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Bradley James Allan, l’élève doué

Décédé ce 7 août 2021 à l’âge de 48 ans, le cascadeur chorégraphe Bradley James Allan laisse derrière lui un parcours éclectique, entre Asie et Occident. Un parcours qui lui aura permis de démontrer son talent auprès de grands noms du 7ème art. L’occasion de revenir sur le travail de cet artisan, méconnu du grand public, ayant façonné certains morceaux de bravoure parmi les plus marquants de ces dernières années. Hommage. 

Né le 14 Février 1973 à Melbourne en Australie, Bradley James Allan commence à pratiquer le Karaté à l’âge de 10 ans, suite aux nombreuses bagarres dont il fut victime à l’école. Passionné par le cinéma de Jackie Chan, il souhaite suivre les traces de son idole en pratiquant le Wushu auprès de Liang Chang-xing et Tang Lai-wei, deux compatriotes de Jet Li, à la Beijing Wushu Team. Dans le cadre de son cursus universitaire, il se rend à Shanghai, ce qui lui permettra de peaufiner son apprentissage des arts martiaux et du mandarin. C’est durant cette période que l’australien parvient à mettre un premier pied dans l’industrie cinématographique, via un petit rôle de passager de bus dans Drunken Master 3, suite officieuse du mythique Drunken Master 2 (Combats de maitre), mise en images par Liu Chia-Liang (La 36ème chambre de Shaolin) suite à son renvoi par Jackie Chan. De retour en Australie, Bradley James Allan s’intéresse à d’autres sports mais également à la danse, tout en travaillant pour la New Generation Stunts, l’équipe de cascadeurs la plus prestigieuse d’Australie. Cependant d’avantage attiré par la chorégraphie que par les fusillades omniprésentes dans le cinéma australien, il préfère quitter l’équipe. Sa carrière va connaître un tournant lorsque Sammo Hung débarque en Australie pour le tournage de Mister Cool avec Jackie Chan. Utilisant ses relations à la New Generation Stunts, Allan parvient à convaincre Chong Wing, le responsable des scènes d’actions, de l’engager après une démonstration. Bradley James Allan devient ainsi le premier « gweilo », étranger occidental, à intégrer la Jackie Chan Stunt Team. Montant rapidement les échelons, Allan obtient le privilège d’affronter son idole à l’écran dans la comédie romantique Gorgeous (Jackie Chan à Hong Kong). Sa prestation lui vaut de retenir l’attention des fans de l’acteur chinois, impressionnés par ses aptitudes au combat. Par la suite Allan continue d’assister son idole sur diverses productions : Rush Hour 2, les deux opus de Shanghai Kid, Le smoking… avant d’assurer son premier travail solo en coordonnant les combats du Peter Pan de P. J. Hogan. Désormais installé dans la profession, il collabore à deux reprises avec Vin Diesel sur Les Chroniques de Riddick et Baby-sittor, sur lesquels il assure à nouveau les combats. Tout en travaillant sur diverses productions comme Eragon ou Ninja Assassin, il continue d’assister Jackie Chan, en ayant désormais la charge des combats et cascades, sur New Police Story et Rush Hour 3.

La période entre la fin des années 2000 et le début des années 2010 marquera la consécration pour l’Australien. Dans un premier temps il travaille en tant que cascadeur pour Robert Zemeckis, James Cameron et Steven Spielberg, respectivement sur Le drôle de Noel de Scrooge, Avatar et Les aventures de Tintin : Le secret de la licorne. Trois expériences liées à la Performance Capture qui lui vaudront de participer à la nouvelle version de God of War sortie en 2018. C’est également durant la seconde moitié des années 2000 que le cascadeur australien fait la rencontre de Guillermo del Toro qui l’invite à s’occuper des combats de Hellboy II : Les Légions d’or maudites. Pour ce second opus des aventures du personnage imaginé par Mike Mignola, del Toro et Allan vont miser sur une approche élégante des mouvements, associée à une utilisation théâtrale de la scénographie décuplant la dimension tragique des scènes, notamment lorsque Nuada tue son père. Une collaboration payante sur le plan artistique qui poussera les deux hommes à collaborer de nouveau sur Pacific Rim. Bien que le film soit d’avantage orienté vers le gigantisme, les deux hommes profitent de l’entrainement entre Mako Mori et Raleigh Beckett pour jouer sur une dynamique visuelle où le combat est synonyme de connaissance mutuelle. Un peu à la manière de l’affrontement opposant Brigitte Lin et Maggie Cheung dans L’auberge du dragon. Le cinéaste mexicain recommande le chorégraphe australien à son comparse britannique Edgar Wright pour les besoins de Scott Pilgrim, l’adaptation du comics éponyme de Bryan Lee O’Malley. Prenant la suite des travaux opérés par John Carpenter et Jeff Imada sur Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, ainsi que par les soeurs Wachowski et Yuen Woo-ping sur la trilogie Matrix, Wright et Allan vont mêler harmonieusement diverses approches visuelles héritées du manga, du jeu vidéo et du cinéma hongkongais. On pense très fort aux travaux de Ching Siu-tung sur les productions Film Workshop de Tsui Hark. Cependant l’autre atout majeur d’Allan est d’utiliser les compétences des interprètes pour en tirer le meilleur à l’écran. Le meilleur exemple étant le passif de danseuse de Mary Elizabeth Winstead. Quelques temps plus tard, Wright et Allan refont équipe pour Le Dernier pub avant la fin du monde. L’occasion pour le chorégraphe d’utiliser le parti pris inverse de Scott Pilgrim, misant sur une approche moins gracieuse, en convoquant la boxe de l’homme ivre popularisée par Jackie Chan afin de crédibiliser les coups du duo Simon Pegg-Nick Frost, ainsi que l’utilisation ingénieuse de la scénographie à des fins comiques. Si le chorégraphe australien devait récidiver sur Ant-Man, le départ d’Edgar Wright du projet le conduira à en faire de même. Il faudra attendre quelques années pour que Bradley James Allan s’aventure dans le Marvel Cinematic Universe à l’occasion de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. Entre temps le chorégraphe australien aura entamé une autre collaboration marquante avec un autre cinéaste britannique : Matthew Vaughn. D’abord sur Kick-Ass puis sur la trilogie Kingsman. À l’instar d’Edgar Wright, Vaughn partage une vraie passion pour le cinéma hongkongais, notamment Jackie Chan. Une influence que l’on retrouve à l’écran, le combat final du deuxième volet reprenant toute l’imagerie du sabreur manchot. Cependant c’est dans des partis pris voisins d’Edgar Wright que Vaughn et Allan s’avèrent les plus justes. Notamment dans le premier opus de Kingsman en utilisant le passif de danseuse de Sofia Boutella, ou en jouant sur le côté rigide de Colin Firth notamment lors d’un plan séquence dans une église. De ces collaborations marquantes avec ces trois cinéastes, on retiendra l’envie de renouer avec une approche ludique de l’action mue par un désir commun de cinéma. Une note d’intention qui aura permis à Bradley James Allan de livrer certains passages parmi les plus marquants et exaltants de ces dernières années, démontrant qu’il était un élève particulièrement doué faisant honneur à ses glorieux modèles. 

Remerciements : Arnaud Lanuque et Matthieu Galley.

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