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Shin Godzilla – Critique

Après avoir été programmé lors de la soirée de clôture du PIFFF de 2017, Shin Godzilla fait son grand retour dans une salle de cinéma française lors de la prochaine édition du festival lyonnais Hallucinations Collectives. L’occasion était trop belle de publier cette critique afin de vous inciter à venir (re)découvrir ce chef-d’œuvre du kaiju eiga lors de sa prochaine diffusion sur un écran géant fidèle à la démesure de ce titan.

Shin Godzilla (renommé Godzilla Resurgence l’internationale) est le troisième reboot japonais de la célèbre franchise de la Toho, après celui de 1984 (ère Heisei) et 1999 (ère Millénium). Derrière la caméra de cette relecture, on retrouve le géant Hideaki Anno (Evangelion) associé à Shinji Higuchi (le film live L’Attaque des Titans). Au Japon, cette nouvelle mouture sans commune mesure à été un énorme succès. C’est en toute logique qu’il a ainsi glané six Academy Prize, (équivalent des Oscars) dont celui de la meilleure réalisation et du meilleur film, et non satisfait de ces seuls prix, il a également reçu le Blue Ribbon Award du meilleur film. Avec une telle reconnaissance au pays du soleil levant, il est incroyable qu’il n’ait pas eu les honneurs d’une sortie en salle sur notre territoire. Fort heureusement, une future sortie en support physique est enfin dans les tuyaux. Mais qu’en est-il de cette relecture moderne du mythe ? Pour ne pas faciliter les choses, faire renaître Godzilla sans faire du réchauffé n’est pas une mince affaire. D’autant que le Godzilla de Gareth Edwards, dans le cadre du MonsterVerse, est passé par là. Pour contrer cela le tandem AnnoHigushi a tenté le tout pour le tout en réalisant un ravalement de façade particulièrement impressionnant, tout en gardant l’essence même du film original et de l’esprit d’une licence prolifique. Higushi ayant travaillé sur le reboot de 1984 (Le Retour de Godzilla), en tant qu’assistant pour recréer Godzilla, il s’est habilement servi de cette expérience pour cette nouvelle relecture, en se chargeant du nouveau design du roi des kaiju et de la réalisation des VFX. Hideaki Anno se chargeant de la mise en scène.

Ce qui frappe en premier lieu c’est bien évidemment le design évolutif de Godzilla. Ici, le roi des monstres est en constante mutation (en trois phases pour être précis), telle une masse rocheuse en fusion qui se transforme constamment avant d’atteindre sa forme finale qui culmine à 118 mètres de haut (soit 10 mètres de plus que la version de Gareth Edwards). Cette métamorphose impacte Godzilla à un tel point qu’on pourrait croire qu’il en souffre intérieurement. De ce fait, ses difficultés pour se mouvoir et les catastrophes que cela occasionne paraissent plutôt comme des dommages collatéraux qu’une intention première de tout détruire. Cette origine mutante rappelle d’ailleurs un certain adversaire issu du bestiaire de la franchise : Destroyah, apparu en 1995 dans Godzilla vs Destroyah de Takao Okawara (également auteur du reboot de 1999). Ces modifications apportent un vent de fraicheur dans les facultés du monstre mythique, que ce soit dans les lasers qu’il peut tirer, mais également dans le changement de couleur du désormais célèbre souffle atomique. 

Au-delà de l’icône populaire, fière de ses soixante ans d’histoire, son image est désormais indissociable de son symbolisme premier : le nucléaire. Là où le film d’Ishiro Honda était une allégorie des armes nucléaire et des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, le point de vue d’Hideaki Anno est quant à lui beaucoup plus actuel. Bien qu’il garde l’approche effrayante de Godzilla (d’où le design terrifiant et bien plus menaçant apporté par Shinji Higuchi), la métaphore de Shin Godzilla fait référence à l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi ainsi qu’au tremblement de terre et au tsunami de Tōhoku qui a eu lieu en amont de la catastrophe. Les cinéastes le font à de multiples reprises, que ce soit via les scènes de destruction et les nombreuses montagnes de débris ainsi que par les scènes de panique ou encore au travers de la contamination radioactive laissée par le passage destructeur de Godzilla. Autre exemple, l’inefficacité et la lenteur de la bureaucratie japonaise à gérer l’apparition du kaiju renvoient immédiatement à la mauvaise gestion de la crise qu’ont vécus les japonais lors de cette terrible catastrophe de 2011, ainsi que dans l’écho occasionné à l’international.

Au-delà de son caractère satirique, Shin Godzilla est en plus très impressionnant dans l’intégralité de sa direction artistique. Il atteint même un paroxysme rarement atteint au sein de la licence, et même dans une production japonaise moderne, grâce notamment au soin apporté par la fusion du numérique et du tokusatsu. Un choix intelligent qui a su combiner à merveille le meilleur des deux procédés afin de servir parfaitement la puissance et l’invincibilité d’un Godzilla déifié. Les plans d’ensemble sur les villes dévastées (marque iconique de la franchise), conjugués à certaines séquences filmées à l’échelle humaine, qui joue constamment sur les perspectives, participent pleinement à créer une œuvre à l’ampleur démentielle. Comble du bonheur, les plus nostalgiques d’entre nous auront le plaisir de réentendre à nouveau le cri originel. Godzilla n’est, une fois encore, pas prêt de perdre son titre de roi des monstres. Longue vie à Godzilla !

Summary
Shin Godzilla est incontestablement le meilleur reboot (remake ?) japonais du film éponyme d'Ishiro Honda. Le tandem Hideaki Anno et Shinji Higuchi a su se réapproprier intelligemment les codes du Godzilla originel en les transposant à notre époque contemporaine, tout en gardant sa puissance mythologique et symbolique. Hideaki Anno et Shinji Higuchi ont réussi le pari fou de ressusciter le roi des monstres avec la même ferveur et la même saveur que le film d'Ishiro Honda, tout en l’adaptant à notre époque. Chef d'œuvre !
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