avant tout un acteur cantonné aux seconds rôles au cinéma, dans des films n’ayant pas quitté le territoire italien, et un acteur de télévision à peu près disparu depuis la fin de la série La nuova squadra en 2011. La plus belle idée de sa carrière se trouve être d’avoir changé de profession pour passer à la mise en scène. Le bonhomme a su s’entourer pour créer cette histoire de superhéros pas comme les autres, notamment en faisant appel au scénariste Nicola Guaglianone et à son collaborateur Menotti, auteur de fumetti (les bandes dessinées italiennes). On trouve ainsi derrière On l’appelle Jeeg Robot un background très ancré dans le comic book et le genre, mais à travers une approche diamétralement opposée à ce que proposent les USA en termes de récits superhéroïques. S’il faut rapprocher le film de « modèles », et ce toutes proportions gardées, ce serait plus du côté de Darkman ou Incassable (une séquence majeure se déroule d’ailleurs dans un stade) que des productions sans saveur de chez Marvel et consorts. Un regard neuf donc, qui va s’exprimer à travers un canevas assez proche des « origin stories » propres aux films de superhéros pour mieux le prendre à revers. Alors certes, on part d’un point de départ avec un type lambda qui va voir sa nature profondément modifiée par le contact d’une substance étrange, et on arrive à un point où il assume ses responsabilités liées à sa nouvelle condition. Mais entre les deux, c’est assez inédit, tout en s’appuyant sur des points de détail bien connus.

La première partie du film, probablement la moins intéressante, s’avère assez basique. On y trouve pourtant quelques séquences et éléments des plus amusants. Et notamment dans ceux servant à caractériser le personnage principal d’Enzo. Car il n’a pas droit à de véritables présentations et se voit plongé directement dans les embrouilles. Et comme il s’agit d’un pauvre type à l’allure pataude, un petit voyou qui n’a pas l’air très éveillé et mène une existence solitaire assez pathétique (il passe son temps à mater du porno et à avaler de la crème dessert), cela donne lieu à quelques situations cocasses, d’autant plus lorsqu’il acquiert sa force surhumaine et sa capacité d’invincibilité. Pendant un temps, On l’appelle Jeeg Robot avance ainsi sur le mode d’une comédie sociale autour d’un type possédant des superpouvoirs, plutôt sur le ton de la déconne inoffensive. Avec des personnages hauts en couleur. Et ce même si dans le fond, on entend toujours un rappel de la situation du pays à ce moment : des médias qui tournent en boucle pour rappeler le risque d’un attentat. Ainsi, Gabriele Mainetti, bien appuyé par ses scénaristes, parvient à créer une ambiance plutôt légère de par ce qui se trame au premier plan, tout en ayant suffisamment de gravité en arrière-plan. Sauf qu’il lui manque un ingrédient pour que tout cela prenne. Et il le trouve avec le personnage d’Alessia, incarnée par Ilenia Pastorelli. Dès qu’elle entre dans le récit et s’y impose, c’est comme si une étincelle venait tout faire exploser. Car elle va apporter la véritable folie à On l’appelle Jeeg Robot, de même que son âme. Un personnage lunaire, qui échappe à son quotidien tragique en se gavant d’épisodes de la série animée Jeeg robot d’acciaio. Une série plus connue sous le titre international « Steel Jeeg », une création de Go Nagai et Tatsuya Yasuda ayant connu un succès titanesque en Italie au début des années 80.

Cette addict à l’anime et au superhéros va tenir un rôle central dans la progression dramatique du film. A la fois au niveau de l’intrigue et au niveau de la construction du personnage d’Enzo. De sale type biberonné au porno, il va devenir un homme maladroit, à la fois touchant et désagréable, puis prendre conscience de qui il doit être. Son évolution s’avère vraiment intéressante et bénéficie d’une réelle qualité d’écriture. En parallèle avec la relation étrange qui se lie entre Enzo et Alessia. Une relation qui donne lieu à des moments révoltants, des moments de gêne, et des moments presque bouleversants. Autre personnage essentiel dans On l’appelle Jeeg Robot, son bad guy. Un personnage toujours sur le fil, qui ressemble à une caricature de gangster outrancier mais qui n’y tombe jamais. Tout simplement car son comportement répond à une problématique très humaine de frustration. Un personnage très moderne, percuté par le culte de l’image et qui s’en abreuve jusque dans ses actes les plus ignobles (voir une formidable séquence de massacre filmée depuis son téléphone portable). Pour lui donner de la consistance, l’excellent Luca Marinelli ne lésine pas sur les efforts. Tout fonctionne dans cet étrange trio qui se construit à l’écran, chaque personnage s’abreuvant des deux autres de façon tout à fait différente jusqu’à trouver une logique parfaite. Mais au-delà de cette qualité d’écriture, On l’appelle Jeeg Robot bénéficie de scènes d’action qui transcendent un budget ridicule, d’effets spéciaux franchement pas dégueulasses et d’une violence graphique qui nous rappelle que le film prend racine dans une tradition de cinéma de genre souvent hardcore. Et notamment en s’abreuvant clairement du polar transalpin, qui n’est pas du genre à faire dans la dentelle.

3.5

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