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Copshop – Critique

Arrivé discrètement sur Amazon Prime Vidéo, le dernier né de Joe Carnahan ne déroge pas à la règle régissant ses films depuis 10 ans : il sort dans une indifférence quasi totale. D’autant plus que cette fois, l’absence de final cut du réalisateur l’aura poussé à rester en retrait de la maigre promotion tandis que Frank Grillo n’a pas hésité à gueuler sur un résultat qui le dessert grandement.

Après de nombreux projets qui se sont cassés la gueule pour diverses raisons, Joe Carnahan a enfin réussi à de nouveau réaliser des films. D’abord le très attachant Boss Level, dont la sortie a été attendue pendant une éternité, puis ce Copshop, dont le peu de promotion est apparue à quelques semaines seulement de la sortie américaine. Un mauvais signe évidemment, d’autant plus que très rapidementFrank Grillo s’est exprimé en disant que sa prestation dans le résultat final ne ressemblait en rien à ce qu’il a livré au tournage et qui était visible dans le « montage de Joe Carnahan ». Caprice ou constat d’un véritable sabotage ? En voyant la chose, difficile de blâmer l’acteur dont le rôle est réduit à peau de chagrin face à celui de Gerard Butler. Pour autant, est-ce que tout est à jeter dans ce huis clos carpenterien que Carnahan a écrit avec Kurt McLeod et Mark Williams ? Assurément non, mais il faut bien avouer que le résultat est rageant tant son immense potentiel est gâché par des choix narratifs douteux.

En effet, Copshop, c’est avant tout une promesse. Celle de faire s’affronter dans un décor unique, un petit commissariat, deux des action heroes les plus sympathiques du moment :Gerard Butler et Frank Grillo. Le tout dans un mélange entre le sérieux et oppressant issu du cinéma de John Carpenter façon Assaut, et une approche plus « cool » qui a déjà fait ses preuves dans le cinéma de Joe Carnahan avec notamment Mi$e à prix. Un mélange qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain Quentin Tarantino jusque dans les explosions de violence et des séquences de dialogues à rallonge souvent très réjouissantes. Concrètement, Copshop serait une sorte de Rio Bravo dans lequel les personnages enfermés ensemble se détestent profondément et traité sur un ton postmoderne. Sauf que cette belle promesse n’est tenue qu’en partie, la faute essentiellement à ce montage incompréhensible qui sacrifie un personnage majeur pour faire briller les autres. Tout démarre pourtant très bien, avec une exposition qui va droit au but sans s’embarrasser de détails inutiles. Un décor de western, une iconisation immédiate du personnage de l’officier Young, un montage alterné avec ce qui ressemble à la fin d’une course-poursuite… la bande son est cool, la caméra effectue des mouvements sophistiqués sans vouloir en mettre plein la vue, et les acteurs semblent impliqués. On regrettera simplement une photo assez passable signée Juan Miguel Azpiroz. En une dizaine de minutes, à peu près l’ensemble des protagonistes a eu droit à son exposition et tout ce petit monde se retrouve dans ce qui sera le lieu unique de l’action, hors flashbacks. Et c’est là que le film devient vraiment intéressant. D’un côté on a un tueur implacable campé par Gerard Butler, sorte de variation autour d’Anton Chigurh de No Country for Old Men (lui-même clairement inspiré du Terminator), et de l’autre la figure classique de l’arnaqueur fantasque, extrêmement doué dans son truc mais qui a franchi la ligne jaune et est devenu trop gourmand, interprété par Frank Grillo. Entre eux, l’agent Valerie Young, une flic ultra badass avec un Ruger Blackhawk à la ceinture et qui brille par la prestation remarquable d’Alexis Louder. Et si le film tombe parfois dans la profusion de blabla rigolo mais qui ne fait pas vraiment avancer l’intrigue (on s’y moque du « man bun » du personnage de Teddy en le comparant au Tom Cruise du Dernier Samuraï), c’est l’action qui va rapidement et globalement prendre le dessus.

Et quand il filme de l’action, Joe Carnahan est un roi. Le tueur au grand coeur et l’arnaqueur vont multiplier les sales coups et manipulations pour espérer sortir de leur cellule et du commissariat, ce qui donne lieu à des joutes verbales savoureuses puis à une succession de gunfights assez grisants. D’autant plus qu’en introduisant le personnage de Lamb, incarné par un Toby Huss déchaîné, Copshop apporte une forme d’anarchie dans une narration assez classique bien qu’efficace. Et c’est un vrai jeu de massacre qui se met en place, avec un bodycount qui fait plaisir et une réelle inventivité dans la mise en scène pour profiter au maximum de la topographie des lieux. En véritable as du découpage,Joe Carnahan sait où il va et comment impliquer le spectateur en rendant toute action lisible et intelligible en terme d’occupation de l’espace. Dans Copshop, ça flingue à tout va, mais pas gratuitement, et cet aspect défouloir s’avère franchement plaisant. Le souci, c’est qu’en général chez Joe Carnahan, il y a tout de même un peu plus que ça. Il y a surtout des vrais personnages qui donnent une autre envergure à ses scènes d’action, et ce même dans L’agence tous risques. Ici, c’est compliqué. Le personnage de Gerard Butler, Bob Viddick, n’a de par sa nature pas besoin d’être extrêmement fouillé, et il fonctionne donc parfaitement. Celui d’Alexis Louder bénéficie d’un vrai soin d’écriture. Elle est le point d’ancrage du spectateur, à la fois extrêmement forte mais avec les failles nécessaires pour la rendre humaine. Difficile de ne pas s’y attacher, et c’est en elle qu’on retrouve le talent de Carnahan pour pondre des personnages mémorables. Le problème vient du personnage de Frank Grillo, qui est pourtant une pièce essentielle de toute la machine.

Et on comprend que l’acteur ne soit pas satisfait de ce qui reste de son personnage. Peu développé dans ce qui apparait à l’écran, il est censé être un brillant arnaqueur ici dans le rôle de cible. Sauf que tout à coup, et comme par magie, dès qu’il se retrouve avec un flingue dans la main, il se transforme en une sorte de machine à tuer redoutable. Ce revirement arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, sans aucune justification préalable (le personnage de Butler dira bien qu’on ne sait pas tout sur lui, mais c’est tout de même très fin) et rend le personnage incompréhensible. De la même façon, on nous fait ce sale coup d’un personnage qu’on voit simplement se prendre une balle et qui est laissé pour mort, pour réapparaitre en pleine forme au moment le plus opportun et ainsi faire avancer la dramaturgie comme par magie. Des points de détail en apparence qui deviennent malheureusement des problèmes majeurs tant ils viennent gripper une mécanique extrêmement bien huilée. Il y a bien sur de quoi se réjouir devant Copshop, avec une violence débridée salvatrice, des seconds rôles savoureux même s’ils allongent rapidement la liste des macchabées, un ton pulp savoureux et une Alexis Louder brillantissime qui vole la vedette à Frank Grillo et Gerard Butler avec une facilité déconcertante. Copshop a beau être un film généreux, il manque de coeur à cause de personnages sacrifiés, et c’est bien dommage car il avait tout pour être une série B très noble. En l’état c’est une série B rigolote, à la mise en scène virtuose, mais finalement très oubliable.

2.5

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