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Better Days – Critique

Gros succès au box office chinois, avec plus de 230 millions de dollars de recettes, lauréat de nombreux prix, notamment aux Hong Kong Film Awards, ainsi que d’une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger, Better Days de Derek Tsang reste cependant inédit chez nous. L’occasion d’un coup de projecteur sur cette oeuvre atypique, réussite miraculeuse à plus d’un titre. 

En 2016 Jiu Yue Xi publie sur internet le roman In His Youth, In Her Beauty, décrivant sur une île imaginaire le harcèlement scolaire que subit une jeune fille à l’approche d’un grand examen. Le livre attire l’attention de la productrice Yuet-Jan Hui (Swordsmen) qui se tourne vers Derek Tsang (fils d’Eric Tsang comparse du trio Jackie Chan, Sammo Hung, Yuen Biao durant leur âge d’or), qui frappé par le sujet accepte la réalisation. Ce dernier s’entoure des collaboratrices de son précédent long métrage Soul Mate. Les scénaristes Wing-Sum Lam, Yuan Li, Yi Meng Xu, la chef opératrice Jingping Yu et l’actrice Dongyu Zhou. Tandis que Honghu Liang et Yibo Zhang se chargent respectivement des décors et du montage. Wai-Fai Wong, ancien disciple de Liu Chia-Liang devenu chorégraphe sur de nombreuses productions se charge des cascades. Côté casting Jackson Yee (The Battle at Lake Changjin) rejoint la distribution avec Fang Yin (Walking past the Future), Zhou Ye (1921) et Yue Wu (Love Story By Tea). Après un tournage à Chongqing, le film, co-production entre Hong Kong et la chine continentale, va connaitre les affres d’une longue bataille avec la censure chinoise, retranscrise dans un article du Hollywood reporter. Le réalisateur devra couper des plans violents, certaines scènes sur le travail de la mère de Chen Nian, et modifier la fin en rajoutant un carton final louant les mérites du gouvernement chinois vis à vis des campagnes de prévention sur le harcèlement scolaire. En dépit des coupes, du retrait du film de la Berlinale 2019 et une absence quasi totale de promotion lors de sa sortie en Chine, Better Days connait un important bouche à oreille qui en fera un grand succès au box office local.

Le long-métrage de Derek Tsang narre le parcours de Chen Nian, une lycéenne issue d’un milieu défavorisé qui tente de se préparer pour l’examen d’État Gaokao, validant l’accès aux universités du pays. Cette dernière, qui a assisté au suicide d’une de ses camarades, est victime de harcèlement scolaire, mais sa rencontre avec Xia Bei, un jeune voleur errant dans les rues, va changer la donne. De par son sujet et son ancrage dans la réalité, le film de Derek Tsang a tout pour rejoindre les oeuvres abordant le harcèlement scolaire sous un prisme purement préventif, à l’instar de certaines de nos fictions hexagonales. Cependant c’est bien le traitement adopté par le réalisateur qui va permettre à l’ensemble de se distinguer du tout venant. La principale force de Better Days est d’épouser le point de vue de sa jeune protagoniste, à travers une approche immersive misant sur la caméra à l’épaule, les bascules de points, ou encore le grand angle et un important travail sur le sound design pour que le spectateur subisse la même angoisse que Chen Nian. Donnant lieu à d’authentiques moments anxiogènes à la lisière du film d’horreur, notamment lorsque cette dernière est pourchassée dans son immeuble par le groupe de filles la harcelant. Une approche d’autant plus payante, que le cinéaste utilise également ce parti pris pour représenter la pression subie par les élèves vis à vis de l’examen Gaokao. N’hésitant pas à réemployer des figures héritées du cinéma de propagande, notamment celui de Leni Riefenstahl, afin de retranscrire la pression subie par Chen Nian et les élèves de son établissement par des professeurs fanatisés. Ces derniers n’ayant que faire du suicide d’une élève et du harcèlement subi par Chen Nian. Une approche moins frontale que les spots de propagande à l’oeuvre dans Starship Troopers de Paul Verhoeven et qui joue d’avantage sur la symétrie des cadres, en se focalisant de nouveau sur l’isolement de sa protagoniste au sein d’une foule d’élèves indistincte. Un contraste se crée alors entre un visuel maniériste, typique du réalisme magique dans le cinéma chinois contemporain, et une violente critique sociale et politique. Grand admirateur de Wong Kar Wai, à l’origine de son amour du cinéma, Tsang réinsuffle aux figures du style caricaturées par de nombreux cinéastes contemporains, une dimension symbolique au service de la narration. Chongqing apparait comme une ville tentaculaire écrasant les protagonistes à la manière du Hong Kong des Anges déchus, que cherche à fuir Chen Nian en réussissant son examen, qu’elle voit comme son unique chance de salut. Les scènes d’interrogatoire sont l’occasion de mettre en oeuvre des douches de lumières fortement inspirées par le travail du chef opérateur américain Robert Richardson. Plus généralement la grande force de Derek Tsang est de renouer avec une mise en scène jouant ouvertement la carte de l’évocation, afin d’extrapoler les sentiments des personnages et où l’émotion prime avant tout. Une émotion rendue possible par l’excellente prestation des interprètes, Dongyu Zhou en tête. Cette dernière jouant avec aisance sur divers registres à fleur de peau allant de pair avec la pression psychologique subie par son personnage. Au delà de la violence psychologique et physique que le cinéaste filme frontalement et sans compromis, l’intelligence de Better Days se situe dans sa manière de retranscrire les mécanismes sociologiques de cette violence à travers le langage cinématographique plutôt qu’avec un discours lourdement asséné. À tel point que les origines du harcèlement de Chen Nian sont également à chercher du côté d’une discrimination sociale à l’encontre de sa mère travaillant illégalement pour subvenir à ses besoins. Une approche qui doit beaucoup au passé du cinéaste, qui avant de se lancer dans le 7ème art avait étudié la sociologie à Vancouver au Canada.

Loin de sombrer dans le misérabilisme, le film jongle également avec des passages beaucoup plus chaleureux mettant en avant la relation entre Chen Nian et le jeune délinquant Xia Bei. L’occasion pour le cinéaste de renouer avec un certain cinéma des origines, où le jeune délinquant issu d’un milieu défavorisé va redonner sa dignité à Chen. Un véritable contrepoint à la noirceur ambiante, qui confère à l’ensemble une candeur doublée d’un véritable humanisme, allant de pair avec la volonté du cinéaste d’assumer ses archétypes ayant trait au romantisme et au mélodrame. N’hésitant pas à reprendre l’archétype du jeune couple accroché l’un à l’autre sur une moto, iconisé dans L’équipée sauvage de László Benedek et repris dans de nombreux films, notamment le final des Anges déchus de Wong Kar Wai. Une réussite qui doit beaucoup au traitement accordé au personnage de Xia Bei. Ce dernier aurait pu facilement sombrer dans une caricature de bad boy romantique, et s’avère traité comme l’égal de Chen Nian, jusque dans l’événement à l’origine de leur rencontre. Deux personnages brisés par la vie dont le rapprochement débouche sur une histoire d’amour platonique. Cependant le dernier tiers du récit chamboule tout, au point que la confrontation de divers points de vue débouche sur un twist. Loin d’un effet de petit malin, ce dernier, appuyé par le travail de similarité visuelle entrepris par le cinéaste, questionne intelligemment le spectateur quant aux actions du duo. Plutôt qu’une leçon de morale, Derek Tsang propose de questionner le spectateur sur des enjeux complexes, dépassant le cadre de sa seule histoire pour toucher à des problématiques universelles, qui ne trouveront probablement pas de réponse. Le final doux amer et mélancolique, finit d’appuyer la réussite de cette oeuvre iconoclaste. Un film à mi chemin entre critique sociale et politique, récit initiatique sur la fin de l’adolescence, mélodrame romantique et thriller, que même la plus impitoyable des censures n’aura pas réussi à ternir. Une réussite majeure ayant réussi à retranscrire avec beaucoup de justesse son propos. Quiconque ayant subi l’horreur du harcèlement scolaire peut se retrouver dans Better Days, tout en dépassant son simple cadre pour toucher à des problématiques universelles et terriblement actuelles. Le tout sans jamais renier le langage du 7ème art et son champ des possibles. La marque des grands films.

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En résumé

Better Days est une réussite iconoclaste à plus d’un titre, dont les partis risqués traités avec une aisance déconcertante, s’avèrent payants envers son propos dépassant le seul cadre de son sujet. Une réussite majeure qui mérite d’être découverte par le plus grand nombre.
4.5
5
Excellent

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