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20 ans après sa dernière tentative, l’acteur-star Donnie Yen repasse derrière la caméra pour mettre en scène Sakra, une adaptation d’une petite partie du roman Demi-dieux et semi-démons de Louis Cha. Un wu xia pian fragile, tantôt exaltant, tantôt agaçant, mais surtout un wu xia pian anachronique. Ce qui fait presque tout son charme.

Avec près de 80 longs métrages à son actif, dont quelques énormes productions américaines, étalés sur presque 40 ans de carrière, Donnie Yen s’est imposé comme la plus grande star internationale du cinéma d’action juste derrière Jackie Chan. Il faut dire qu’il était présent pour des films importants, qui ont imprimé le genre et l’ont même parfois révolutionné, de Tiger Cage à SPL, en passant par La Secte du lotus blanc, Iron Monkey, Blade II, Hero ou Ip Man. Un acteur hors du commun et qui, même s’il tente de s’imposer dans des rôles purement dramatiques ces dernières années, est le prototype parfait de l’action hero. Un corps d’athlète, une gueule sympa, un charisme naturel à faire gueuler des stades et surtout, des capacités martiales tout bonnement exceptionnelles. Quelque chose qu’a très bien compris le maître Yuen Woo-ping quand il lui a offert son premier rôle dans Drunken Tai Chi en 1984, le premier film d’une collaboration aussi longue que cohérente. Au fil des films et des rencontres, Donnie Yen s’est également imposé comme un chorégraphe/action director talentueux (Tiger Cage, Wing Chun, SPL, Swordsmen ou Raging Fire, entre autres) et a logiquement nourri des velléités de réalisateur. En 1997, il met en scène son premier film, le sympathique Legend of the Wolf, et il remet le couvert l’année suivante avec Ballistic Kiss et Shanghai Affairs. Puis on le retrouve en 2004 derrière la caméra pour la comédie Protege de la Rose Noire, co-réalisée avec Barbara Wong, et qui mettait en scène les têtards de l’époque : Ekin Cheng, Gillian Chung et Charlene Choi, avec lesquels Donnie Yen avait travaillé l’année précédente sur The Twins Effect de Dante Lam. Et puis plus rien. Pendant une bonne vingtaine d’années, Donnie Yen s’est concentré sur son métier d’acteur, tout en s’impliquant en réalisant d’imposantes scènes d’action, et en produisant également des projets qui lui tenaient à coeur. Jusqu’à Sakra donc, une adaptation de Demi-dieux et semi-démons, une des oeuvres majeures du wu xia en littérature, offerte à Donnie par le producteur Wong Jing, toujours dans les bons coups (et dans les mauvais aussi). Il s’agit à la base d’un roman assez colossal, dont la traduction française avoisine les 2300 pages, adapté à plusieurs reprises à la TV et au cinéma, comme par exemple avec The Battle Wizard, une production de la Shaw Brothers de 1977. Louis Cha a beau être considéré comme le pape du wu xia moderne, ses romans sont tellement riches que les adaptations souffrent souvent du même problème, à savoir un gigantesque bordel narratif qui ne parvient jamais à rendre hommage à l’oeuvre originale. Et ce même quand les films sont réussis, qu’il s’agisse de Swordsman 2, Les Cendres du temps ou les Royal Tramp. Malheureusement, Sakra ne fera pas exception à la règle.

Pour son adaptation, Donnie Yen s’est entouré d’un pool de scénaristes (6 crédités) qui se sont concentrés sur un seul personnage, parmi les 3 principaux que compte le roman, à savoir Qiao Feng, le leader déchu du gang des mendiants sous la dynastie Song. Un rôle principal que Donnie Yen s’est attribué, ayant l’appui de son co-réalisateur Kam Ka-wai, assistant sur les deux premiers films de la saga Ip Man et qui avait dirigé Donnie Yen dans la comédie d’action Big Brother en 2018. Pendant un peu plus de 2 heures, on va suivre un récit finalement assez classique du genre wu xia, avec un héros très noble qui va vivre un certain nombre d’aventures afin de laver son honneur et se venger, des trahisons dans tous les sens entre différentes familles et différents clans, des romances très pures, des tragédies familiales et bien sur de la bagarre. Concrètement, au niveau du récit, c’est vraiment le bazar. Pas un chaos à la Tsui Hark où tout ferait finalement sens dans un monde profondément chaotique, non. Juste un problème pas vraiment surprenant de vouloir faire rentrer à tout prix dans un récit d’à peine plus de deux heures beaucoup de trop de personnages. Sakra ressemble parfois au premier film d’une saga et cherche à poser d’innombrables pions sur l’échiquier trop étroit de son récit, de façon parfois brutale. Résultat, il n’est pas évident de tout suivre pour quiconque ne serait pas familier du roman, soit la grande majorité du public en dehors de Chine. Non seulement la durée du film est limitée, mais en plus Donnie Yen fait des choix très risqués au niveau de la narration, étirant parfois des scènes plus que de raison, à l’image de cette séquence interminable où tous les personnages réunis avec lui dans un temple vont « trinquer » avec lui avant de se foutre sur la gueule. Et ils sont nombreux. Cette volonté d’apporter de la dramaturgie à un récit à priori centré sur l’aventure et l’action ne manque pas d’audace, mais malheureusement ça ne fonctionne pas vraiment et ça appauvrit la rythmique. De la même façon, la romance un peu naïve entre le personnage de Donnie Yen et celui de Yukee Chen (Azhu) peine à fonctionner, à tel point qu’une scène extrêmement dramatique et visuellement très réussie n’a pas l’impact émotionnel qu’elle devrait avoir. C’est dommage, d’autant plus que le casting réuni est franchement bon, et que le défilé de têtes connues (Kara Hui, Yuming Du, Tsui Siu-Ming…) ne s’avère pas trop distrayant. Ceci dit, si la narration bordélique nuit à l’implication émotionnelle, Sakra est un film qui assure là où on l’attendait vraiment, à savoir l’action.

Et sur ce point, il faut reconnaitre à Donnie Yen autant son savoir-faire que sa générosité. Si depuis quelques années la plupart des wu xia pian ont enfin retenu les leçons que donnait Tsui Hark avec Legend of Zu, avec un recours massif aux effets numériques pour illustrer des pouvoirs surnaturels toujours plus impressionnants, Sakra renoue avec une approche du genre qui revient aux années 90, voire début 2000. Car en dehors de la technique des 18 paumes du dragon, même si Qiao Feng en abuse quelque peu, des petites boules de feu du moine dans la première séquence de baston, et la technique de retournement de Murong Fu, qui sont de purs effets numériques, le film est un beau festival d’arts martiaux. Mais bien dans le style de ce qui se faisait dans les années 90 et qui aura été popularisé en Occident avec Tigre et Dragon, à savoir des personnages virevoltants sur lesquels la gravité n’a que peu d’emprise. On sent bien l’héritage de Yuen Woo-ping (impossible de ne pas penser à Iron Monkey) mais le chorégraphe japonais Kenji Tanigaki (qui s’était occupé des cascades sur Ballistic Kiss de Donnie Yen dans les années 90) y apporte sa propre personnalité et son rythme des combats. Les différents affrontements possèdent ainsi cette forme un peu hybride entre la Donnie Yen action team formée à la Yuen Woo-ping pour le côté très virtuose et virevoltant, et une vitesse d’exécution et un style manga qu’affectionne particulièrement Kenji Tanigaki. Ce n’est pas pour rien si, lors d’un des derniers affrontements, on a droit à des mouvements qui viennent directement des combats de la saga Kenshin. En résultent des combats qui sont tous très réussis, mettant toujours à profit le décor et les différentes armes, avec des techniques qui traduisent parfaitement les personnages. Bien plus que le récit en lui-même. On assiste d’ailleurs à une évolution de la brutalité des combats, avec même des membres coupés, qui suit parfaitement l’évolution du personnage de Qiao Feng au fur et à mesure qu’il prend conscience de son histoire, de son héritage et donc de sa nature profonde. Et ce jusqu’à atteindre une forme de plénitude lors de son duel final, accompagnant d’ailleurs son évolution vestimentaire, de tonalités rouges bariolées vers le blanc immaculé. Un traitement qui n’est pas sans rappeler celui de Stephen Chow pour Crazy Kung Fu. Côté mise en scène, Donnie Yen assure avec un certain style bien à lui. Les scènes d’action sont toutes très lisibles, laissant les acteurs et les cascadeurs s’exprimer à travers un montage qui n’en fait jamais trop. Il se permet même quelques beaux mouvements de caméra avec toujours beaucoup de dynamisme. A ce titre, la grosse séquence du temple devrait rester dans les mémoires. Sakra étant sorti directement sur les plateformes de streaming en Chine, difficile de savoir s’il aura droit à des suites, ce qu’annonce pourtant clairement la succession de scènes de fin. En l’état, le choix d’avoir voulu trop en mettre dans ce récit le dessert considérablement, même si la promesse en termes d’action et de spectacle est plus que tenue.

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En résumé

Pour son 5ème long métrage en tant que réalisateur, Donnie Yen adapte difficilement un monument du wu xia. La narration fait des choix douteux qui rendent le récit franchement bordélique, mais il se rattrape par la qualité et la générosité de ses scènes d'action, avec des combats hybrides qui en mettent plein les yeux et rappellent les glorieuses années 90 à Hong Kong.
6
10

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Auteur

Gigantesque blaireau qui écrit des papiers de 50000 signes absolument illisibles de beaufitude et d'illettrisme, d'après Vincent Malausa.

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