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Souvenirs de Cinéma #45 : Arnaud Lanuque

Aujourd’hui c’est Arnaud Lanuque, spécialiste du cinéma asiatique, intervenant sur de nombreux suppléments pour Spectrum Films et créateur de la chaine YouTube La maison du cinéma asiatique, qui revient sur quelques souvenirs de jeunesses liés au 7ème art, ainsi que la manière dont ce dernier fut une ouverture vers d’autres cultures et imaginaires. 

Discutez avec mes proches et ils vous confirmeront certainement que j’ai un esprit de contradiction plutôt développé. Je ne peux pas m’en empêcher de chercher l’erreur d’argumentation de mon interlocuteur ou de jouer les avocats du diable afin de voir si la réflexion proposée fait sens. Heureusement, dans le même temps que je développais cette tendance parfois assez agaçante, j’apprenais également l’extrême relativisme des gouts culturels et à respecter les autres points de vue. En tout cas, dans une certaine limite… . 

Et je crois que ces caractéristiques se sont retrouvées dans mon éducation cinématographique. Mes gouts se sont formés en opposition avec la majorité ou, tout du moins, la majorité de mon entourage de cette époque. En tout cas, c’est ce qui m’apparaît quand je repense à mes premiers souvenirs de cinéma dans le cadre du présent article et que j’essaie de leur donner du sens. 

Un de mes premiers souvenirs de cinéma est un souvenir de terreur. Et pour cause, l’enfant que j’étais voyait un avion sur le point de s’écraser et personne n’avait l’air de prendre cela au sérieux ! Pire, le pilote devait faire appel à d’inquiétants ballons gonflables à visages humains pour l’aider dans sa tâche ! Le film, c’était Y a-t-il un Pilote dans l’Avion des ZAZ. Ce qui était une des toutes meilleures comédies américaines était alors un cauchemar pour moi et j’étais ressorti traumatisé de sa vision. Avec le temps, j’ai fini par l’apprécier à sa juste valeur mais je ne peux pas m’empêcher de toujours déceler une part d’inquiétante  étrangeté dans ces pilotes automatiques gonflables…     

Mon second souvenir le plus ancien est lui plus heureux. C’est d’abord la mémoire d’une petite salle de cinéma du côté de Bayonne, là où nous passions les vacances. Ces petites salles où on avait encore droit à des dessins animés avant la projection et une ouvreuse qui passait pour vendre des bonbons. A l’heure des multiplexes, ce type de cinéma a un attrait nostalgique et romantique qui ferait presque oublier que les conditions de projection étaient, elles, souvent hasardeuses ! Mon père, pour qui le cinéma n’a jamais été quelque chose d’important, prit sur lui et m’emmena voir un film de deux stars que j’appréciais beaucoup : les Laurel et Hardy de la baffe transalpine, Terence Hill et Bud Spencer. Et j’étais gâté puisque j’avais droit à une double dose des deux hommes puisque dans Attention les Dégâts !, ils jouaient des sosies de riches hommes d’affaires Brésiliens. Après une ribambelle de gags lourdingues et de bagarres cartoonesques, mon père sortit de la salle affligé et moi avec l’impression d’avoir vu un chef d’œuvre du 7e art !

Quelques années plus tard, mes parents firent deux investissements majeurs : Ils s’abonnèrent à Canal + et achetèrent un magnétoscope. A ce stade, l’enfant que j’étais avait eu un de ses premiers coups de cœur cinématographique avec la trilogie Star Wars. Là-dessus, on ne peut pas dire que je faisais preuve d’esprit de contradiction ! Je parvins ainsi à enregistrer Le Retour du Jedi sur VHS. Sa vision devint un événement incontournable, et répété quasiment à l’infini, à chaque fois que mes amis passaient par chez moi. Mais comme il fallait que je me distingue, mon affection se porta moins sur Luke, Leia et les siens mais sur l’Empereur Palpatine. Mon intérêt pour un tel personnage ne manqua pas d’interpeller ma mère qui devait s’inquiéter par rapport aux valeurs que son rejeton était en train d’adopter. Encore aujourd’hui, je reste fasciné par ce personnage de vieillard mystique cachant son jeu sous une apparence frêle. Evidemment, la prestation vénéneuse de Ian McDiarmid, la musique grandiose de John Williams et la direction artistique générale de la salle du trône influencèrent grandement ce jugement.       

Durant la même période, j’eus ma première rencontre avec le cinéma asiatique. Durant les vacances scolaires, je passais une partie d’entre elles chez mes grands-parents. Évidemment, les activités étaient réduites et la télévision occupait une bonne partie du temps. En plus d’émissions excitantes comme Des Chiffres et des Lettres et autres La Chance aux Chansons, il y avait la possibilité de temps en temps de regarder des films. Berlusconi venait d’arriver et la Cinq inondait le paysage télévisuel d’œuvres d’exploitation en tous genres et de toutes provenances. Cela me fait mal de le dire mais je dois donc une fière chandelle à Bunga Bunga pour mon édification cinématographique ! Un soir, je pus ainsi voir Le Roi du Kung Fu Attaque de Jimmy Wang Yu. L’œuvre me fit forte impression ! L’idée de devenir plus fort en brulant les nerfs de sa main m’apparut comme géniale (heureusement pour moi, je ne l’ai jamais mise en pratique !) et certains des adversaires du boxeur manchot, comme ces lamas du Tibet capables de doubler de volume, me marquèrent durablement. La qualité indéniable du spectacle qui se déroulait devant mes yeux fut confirmée par la remarque de ma grand-mère : « mais quelles bêtises es-tu en train de regarder ? ». Assurément, un gage de qualité ! 

Cette volonté d’aller à l’encontre des gouts mainstream, ou en tout cas en opposition aux gens qui m’entouraient, a continué à se manifester régulièrement durant mon enfance. Quand, en tant que membre du fan-club Musclor, j’eus l’opportunité d’aller à l’avant-première du Maitres de l’Univers de Gary Goddard, j’y passais un très bon moment. Encore aujourd’hui, je continue à faire l’apologie de la performance de Frank Langella dans le rôle de Skeletor. Bon, je passe désormais sous silence Dolph Lungdren et toutes les lamentables séquences dans la banlieue américaine… Comme quoi, on gagne un peu en sagesse avec l’âge ! De même, là où tout le monde aime à se moquer de Howard le Canard (beaucoup sans l’avoir vu !), je me suis toujours éclaté devant, me régalant des multiples jeux de mots autour de la volaille et l’incroyable travail de Phil Tippett pour animer le grand souverain noir de l’univers !    

En dehors du Roi du Kung Fu Attaque, on ne peut pas dire que le cinéma asiatique ait eu un gros impact sur ma découverte enfantine du cinéma. Etant de la génération Club Dorothée, j’étais davantage plongé dans l’univers de la japanimation ou des jeux vidéo que celui des multiples cinémas venant d’Asie. Reste que c’est probablement à nouveau cet esprit de contradiction, jumelé à une curiosité croissante pour les points de vue culturels différents, qui me poussa, dans la seconde moitié des années 1990, à m’orienter vers ce cinéma. Les sorties HK Vidéo de l’époque me permirent d’entamer ce processus et de tomber amoureux du cinéma de Hong Kong. Et, une fois le doigt mit dans l’engrenage, il n’y eut plus d’échappatoire. 

Et aujourd’hui, je dois à cette découverte une partie de ma vie. Serais-je devenu résident de Hong Kong si je n’avais pas croisé le chemin de John Woo, Tsui Hark, Lau Kar-leung et autres Tony Liu ? Aurais-je rencontré certains excellents amis sans cette passion ? Très probablement, non. Et ce sont des choses essentielles pour moi. Le plaisir éprouvé lors de la vision d’un film est évidemment essentiel mais les effets secondaires, les a cotés découlant de cet intérêt, sont autant, si ce n’est plus, important pour moi. 

Le cinéma m’a ici servi de porte d’accès vers une autre culture, un autre mode de vie qui est devenu, partiellement, le mien. Et encore aujourd’hui, le cinéma continue de me servir de porte d’accès vers des cultures qui ne m’étaient pas familières, de moyen de comprendre le monde et de motivations pour enrichir mes connaissances des différents hommes qui peuplent notre globe. En cela, je peux sans exagération dire que le cinéma a changé ma vie ! 

Encore récemment, quand j’interviewais un célèbre réalisateur hong kongais, celui-ci me demandait pourquoi j’étais venu vivre à Hong Kong. Je lui répondis que c’était à cause de lui et de ces films. Il éclata de rire, ne me prenant évidemment pas au sérieux. Et pourtant, il avait tort car c’était vrai. 

On pourrait s’interroger si la volonté de s’opposer à une certaine vision culturelle majoritaire est une bonne façon de construire sa propre éducation, à quelque niveau que ce soit. Mais, dans mon cas, je suis heureux de l’avoir fait. 

Arnaud Lanuque

Propos recueillis par Yoan Orszulik, vous pouvez retrouver Arnaud Lanuque via sa chaine YouTube La maison du cinéma asiatique, ainsi que sur Instagram et Facebook.

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