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Les Lyonnais – Critique

Qui oserait, à l’aube des années 2010, mettre en scène une saga mafieuse en France ? Seul un fou du nom d’Olivier Marchal pouvait s’y attaquer, avec toute la générosité et les maladresses que cela sous-entend. Mais toujours avec un immense talent, ce qui rend Les Lyonnais magnifique, sans être cet immense film qu’il aurait pu être.

De par son passé Olivier Marchal a toujours préféré aborder les flics que les voyous au cinéma, et ce même si son premier long métrage se nommait Gangsters. 36, Quai des orfèvres marquait la véritable naissance d’un metteur en scène hors normes dans le paysage français, le seul capable d’assumer notre bel héritage du polar made in France tout en y apportant un traitement entre le cinéma de Michael Mann (pour la précision dans la mise en scène et le spleen) et celui de John Woo (pour le lyrisme). Malheureusement l’accueil glacial réservé à MR73, drame bouleversant et inattendu, a éloigné le réalisateur d’une caméra de cinéma pendant quelques temps, le temps de faire un peu l’acteur chez les autres et surtout de participer à Braquo, série policière ultra ambitieuse dont il signe les meilleurs épisodes. Avec son quatrième film Les Lyonnais, il passe pour la première fois de l’autre côté du miroir, du côté des mauvais garçons, car à bien y réfléchir on ne peut pas se réclamer auteur de polars sans se confronter frontalement aux gangsters. L’ambition, Olivier Marchal n’en manque pas et cette fois l’objectif est simple : livrer une fresque mafieuse sous l’influence des grands Coopola, Scorsese et Leone. Si la comparaison n’est pas vraiment à l’avantage des Lyonnais, le film s’inscrit comme une suite logique à la carrière d’Olivier Marchal et confirme son statut majeur au sein du cinéma de genre hexagonal.

Ses détracteurs trouveront encore un peu de grain à moudre car avec le destin d’Edmond Vidal, dit Momon, Marchal va pousser encore plus loin son sens de la tragédie bien masculine. Avec une différence de taille toute fois, cette fois il ne laisse pas de place aux états d’âme dépressifs de ses personnages, et ça change tout. Les Lyonnais n’est pas un film noir mais une épopée spectaculaire qui va iconiser des sales types, à une époque où le cinéma est à la bonne morale et au cynisme qui réfute les glorieux portraits de gangsters du passé. Il n’est plus de bon ton à notre époque de faire un film comme Casino par exemple, de faire rêver, le temps d’un film, le public pour des bad guys qui braquent des banques et tuent. Mais comme il n’en a rien à foutre et que c’est ce qu’il aime au cinéma, c’est exactement ce que va faire Olivier Marchal. Dans Les Lyonnais, le représentant naturel du bien, le flic, est un faible manipulateur tandis que le vieux gangster est un héros. Passé ce postulat qui confine le film dans une case le destinant à un public bien précis, on est ravi de retrouver le Marchal fasciné par ses personnages, voire amoureux d’eux. Comme ses modèles, il va monter un récit sur deux temporalités avec d’un côté les jeunes gangsters plein d’énergie et d’insouciance et de l’autre les mêmes devenus sages. Et il a beau partir d’un matériau de base très ancré dans le réel, il en sort quelque chose de complètement fantasmé en collant aux basques de son personnage principal qu’il ne lâchera jamais.

Plus que l’histoire d’un gang, Les Lyonnais c’est l’histoire d’un homme, c’est un étalage de valeurs simples qu’on trouve dans tous les grands polars et érigés ici en principes absolus : la famille, les associés ou frères d’armes et l’honneur. Des idéaux d’un autre temps certes, mais qui font toujours l’essence de grands films chez John Woo ou Johnnie To par exemple. En s’intéressant aux gangsters, mais aussi aux grands flics qui les côtoient, il illustre les restes d’un certain code issu de la chevalerie en faisant de Momon son gardien et de Serge son anéantissement. On est dans un pur univers de fiction comme dans un récit antique, un récit burné où les hommes sont des symboles de masculinité exacerbée, où la trahison se paye au prix fort et où le prix du sang équilibre les marchés. Ce fantasme du gangster qu’on ne voit plus au cinéma, tout du moins en France, c’est la raison d’être du film qui déploie une ampleur dramatique et lyrique parfois impressionnante pour donner du corps à un véritable parcours héroïque et moral chez ces gitans. Et comme dans toutes les grandes tragédies, le bad guy, le héros rangé qui doit reprendre les armes pour protéger ce qu’il a mis tant de temps à construire, ne va vivre que le pire des échecs de son existence.

Porté par un casting de gueules incroyables qui redonne foi en ce cinéma dopé à la testostérone, Les Lyonnais possède un charme fou malgré ses maladresses. Si on peut déplorer les interprétations hasardeuses et décevantes de quelques calibres comme Tchéky Karyo, pas vraiment à l’aise alors qu’il est à sa place, voire carrément insupportables à l’image d’Etienne Chicot qui ruine à lui tout seul une séquence majeure du film, on n’a pas d’autre choix que de s’incliner devant la performance de Gérard Lanvin. Si on avait déjà eu un bon aperçu de ce que les années lui apportent dans À Bout Portant, peu de temps avant Les Lyonnais, il livre quelque chose de vraiment puissant. Peut-être son plus grand rôle à ce jour aux côtés du Choix des armes ou du Prix du danger. Il est dirigé avec poigne par un Olivier Marchal toujours aussi généreux, trop sans doute parfois, qui laisse trop de place aux grandes envolées musicales, qui tombe dans le piège du long flashback final toujours très maladroit, qui cherche un peu trop la réplique qui tue, certaines étant assez énormes. Mais à côté de cela, il parvient à créer une mythologie, une véritable nostalgie qui transpire de l’image, à travers une mise en scène toujours inspirée, toujours très ample et spectaculaire. Toujours à l’aise pour faire jaillir la violence au moment le plus inopportun, faisant preuve d’une maitrise de l’espace totale quand il fait crier les mitraillettes, c’est bien dans l’action et dans l’iconisation qu’il s’avère le plus efficace. Dès lors dommage que ses Lyonnais souffrent de ces maladresses, d’un scénario qui choisit l’efficacité de l’ellipse plutôt que de l’ampleur narrative d’une vraie fresque mafieuse et de quelques approximations. Olivier Marchal aurait du aller au bout de son projet et pondre un film hors normes dépassant les trois heures, car en moins d’1h45 on sent qu’il garde un pied sur la pédale de frein, et c’est un peu dommage. Toutefois, il prouve quand même qu’il reste le patron du genre, et pas qu’un peu.

3.5

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