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Sans un bruit 2 – Critique

Repoussé pendant plus d’un an suite à la pandémie de Covid-19, Sans un bruit 2 débarque dans les salles, précédé d’excellents échos de la part de William Friedkin et Edgar Wright, doublés d’un excellent score au box office américain. À l’arrivée, une suite dans la lignée de son attachant prédécesseur, dans ses qualités comme dans ses défauts, qui en font une anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Explications. 

En avril 2018, Paramount annonce une suite à Sans un bruit qui a rapporté plus de 188 millions de dollars sur le seul territoire américain, pour un budget de 17 millions. Dans un premier temps le duo Scott Beck-Bryan Woods ne souhaite pas rempiler à l’écriture. Sceptique, John Krasinski, n’est également pas partant pour rempiler, estimant que le 1er volet était un « one shot » se suffisant à lui-même. Il conseille au studio de démarcher une autre équipe. Contre toute attente, Paramount rejette la majorité des propositions extérieures, estimant qu’elles étaient trop orientées vers une logique de franchise. Finalement Krasinski fait savoir qu’il a une idée pour la suite et se lance dans la rédaction du scénario en août 2018, avant que son retour à la réalisation ne soit officialisé en février 2019 pour un tournage prévu en Juin de la même année. Si l’excellent compositeur Marco Beltrami et le superviseur des effets visuels Scott Farrar sont à nouveau de la partie, Polly Morgan (la série Légion) prend la relève de Charlotte Bruus Christensen à la photographie. Jess Gonchor, fidèle collaborateur des frères Coen, se charge des décors, tandis que Michael P. Shawver, monteur attitré de Ryan Coogler, rejoint également l’équipe. Côté casting, Cillian Murphy et Djimon Hounsou comptent parmi les nouveaux venus. Doté d’un budget de 61 millions de dollars, Sans un bruit 2 se veut d’être une suite bien plus imposante que son prédécesseur, comme l’atteste un spectaculaire flashback montrant la 1ère attaque des créatures. Une séquence sous forte influence de La Guerre des mondes de Steven Spielberg, que Krasinski parvient à se réapproprier intelligemment en adoptant la perception de Regan Abbott (Millicent Simmonds) et le décalage sonore qui en découle. Un vrai petit morceau de bravoure qui annonce la volonté du réalisateur d’orienter cette suite vers l’action, délaissant l’horreur à la manière de la franchise Alien, dont s’inspirait déjà le 1er opus. Ayant visiblement retenu la leçon de James Cameron sur Aliens, Krasinski va partir d’éléments similaires fonctionnant comme miroir au 1er film : l’épicerie, l’attention portée au silence, les pièges au sol…  pour permettre au spectateur d’adhérer à de nouveaux partis pris.

Prenant place juste après les évènements du 1er opus, Sans un bruit 2 est conçu comme le deuxième acte d’une seule et même histoire. Une démarche anachronique, à l’heure où les univers partagés ne prennent plus la peine de construire un minimum de cohérence avec les oeuvres antérieures. Un anachronisme qui imprègne également le fantastique. Si le design « cloverfieldien » des créatures s’avère toujours problématique, le réalisateur parvient à contourner cet obstacle. Krasinski conserve l’aura mystérieuse de ces dernières, tout en les iconisant durant les scènes d’action. À l’instar de certains classiques du cinéma fantastique « old school », l’omniprésence de la menace est vecteur de certaines facilités narratives. Une démarche qui pourra faire bondir de nombreux spectateurs habitués à des films surécrits, mais qui témoigne de la volonté de Krasinski de renouer avec une approche dramaturgique visant l’efficacité au détriment d’une certaine rationalité. Une intention louable qui se heurte cependant à la gestion maladroite des fusils de tchekhov (serviette, pistolet…) souvent trop mis en évidence dans le cadre. Conscient que l’effet de surprise sur le silence est passé, le réalisateur va faire de ce second opus un tout nouveau exercice de style. Visiblement marqué par les travaux des soeurs Wachowski sur Cloud Atlas et Sense8, Krasinski reprend les figures de style propres à ces cinéastes pour les appliquer à son film d’action horrifique. Si le procédé fonctionne de manière plus didactique et moins organique que chez les Wachowski, le cinéaste a compris que l’impact de ce procédé reposait avant tout sur la connexion émotionnelle des personnages. Une émulation collective particulièrement communicative, jouant sur la confiance que porte le réalisateur envers son découpage, tandis que la chanson Beyond the Sea de Bobby Darin apparait comme un point de convergence similaire au Sextet de Cloud Atlas et à What’s Up dans Sense8. Une approche couillue, à laquelle s’ajoute l’utilisation élégante du 2:35 dévoilant avec parcimonie un univers plus vaste. Le cinéaste poursuivant l’approche du 1er volet sur le hors champ sonore, tout en jouant ingénieusement sur le flou lors d’une scène dans un wagon abandonné.

Comme chez son prédécesseur, l’accent est mis sur les personnages. Actrice sous exploitée, dont on pouvait sentir tout le potentiel au sein d’un film d’action dans Edge of Tomorrow, Emily Blunt trouvait enfin dans Sans un bruit, un rôle à sa mesure déployant une sensibilité à la Meryl Streep doublée d’un tempérament frondeur hérité de Sigourney Weaver. Le final du précédent volet appuyant la parenté avec Ellen Ripley, jusque dans sa dimension maternelle. Si ce second opus permet à Blunt de montrer son talent, le cinéaste prend le parti de faire de Regan, brillamment interprétée par Millicent Simmonds, l’héroïne du film. Loin de sombrer dans l’infantilisation, Krasinski opte pour une approche à la hauteur de son personnage formant avec Emmett (l’excellent Cillian Murphy, dans un rôle similaire à celui de 28 jours plus tard), un véritable duo errant dans un monde hostile. Au point que Sans un bruit 2 apparait comme une adaptation officieuse du jeu vidéo The Last of Us. Autant d’éléments qui finissent de rendre l’ensemble attachant, faisant de ce diptyque, un parfait complément au reboot de La planète des singes. À savoir une saga pas exempte de défauts, mais portée par une approche artisanale, soucieuse du travail bien fait, de construire des personnages mémorables et des scènes qui imprègnent la rétine. Le minium syndical qui devrait être la base de n’importe quel film. 

Summary
Continuant sur la lancée de son prédécesseur, Sans un bruit 2 s’avère une suite honorable faisant évoluer son univers en tirant le meilleur parti de ses personnages. Une oeuvre fragile mais attachante, qui en fait une petite anomalie dans le paysage cinématographique actuel. Reste à savoir si le 3ème opus confirmera cette belle lancée.
3.5

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