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The Amusement Park – Critique

Présenté en avant-première lors du dernier Festival lumière de Lyon, The Amusement Park est une oeuvre inédite de George A. Romero. Un moyen métrage dont la genèse atypique aura grandement contribué à la réussite du résultat final, probablement l’un des films les plus enragés que le cinéaste de La nuit des morts-vivants a mis en images. 

En 1973, George A. Romero galère toujours à joindre les deux bouts pour mettre en chantier ses long métrages indépendants, n’hésitant pas à répondre à diverses commandes se présentant à lui. C’est dans ce contexte qu’une société luthérienne vient lui proposer de mettre en images un film de prévention quant aux mauvais traitements subis par les personnes âgées. Sur un scénario de Wally Cook, le cinéaste réunit son ami à tout faire S. William Hinzman qui se charge de la photographie, assisté de Michael Gornick qui deviendra par la suite le chef opérateur récurrent de Romero. L’ancien journaliste devenu producteur Richard P. Rubinstein entame sa première collaboration avec le cinéaste. Côté casting c’est Lincoln Maazel (Martin) qui tient le rôle principal, rejoint par de nombreux bénévoles issus pour la plupart de maisons pour personnes âgées. Le tournage a lieu au parc d’attraction de West View sur les collines de Pittsburgh.

Extrêmement choqué par le résultat final, la société luthérienne refusera d’exploiter le long métrage, qui devra attendre d’être redécouvert en 2018 par Daniel Kraus, écrivain et collaborateur de Guillermo del Toro. Il se charge de restaurer The Amusement Park en 4K et de le faire sortir avec l’aide de Suzanne Romero, veuve du cinéaste également en charge de la George Romero Fondation, tandis que Yellow Veil Pictures acquiert les droits d’exploitation. À partir d’un concept simple, un homme âgé qui va vivre une balade cauchemardesque dans un parc d’attraction, Romero va détourner une commande institutionnelle de plus, pour livrer une oeuvre aboutie, dont la durée relativement courte, une cinquantaine de minutes, lui permet d’aller droit à l’essentiel. Le début du métrage, montrant notre protagoniste faire face à son double au visage blessé dans une pièce blanche, ne laisse aucune surprise quant au déroulement de l’intrigue et sa conclusion. Chaque attraction et rencontre que fait notre protagoniste le confronte aux horreurs du quotidien vécues par les personnes âgées. Bien que prenant place dans un environnement réaliste du quotidien, Romero lorgne du côté de Carnival of the Souls et de La Quatrième dimension. Du film de Herk Harvey, Romero reprend l’idée de rencontres cauchemardesques se déroulant dans un environnement propice aux loisirs, et jouant sur l’inquiétante étrangeté. Un sentiment également présent du côté de la série mythique de Rod Serling à laquelle le réalisateur de La nuit des morts vivants emprunte l’idée d’un narrateur présentant l’histoire dans les lieux même de l’action, mais surtout l’idée d’un fantastique allégorique mettant en exergue les affres de la société de l’époque.

Visiblement frustré des expériences en demi teinte qui ont suivi son classique de 1968, Romero fait de The Amusement Park un authentique défouloir expérimental jouant sur les effets subliminaux, un montage saccadé, des cadrages en Fish-eye, et la saturation sonore afin de coller au plus près du malaise vécu par son protagoniste. The Amusement Park apparait comme une oeuvre extrêmement viscérale de bout en bout, d’autant plus pertinente qu’elle est quasiment dépourvue de dialogues, laissant parler ses images, de plus en plus éprouvantes. Délaissant le cadre nocturne généralement de mise dans le genre, le réalisateur place son horreur en plein jour, où le moindre aspect du quotidien est vu par notre protagoniste comme un moyen de l’exclure du champ social jusqu’à le rendre invisible et indésirable auprès d’une population ne souhaitant pas voir sa propre vieillesse. Qu’il s’agisse d’un tour en grand huit se terminant de manière tragique pour les personnes accompagnant notre protagoniste, d’un copieux repas auquel il n’a pas droit, en passant par des personnes âgées présentées comme des monstres de foire chassés par la foule, jusqu’aux éprouvantes scènes mettant en avant des déambulateurs, ainsi qu’un jeune couple venu consulter une voyante, tous ces éléments voient leur impact dupliqué par le traitement évoqué plus haut. Une approche qui permet à The Amusement Park de gagner sur les deux tableaux, à la fois comme film d’horreur sensitif, pas si éloigné dans son approche de Massacre à la tronçonneuse qui sortira un an après, et comme satire sociale à fleur de peau, qui le rapproche également d’un cinéma enragé tel que pouvaient le pratiquer Frankenheimer, Lumet ou Fuller.

Si les limites visibles à l’écran empêchent The Amusement Park d’arriver au niveau des plus belles réussites de ces grands maitres, la volonté de Romero d’en découdre intelligemment avec l’aliénation humaine par le biais du langage cinématographique, culminant lors d’une rencontre entre notre protagoniste et une petite fille, finit d’en faire l’une des oeuvres les plus singulières de son auteur. Le tout porté par un interprète dont la gestuelle à la lisière de l’expressionnisme accentue le sentiment de tristesse et de colère de l’ensemble. The Amusement Park s’impose également comme le brouillon de Martin et Zombie. Le premier reprendra l’acteur Lincoln Maazel et son découpage expérimental, le second ses bikers et son horreur située en plein jour. Autant d’éléments qui témoignent de l’importance de The Amusement Park dans le cinéma de George A. Romero. Un cinéaste qui démontre ici que le nihilisme présent dans son oeuvre était avant tout la marque d’un humaniste brisé soucieux de ses semblables, au point de leur renvoyer à la figure leur propre cruauté. 

Summary
Véritable curiosité qui s’impose comme l’oeuvre la plus aboutie de son auteur durant la période séparant La nuit des morts vivants de Martin, The Amusement Park est un moyen métrage cauchemardesque qui malgré ses limites de production, conserve encore aujourd’hui tout son impact. Une histoire simple mais qui à travers son approche singulière de l’horreur, débouche sur une fable intemporelle. À découvrir impérativement.
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