What We Do in the Shadows – Critique

Critiques Films
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Jemaine Clement et Taïka Waititi se rencontrent à l’université de Welliington alors qu’ils étudiaient le cinéma. En 2005, ils réalisent et écrivent un court-métrage «What We Do in the Shadows: Interviews with Some Vampires ». Presque 10 ans plus tard, en 2014, le duo va faire muter le court en long métrage. Et cette petite pépite marquera les esprits comme l’une des comédies horrifiques les plus brillantes de ces dernières années.

Les deux réalisateurs ont fait du chemin avant de s’associer pour ce long-métrage. Taïka Waititi avait mis en scène son premier opus en 2007 (A Chacun sa Chacune) puis Boy en 2010. Jemaine Clement a joué dans le premier film de ce dernier et il a surtout mis toute sa concentration sur son travail d’acteur. Il a prêté sa fabuleuse voix à des productions animées comme Moi, Moche et Méchant, Les Simpson ou encore Rio. Les deux artistes ont œuvré pour des projets hauts en couleur mais c’est lorsqu’ils s’associent que la magie prend vie. What We Do in the Shadows est une comédie horrifique qui marquera le genre pour plusieurs raisons.

La première bonne idée vient du concept en lui même. Le film est un faux documentaire sur des vampires vivant en colocation. Le principe a des grandes chances de plaire aux spectateurs surtout si les auteurs sont ingénieux. Heureusement ici c’est clairement le cas. Comme dans n’importe quel reportage, les vampires sont présentés les uns après les autres. Les personnalités ont autant de relief que le Mont Rushmore et le tout est assimilé en quelques instants. Pas besoin de dessin, on sait très vite que l’on a à faire à des spécimens. Viago (Taïka Waititi) est le dandy du groupe, le plus fleur bleu en somme. Il est doux et attentionné mais un peu trop naïf. Vladislav (Jemaine Clement) est bestial. Il a le look, le phrasé, il blague pas mais il reste tout de même attachant. Deacon (Jonny Brugh) est le plus macho. A la limite du masculiniste. Il y a aussi Petyr qui nous rappelle Nosferatu. L’équipe est riche et complète. La colocation parait crédible.

Très vite, What We Do in the Shadows nous ramène dans les heures les plus sombres de l’humanité. Si l’humour est très présent (les vannes reviennent toutes les 50 secondes), les personnages âgés de plusieurs siècles rappellent ce que l’homme a fait de plus terrible dans le passé. Un vampire évoquera la torture, un autre évoque le nazisme ou encore l’esclavage. Des époques qu’ils ont vécues sans les subir. Les auteurs présentent les personnages comme de véritables bourreaux mais sympathiques. On culpabilise presque de les aimer. Cette comédie noire joue énormément sur cet effet. Vladislav était un vampire qui adorait torturer des femmes ou des enfants mais la description n’est pas effrayante, la moquerie prend le dessus. What We Do in the Shadows se présente comme une véritable satire sur l’homme. La virilité subside tout au long du film. C’est Deacon qui a la palme en la matière, ce dernier a connu le nazisme et regrette l’esclavage. On le verra profiter des services d’une femme qui se pliera en quatre pour ses moindres désirs. Une image du couple malheureusement contemporaine mais glauque.

La production de What We Do in the Shadows est modeste mais l’ensemble est joli à regarder. La demeure des vampires est hyper vintage, le résultat parait très authentique. Les murs et les meubles rappellent que les victimes humaines ont été nombreuses. Le décor est très horrifique, surtout du côté de chez Petyr. Le film est censé être un documentaire, la photographie est légèrement voilée, comme si les cadreurs avaient appliqué des collants féminins sur leurs objectifs. Pertinent pour le style du film qui ne manque pas d’empreinte et l’intemporalité de celle-ci.

What We Do in the Shadows brille également avec ses punchlines. On a très envie de retenir quelques tirades sympathiques. Les dialogues amènent toujours de la légèreté. Ce sont eux qui désamorceront quelques situations plutôt cruelles. Il faut se méfier des apparences avec cette comédie horrifiques, les auteurs offrent tout de même quelques moments dignes de films d’horreur. Les auteurs osent écorcher l’image des vampires avec l’avant ou l’après meurtre. Des passages intéressants qui marquent ostensiblement et qui apportent une autre vision du mythe. Si on a l’habitude de voir des vampires puissants ou sexys (voire les deux à la fois), ici on a à faire à une bande de losers. Les créatures tentent tout de même par tous les moyens de nous faire croire le contraire.

L’autre point fort de What We Do in the Shadows est sa relation avec le passé et le futur. Un personnage fait son entrée dans le groupe, il les initiera à la nouvelle technologie. Si ici on ne voit pas de vampire s’émerveiller devant un vrai coucher de soleil, on les observe s’enthousiasmer devant internet qui leur permettra d’ailleurs de voir cette belle étoile se rendre dans ses quartiers. L’idée nous ramène aux singes devant le monolithe ou simplement à nous même. Ce futur dans lequel ils sont désormais n’apporte pas que des bonnes choses (selon eux). Les auteurs se moquent gentiment des fans de Twilight qui n’ont pas connu les vrais films de vampires. Ils parlent de cette nouvelle génération qui s’approprie mal les choses, cela va du cinéma à la mode.

What We Do in the Shadows se moque beaucoup de l’espèce humaine mais c’est aussi une bromance. Les vampires se côtoient depuis des siècles et se tolèrent malgré leurs travers. Leurs rapports sont intensément humains. Ils n’hésitent pas à protéger les plus faibles et à avoir du chagrin quand un des leurs n’est plus. Complètement paradoxal quand on pense aux atrocités que certains ont engendré chez d’autres. On comprend bien que le film nous déballe toute la complicité de l’homme. La vie, l’amour, la mort. Le film décortique tout cela avec un peu de sérieux et beaucoup de légèreté. Œuvre importante pour son style, son humour et ses différents niveaux de lecture What We Do in the Shadows est à mettre absolument entre toutes les mains.

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