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Godzilla – Critique

16 ans après une piètre tentative signée Roland Emmerich d’américaniser le roi des kaijus, Godzilla est de retour au pays de l’oncle Sam. L’objectif est double, redorer le blason du monstre mythique dans sa version occidentale et lancer une franchise par la même occasion : le MonsterVerse.

Afin de réaliser cet objectif, c’est au réalisateur Gareth Edwards qu’est confiée la lourde tâche. Une mission périlleuse de prime abord, mais encourageante à la vue des nombreux teasers et de son remarquable essai avec son premier long-métrage : Monsters. C’est avec une introduction, rappelant Jurassic Park de Steven Spielberg, que le film démarre sur une île de l’archipel des Philippines, puis sur la terre natale du roi des monstres, le Japon avant de « l’attirer » aux États-Unis. Un retour aux sources respectueux aux allures d’hommage à la légendaire saga et ses origines, qui donne rapidement des signes de confiance à cette relecture du mythe. L’occasion pour le metteur en scène de réveiller les douloureux souvenirs, pourtant si proches, de la catastrophe de Fukushima. Une touche moderne et tragique qui amène de la consistance dès l’introduction du récit, tout en se réappropriant la réflexion sur le danger du nucléaire qui fait partie de l’histoire des Godzilla.

Gareth Edwards et ses scénaristes prennent le temps d’installer les différents enjeux et ses personnages avant de nous dévoiler pleinement le personnage titre, préférant le dévoiler petit à petit et sur des temps assez courts. Un choix qui a fait hurler les spectateurs avides et impatients qui se contentent seulement de sensations fortes. Un parti pris qui s’avère assez identique à l’œuvre originale et fait écho au cinéma de Steven Spielberg, qui est une influence claire. Une méthode narrative très proche du premier blockbuster de l’histoire du cinéma : Les Dents de la Mer. Celle-ci peut être résumée par : introduire la créature détail par détail avant de nous la présenter dans toute sa splendeur. Mais ce n’est bien évidemment pas la seule référence au film du maître américain. On peut noter encore : l’apparition de la crête dorsale de Godzilla lorsqu’il nage à la surface de la mer, le nom de famille des personnages principaux (les Brody) ou encore au travers de la conclusion du film qui se fait sur un petit bateau de pêche. Afin de nourrir l’appétit des fans de la créature et du kaiju eiga, plusieurs éléments sont disséminés sous forme de clin d’œil, comme l’étiquette Mothra sur un aquarium. Des petits détails en forme de mises en bouche qui montent crescendo avant de dévoiler brièvement le roi des monstres dans un rapide pano vertical ponctué d’un cri revisité. Frisson d’émoi garanti !

Hormis la grande beauté du monstre éponyme, la mise en scène globale de cette nouvelle mouture de Godzilla est également une réussite. Une réalisation qui diffère et se démarque totalement d’une majeure partie des blockbusters modernes. La quasi-intégralité du récit est filmée à petite échelle ou à hauteur d’homme, l’intention du cinéaste étant de s’attarder le plus possible du point de vue humain et de l’impact créé par l’irruption des titans dans la « petitesse » de notre civilisation. Bien que Godzilla occasionne des dommages collatéraux dès qu’il émerge des profondeurs (tsunami qui rappelle celui du 26 décembre 2004 en Thaïlande) ce sont bien les nouvelles créatures (les M.U.T.O.) qui sont les plus dévastatrices. Godzilla incarne ici le rôle de défenseur de la nature, non pas comme dans l’œuvre originale, mais comme ce qu’il est dans la majeure partie des films de la saga. Une autre qualité à souligner de ce Godzilla 2014, c’est bien sa direction artistique. Notamment quand il s’agit d’illustrer avec beauté les ravages de la destruction, qui sont pour certains d’entre eux de véritables tableaux apocalyptiques.

Seul bémol a noter dans ce premier film du MonsterVerse, c’est l’écriture d’une poignée de personnages qui sont essentiellement cantonnés à subir l’action, plutôt qu’à en être acteurs. C’est notamment le cas du Lieutenant Ford Brody (Aaron Taylor-Johnson) qui parviendra uniquement à faire transparaitre une certaine émotion communicative lors d’un échange de regards avec Godzilla. Une situation qui rappelle fortement le cinéma d’Hayao Miyazaki. Seuls deux personnages et/ou acteurs outrepassent cette fonction. Bryan Cranston, bien évidemment, donne corps et âme au personnage de Joseph Brody qui est en quête de réponses sur la catastrophe nucléaire introductive ou encore celui de docteur Ishiro Serizawa (Ken Watanabe) qui au-delà des références de son nom et prénom est une incarnation moderne des scientifiques qui ont marqués la saga japonaise. 

Enfin, après s’être amusé de notre patience tout en faisant monter la tension durant les trois quarts du film, Gareth Edwards termine le film en apothéose. Dans un final où le cinéaste laisse libre cours à la force spectaculaire de ses monstres. Le point culminant étant un Godzilla iconisé, montrant l’étendue de sa puissance avant de nous quitter sous « l’œil » d’un cinéaste empli de respect et de considération pour sa « créature ». Oui, l’affront de 1998 est lavé et le blason de Godzilla, sur le sol américain, redoré le temps d’un seul film du MonsterVerse. Rien que pour cela, merci Gareth Edwards !

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