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[REC]³ Genesis – Critique

En optant pour la rupture autant visuelle que dans le ton,Paco Plaza revient à la saga [REC] en tentant de lui insuffler quelque chose de nouveau. Mais est-il pour autant digne de ses glorieux prédécesseurs ?

[•REC] premier du nom, malgré tous les défauts qu’on pouvait lui trouver, et notamment dans les limites du style « found footage », était tout de même un joli tour de force à la fois immersif et franchement flippant. Avec une dose d’humour noir nécessaire pour décompresser et une certaine sauvagerie salvatrice au moment d’aborder l’horreur pure. Le second épisode sobrement intitulé [•REC]² prenait l’option Cameron d’Aliens, le retour et s’axait plus sur l’action que la terreur, essuyant du déchet dans sa tentative de justification plus ou moins rationnelle et souffrant d’un sérieux ventre mou. Le duo Balaguero/Plaza avait promis qu’on ne les y reprendraient pas, et pourtant voilà le troisième volet. Cette fois cependant, Paco Plaza est seul aux commandes, son compère étant parti mettre en boîte Malveillance avant de signer ce qui devrait être le dernier de la saga, [•REC] Apocalypse, et il est annoncé depuis des mois que [•REC³] Génesis serait le film de la rupture en abandonnant la marque de fabrique de la franchise, à savoir le style documentaire. Et rupture il y a, à tous les niveaux. Ce nouvel épisode affirme son identité en poussant assez loin sa non-appartenance à la saga, et le « Génesis » du titre n’est en rien celui d’une éventuelle préquelle. [•REC³] Génesis est un film à part, différent, qui délaisse quelque peu l’horreur mais embrasse goulument d’autres genres tout aussi fréquentables. Une drôle de surprise.

Pourtant pendant une bonne demi-heure, on a un peu l’impression d’être pris pour un âne. En effet, immédiatement le film s’ouvre sur une image de caméscope numérique, et Paco Plaza a beau multiplier les types de caméra (amateur, professionnelle, téléphone portable, caméra de surveillance…) sa révolution ressemble un peu à la même chose qu’avant. Une différence de taille cependant, l’humour est bien plus présent. Corrosif envers les personnages, il l’est également avec lui-même et cette mode qu’il a contribué à populariser. Ainsi il n’hésite pas à faire dire à un de ses personnages que « la caméra à l’épaule, c’est de la merde », personnage qui par ailleurs devient un ressort comique assez amusant, sorte de Kevin Smith espagnol appelé Atùn (« Thon ») et qui ne vit que pour le cinéma-vérité avec sa steadicam. Sans grande surprise, les premières vingt minutes sont les images amateurs d’un mariage classique avec des gens qui font la fête, boivent, avec toutes les figures classiques des invités de mariages. Bien entendu tout bascule assez vite et les premières attaques de contaminés/possédés laissent éclater une sauvagerie extrême qui fait plutôt plaisir à voir. Ça saigne, ça court dans tous les sens, ça bouffe des boyaux, on assiste à la mise en place d’un chaos total, d’une véritable zone de guerre entre contaminés et invités qui vire à la boucherie d’une lutte perdue d’avance. Et tout à coup, le temps d’une scène plutôt intelligente en temps que meta-cinéma, poussant le trouble jusqu’à citer Filmax (le studio historique du cinéma de genre espagnol actuel) dans une conversation entre personnages assiégés, [•REC³] Génesis devient le film promis. L’aspect found footage se limitera à quelques plans judicieusement choisis de caméras de surveillance pour faire état du désastre, mais le film devient du cinéma plus classique, comme Paco Plaza sait très bien le faire, La Secte sans nom et L’enfer des loups étant tous deux des morceaux de mise en scène plus que recommandables. [•REC³] Génesis devient dès lors une œuvre composite plutôt surprenante car jouant ouvertement avec les codes de la comédie horrifique assez méchante et irrévérencieuse au possible. Ainsi non seulement Paco Plaza va passer son temps à désacraliser le mariage, voire à carrément le montrer comme un enfer sur Terre, mais tout le monde va en prendre sérieusement pour son grade. L’église, la police, les françaises, il ridiculise tout le monde, n’hésite pas à montrer un massacre d’enfants, et se fait tout simplement plaisir dans une sorte de délire d’enfant terrible qui aurait décidé de passer toutes ses idées les plus folles sur pellicule. Bon ou mauvais goût cohabitent ici sans règle précise, seul compte le plaisir régressif du spectacle offert au spectateur abreuvé au bis. Car [•REC³] Génesis est un film ouvertement second degré, mais qui mélange allègrement des moments de pure comédie de mœurs avec du gore qui tâche. Mais qui tâche vraiment.

Paco Plaza n’y va pas de main morte et filme la tripaille plein cadre, et si possible serré afin de ne rien manquer du festin. Une fois qu’il lâche la bride1 c’est un festival. Il fait de sa mariée une déclinaison féminine du Ash d’Evil Dead, tronçonneuse et bras coupé à l’appui, une héroïne badass prête à tout pour retrouver son mari, l’iconise à mort et lui fait broyer du zombie par dizaines. Paco Plaza ne recule devant aucun débordement gore, allant jusqu’à des idées graphiques qui feraient passer [•REC³] Génesis pour un dérivé ibérique et friqué des productions Sushi Typhoon les plus trash. En désamorçant les images franchement dégueulasses par le grand-guignol et l’humour, le réalisateur la joue intelligemment, et ce même s’il se laisse aller à quelques jumpscares bien sérieux parfois. Derrière le délire, Paco Plaza soigne sa mise en scène et construit habilement ses cadres, accouchant à plusieurs reprises de plans splendides (sous la pluie, un plan large des époux traversant leur famille décimée…) qui parviennent à créer pas seulement un humour noir, mais un ton quelque peu amer, derrière la blague. Car [•REC³] Génesis est finalement un film extrêmement pessimiste, une illustration de l’apocalypse de l’ancien testament. D’où le titre. Il n’est en rien question de genèse au niveau de la saga, mais de l’humanité telle qu’elle est représentée dans cet univers. Complètement baroque, dopé aux visions infernales à l’héritage graphique des excès de Dario Argento, [•REC³] Génesis n’a rien d’un grand film mais s’avère tellement fou, tellement outrancier, tellement ludique et parfois même épique, qu’il détonne au sein de la saga et touche finalement à son objectif. Du divertissement pur, parfois con, parfois moins, mais toujours généreux.

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