Close

Login

Close

Register

Close

Lost Password

21 ans après Open Range, Kevin Costner fait son grand retour à la réalisation avec le 1er chapitre de Horizon : une saga américaine, présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes. Malheureusement, ce retour de Costner derrière la caméra est une grande déception, d’autant plus surprenante que le résultat s’avère antinomique avec la profession de foi qui animait autrefois le réalisateur de Danse avec les loups. 

La démarche de Kevin Costner avec Horizon force le respect. L’ancienne star revenue sur le devant de la scène, d’abord avec son rôle de Jonathan Kent chez Zack Snyder, puis avec le carton de la série Yellowstone de Taylor Sheridan et John Linson, a investi sa propre fortune et risqué l’endettement dans cette fresque qui lui tenait à coeur. Une démarche analogue à celle de Francis Ford Coppola sur Megalopolis, d’autant plus admirable qu’elle s’impose de facto comme une prise  de risque vis-à-vis d’une industrie Hollywoodienne mortifère. Un retour d’autant plus prometteur que l’acteur-réalisateur a réuni, devant et derrière la caméra, de nombreux membres de sa famille de cinéma avec lesquels il n’avait pas tourné depuis deux décennies. Le chef opérateur, et ancien réalisateur de Street Trash, J. Michael Muro, le monteur Miklos Wright, ainsi que les interprètes Jena Malone, Will Patton, Michael Angarano, etc. Autant de facteurs témoignant de la fidélité de Costner, doublée d’un vrai désir de cinéma, d’autant plus excitant que le réalisateur d’Open Range souhaitait faire d’Horizon : une saga américaine une fresque centrée sur un groupe de personnages féminins. Une note d’intention prenant le contrepied de l’image d’Epinal masculine encore associée aujourd’hui au Western, même si le genre à offert par le passé quelques personnages féminins marquants: Pearl Chavez (Jennifer Jones) dans Duel au Soleil, Jill McBain (Claudia Cardinale) dans Il était une fois dans l’Ouest, Ellen (Sharon Stone) dans Mort ou Vif, etc. Bien que tout soit réuni pour que le cinéaste de Danse avec les loups acte définitivement son grand retour, le résultat à l’écran s’avère proportionnellement inverse aux espoirs suscités par l’ambition du projet. Cependant loin de s’écrouler sur son propre poids, comme le Megalopolis de Coppola, l’échec artistique de ce 1er volet est à chercher vers l’orientation du cinéaste pour les nouvelles conventions dramaturgiques contemporaines. Au début, Horizon semble au contraire prendre le contrepied de l’indigence à l’oeuvre dans les grosses franchises du moment, à tel point que l’apparition du logo New Line Cinema des 90s peut faire figure de note d’intention anachronique. Qu’il s’agisse de la photographie ou de la direction artistique, tout transpire l’amour du 7ème art et du Western. Costner et son équipe offrent même de nombreux tableaux traduisant à merveille l’iconographie picturale du Far West et ses mythes. La scène clé ouvrant les hostilités, l’attaque nocturne d’un village par des indiens, permet au réalisateur de multiplier les enjeux scénographiques, et de démontrer à nouveau sa faculté à orchestrer un vrai morceau de bravoure reposant sur l’intelligence des cadres et du montage. Une scène efficace, l’une des rares que compte un long métrage particulièrement problématique dans sa dramaturgie.

Bien qu’Horizon bénéficie d’une facture technique qui surclasse aisément le reste du Hollywood contemporain, l’ensemble s’avère au final parfaitement soluble dans la triste norme actuelle. Les 3 heures de ce 1er chapitre se réduisent à l’introduction d’une multitude de personnages. Les diverses héroïnes, des indiens, des chasseurs de primes, ou encore des membres de l’Union Army. Cependant loin d’entrecroiser ces diverses lignes narratives pour former un tout organique, d’où se dégageraient des enjeux narratifs et émotionnels qui évolueraient au cour du récit, menant à une conclusion même provisoire, Kevin Costner et son co-scénariste Jon S. Baird optent pour l’exact opposé. Le duo se contente d’introduire de manière très sommaire des personnages, avant de les mettre de côté, pour en introduire de nouveaux, reproduisant ce schéma tout au long du film. La plupart des protagonistes étant appelés à être développés dans les opus ultérieurs. Costner se contente d’appliquer une formule héritée du Marvel Cinematic Universe et de certains films et séries visibles sur les plateformes, où l’enjeu n’est défini qu’à postériori afin de maintenir le spectateur en haleine. À l’instar de ces exemples, Horizon n’est malheureusement rien d’autre qu’une introduction de l’introduction. À cela vient s’ajouter le problème de la caractérisation des personnages. La majorité d’entre eux sont réduits à une caractérisation unilatérale, débouchant sur une absence totale de conflits et d’évolutions psychologiques, qui entraine le refus de raconter une histoire. Horizon : une saga américaine donne l’impression de voir des personnages réduits à l’état de clichés se déplacer d’un point à un autre, sans jamais être confrontés à des enjeux qui vont les faire évoluer ou remettre en question. Un élément qui va de facto impacter la mise en scène, qui en dehors de quelques fulgurances va s’avérer purement illustrative et fonctionnelle, au regard des précédents travaux du cinéaste. À chaque fois qu’une amorce d’enjeu se dessine, notamment sur des thématiques potentiellement subversives : la violence faite aux femmes, l’aspect scabreux des chasseurs de primes, un effet miroir entre un garçon blanc et un jeune indien, etc. Costner détourne automatiquement son regard de cinéaste. Un parti pris surprenant, frôlant l’autocensure, qui témoigne du refus du réalisateur d’aborder, frontalement ou par la suggestion, les pages sombres de l’histoire américaine, ce qu’il avait pourtant fait avec Danse avec les loups.

Autant d’éléments qui rapprochent fortement la démarche de Kevin Costner de celle de Denis Villeneuve sur ses derniers longs métrages, le diptyque Dune en tête. À tel point que ce 1er chapitre de Horizon procure la douloureuse sensation de voir le cinéaste de Blade Runner 2049 s’emparer du western, pour y appliquer son traitement refusant toute implication émotionnelle d’ou découlerait une réflexion sur les récits archétypaux qu’il convoque. À l’instar d’Alex Garland sur Civil War, Costner semble se plier aux nouveaux codes popularisés par le cinéaste le plus adulé du moment, au point de livrer une oeuvre antithétique avec les aspirations artistiques qui le guidaient jusque là. C’est justement cet aspect antinomique avec Danse avec les loups ou Open Range qui fait ressortir de manière frontale l’échec artistique de ce 1er volet d’Horizon. Les codes du MCU et de Denis Villeneuve étant indissociables de leurs créateurs, vouloir les transposer tels quels ailleurs en fait immédiatement ressortir l’aspect artificiel sur l’oeuvre. En plaquant cette approche dévitalisée sur son style humaniste, hérité de Ford, Stevens, et d’autres grands noms de l’âge d’or du Western américain, Costner livre malgré lui la caricature de son cinéma qu’il avait évité sur ses titres de gloire. Le Far West d’Horizon est pratiquement idyllique, et les nobles sentiments, faute de consistance dramaturgique, s’avèrent vide de sens. La présence d’un long teaser annonçant de futurs évènements à venir conclut, avec amertume et tristesse, la sensation d’avoir vu le 1er épisode d’une mauvaise mini-série de luxe, et non le film qu’on attend d’un conteur tel que Kevin Costner

Si tu aimes, partage !

Acheter le film :

En résumé

En dépit d’un joli vernis visuel et de rares éclats, Horizon : une saga américaine est une déception à la mesure de l’attente qu’il suscitait. Kevin Costner se plie aux conventions narratives à la mode, au point de livrer une oeuvre en totale contradiction avec ce qui faisait la richesse de son cinéma. En espérant que la suite relève le niveau, ce qui est malheureusement loin d’être gagné.
4
10

Partagez cet article

Auteur

Rédacteur pour Monsieur Bobine et Furyosa. Co-auteur de "L'oeuvre des Wachowski - La matrice d'un art social" chez Third Editions.

A lire également

Dernières news