Le Musée des merveilles – Critique

Critiques Films
3.5

Deux ans après Carol, Todd Haynes revient en compétition officielle sous la bannière d’Amazon Studios avec Wonderstruck, ou Le Musée des merveilles, adaptation du roman éponyme de Brian Selznick (Hugo Cabret). Le résultat final parvient à croiser harmonieusement les univers respectifs des créateurs, en concomitance avec d’autres cinéastes contemporains.

Ben (Oakes Fegley vu dans Peter et Eliott le dragon), un petit garçon passionné d’astronomie ayant perdu sa mère Elaine (Michelle Williams), part retrouver son père à New York avec pour seul indice un ouvrage sur le cabinet des curiosités (Wonderstruck en anglais). Un voyage qui s’annonce difficile pour Ben devenu sourd après avoir était frappé par la foudre. Le parcours du jeune protagoniste entre en résonance avec celui de Rose (Millicent Simmonds) une jeune sourde vivant en 1927 dont la mère (Julianne Moore) est une star du cinéma muet. Comme énoncé plus haut le nouveau film de Todd Haynes est une adaptation d’un roman de l’auteur de Hugo Cabret. Une donnée qui se ressent fortement dans le résultat convoquant les thématiques chères à Selznick. L’enfance, la perte d’un proche, l’importance du contexte socio-historique, le chevauchement entre deux époques, l’hommage au cinéma des origines et aux artistes oubliés. Autant d’éléments que l’on retrouve dans Le Musée des merveilles et qui pourraient faire craindre une pale copie du film de Martin Scorsese, d’autant que certaines scènes se répondent entre les deux films. Comme cette rencontre entre le protagoniste principal et Jamie (Jaden Michael) identique à une scène clé du long métrage de Scorsese. Cependant Haynes prend une autre direction, plus intimiste, d’avantage centrée sur la psyché de ses jeunes protagonistes, là où l’œuvre de Scorsese était avant tout la réhabilitation d’un artiste maudit. La principale force du Musée des merveilles, outre ses brillants interprètes, réside dans l’éclectisme artistique (cinématographique, musical, photographique…) au service d’une approche sensitive de la réalisation et du montage en accord avec les émotions des personnages.

Le musée des merveilles Non content de rendre hommage à tout un pan du cinéma muet, le cinéaste en profite pour expérimenter les débullés, ombres et perspectives pour retranscrire la fascination de Rose envers la Big Apple, son émerveillement comme sa peur. Un traitement similaire que l’on retrouve dans les 70s où les tics de mise en scène typiques de l’époque, zooms et couleurs chaudes, restent en arrière plan pour laisser place à un découpage similaire aux scènes muettes. Courte focale et sound design illustrant la solitude de Ben. Cette approche visuelle et sonore permet aux protagonistes d’être unis sur le plan émotionnel. Ce souci de correspondance temporelle s’articule par l’agencement scénographique des lieux. Si l’approche n’est pas aussi radicale que sur Cloud Atlas, elle demeure travaillée avec beaucoup de soin. Tous ces éléments, auxquels il faut rajouter les thématiques chères au cinéaste : mélodrame, quête d’identité, fétichisme des maquettes et poupées, univers rock… rapprochent Le Musée des merveilles d’œuvres en apparence éloignées sur le plan stylistique. À l’instar de Sam Raimi sur Le monde fantastique d’Oz, de Steven Spielberg sur Cheval de Guerre voire des récentes expérimentations formelles d’Ang Lee et Robert Zemeckis, Todd Haynes réactualise un imaginaire du cinéma d’autrefois pour mieux en souligner la modernité. Non pas comme un décorum nostalgique mortifère mais comme un champ des possibles à déchiffrer pour les futures générations.

Si le résultat final souffre quelque peu de son didactisme narratif, le final démontre la faculté du cinéaste à émouvoir à partir de simples maquettes. Le tout porté par une impressionnante reconstitution du New York des années 20 et 70, qui associe harmonieusement les décors de Mark Friedberg aux effets numériques de Framestore, aidée en cela par la très belle photographie d’Edward Lachman dont l’approche subtile de la lumière permet au Musée des merveilles de s’éloigner des conventions esthétiques en vigueur à l’heure actuelle.

Dans le registre de la chronique sur l’enfance, Le Musée des merveilles est une belle réussite qui prouve le talent versatile de son cinéaste, avant tout artisan soucieux du travail bien fait au service de l’émotion suscitée par son histoire et dont les expérimentations ne sont jamais gratuites.

3.5

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