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Dark Crystal – Critique

En en faisant la première couverture de leur tout premier numéro, le feu magazine Starfix, que l’on ne présente plus, avait d’ores et déjà le nez fin. Là où plusieurs médias de l’époque ne l’avaient pas vue venir, naissait en 1982 une œuvre fondatrice d’un genre encore en plein balbutiement sur grand écran, le merveilleux film de fantasy : Dark Crystal.

Il était une fois, vingt ans avant la fabuleuse adaptation du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, existait un certain âge d’or de la fantasy au cinéma, celle des années 80. Durant cette précieuse décennie, une bonne dizaine de films de ce genre ont vu le jour. Pour la plupart d’entre eux, leur statut de film culte s’est gagné avec le temps. Parmi eux figure une œuvre ambitieuse qui a fait de nouveau parler d’elle ces dernières années, grâce à la sortie de la magnifique série préquelle produite et distribuée par Netflix. Il s’agit bien sûr du classique Dark Crystal réalisé par Jim Henson et Frank Oz, deux artistes talentueux qui ont joué un rôle important dans l’histoire de la culture populaire. C’est notamment grâce au premier cité que nous devons la création des séries d’animations à succès que sont le Muppet Show et 1 rue Sésame. Pour le second, il ne s’agit « que » du célèbre marionnettiste qui a donné vie au célèbre maître Jedi : Yoda. Difficile de trouver un meilleur binôme que ces deux amis au travail et à la ville, pour créer l’univers aussi ténébreux que fabuleux qu’est celui de Dark Crystal. Avant de voir le jour, le film est avant tout un projet de longue haleine et difficile à monter pour son créateur initial, Jim Henson. Pendant six ans il peaufine son univers visuel et donne naissance au fabuleux monde fictif de Thra et son improbable et généreux bestiaire, bien aidé par l’illustrateur Brian Froud qui en conçoit une majeure partie. L’artiste croit tellement en sa création, qu’il n’hésite pas à y investir sa fortune personnelle. L’avenir lui donnera heureusement raison, et ce quoiqu’en aient pensé les premières critiques à sa sortie. Un succès garanti qui se repose principalement sur le schéma narratif archétypal du monomythe, développé par l’illustre Joseph Campbell, dans son ouvrage Le Héros aux mille et un visages, popularisé (voir vulgarisé) par un certains George Lucas au travers de sa lointaine, très lointaine saga Star Wars.

Dès son introduction, Dark Crystal nous immerge dans son univers sombre et merveilleux. Notamment grâce au narrateur qui nous conte les origines du monde fictif de Thra, ainsi que son contexte. Il y détaille notamment ses nombreuses créatures qui y vivent ou plutôt y survivent. Un univers riche qui sous ses allures faussement manichéennes cache une forme de dualité complémentaire proche du Yin et du Yang, d’où la préférence des auteurs d’employer les termes lumière et ténèbres, plutôt que bien et mal. Bien que leurs définitions paraissent assez proches, la fusion de l’un et de l’autre est un concept essentiel au sein du récit, qui permet le maintien d’un certain équilibre. Car l’un ne peut vivre sans l’autre. Mais, suite à un phénomène cosmique cette balance est mise à mal, créant ainsi « deux forces en puissance ». Elles sont représentées au travers des cruels Skeksès et des doux Mystiques. Ainsi, la restauration de cet équilibre devient logiquement l’enjeu majeur du récit et prend forme au travers d’une quête initiatique pour son personnage central et héros : Jen, un survivant des Gelflings (une race décimée par les Skeksès).

Fort heureusement, les qualités et l’attrait de Dark Crystal ne se reposent pas uniquement sur l’archétype du monomythe. Comme explicité plus haut, son principal point fort est bel et bien la richesse de son univers. Un monde qui jouit d’une direction artistique irréprochable, aussi bien dans ses environnements féeriques que lugubres. Pour se faire, le travail abattu sur les décors est titanesque et fourmille de détails. A titre d’exemple, on peut citer les textures gravées sur les visages des Mystiques qui apportent une authenticité supplémentaire à leurs personnages, et indique une certaine idée de leur vécu et de leur âge, tout en exprimant leur sagesse dont ils sont la représentation incarnée. En le redécouvrant aujourd’hui, on serait d’ailleurs prêt à parier que Dark Crystal est probablement une influence visuelle majeure pour Guillermo Del Toro, car on retrouve des textures similaires dans le personnage du faune du Labyrinthe de Pan, ainsi que les kaijus de Pacific Rim. L’autre composante majeure et figure de proue de notre évasion dans cet univers est incontestablement son design sonore qui bénéficie lui aussi d’un travail minutieux et qui épouse avec brio une bande originale alternant entre registre festif et envolée lyrique. Le compositeur Trevor Jones y propose ici sa plus belle partition avant de signer, quelques années plus tard, son chef-d’œuvre qu’est la musique du Dernier des Mohicans de Michael Mann. Près de quarante ans plus tard, Dark Crystal a certes vieilli, car oui les effets spéciaux ont évolué depuis, mais qui n’altèrent en rien la magie omniprésente de ce conte familial. Une œuvre fabuleuse, à mi-chemin entre les contes des frères Grimm et les écrits de Tolkien, qui continue et continuera toujours de nous effrayer, puis de nous émerveiller avec le poids des âges. Et ça, c’est probablement le plus beau des cadeaux que peuvent nous offrir les œuvres cultes de l’histoire du septième art.

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