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Welcome to Dongmakgol – Critique

Dans notre parcours cinéphilique, on a tous connu à un moment ou un autre, une œuvre qui, dès sa première image nous séduit immédiatement. Puis, plus les minutes passent et plus notre amour pour lui ne fait que s’amplifier, jusqu’à en être totalement amoureux. Rencontre avec un chef-d’œuvre méconnu.

Welcome to Dongmakgol est le premier long-métrage du réalisateur sud-coréen Bae Jong, adapté d’une pièce de théâtre créée par le metteur en scène et réalisateur Jang Jin (Man on High Heels). Le jeune cinéaste est repéré par Jang Jin pour sa vision artistique et humaniste dont il fait preuve avec le segment My Nike du film à sketches No Comment. Ainsi, il se voit donc confier le projet d’adaptation : Welcome to Dongmakgol. Un choix qui s’avère rapidement payant. Bien qu’étant une énième relecture de la fracture coréenne nord-sud, son film se démarque de toutes les œuvres avec qui elle partage ce thème similaire. La principale raison étant son registre tragi-comique habilement employé. Un choix aux antipodes de ses homologues, comme l’excellent J.S.A. de Park Chan-Wook.

Dès son ouverture, Welcome to Dongmakgol installe son atmosphère en jouant aussitôt avec le contraste des différentes tonalités qu’il propose. L’introduction oscille, en quelques minutes, entre le crash d’un avion américain aux accents burlesques et une scène de guerre visuellement et psychologiquement brutale. De cette manière, l’auteur crée un traumatisme lattant chez ses protagonistes pour mieux les exploiter, les déconstruire, puis les reconstruire plus tardivement dans le récit. Dans un glissement progressif, Bae Jong fait basculer son film vers une ambiance volontairement insouciante dès que certains soldats des deux camps se réfugient au sein de l’étonnant village fictif de Dongmakgol. L’intention du réalisateur étant de mettre en lumière l’absurdité du conflit entre les deux régions nord et sud, du pays du matin calme. Grâce aux regards innocents des villageois, il souligne puis neutralise toutes tentatives d’escalade de violence (qu’elles soient verbales ou physiques) entre deux camps, en les tournant systématiquement en dérision. Une approche qui lui donne l’occasion de proposer quelques séquences particulièrement étonnantes et terriblement drôles. Ainsi, au contact de ces habitants pacifiques et naïfs, les tensions entre les deux camps disparaissent graduellement à mesure qu’ils apprennent à se connaître. La joie de vivre communicative des villageois (autant pour les personnages que les spectateurs) devient rapidement thérapeutique et propice au déconditionnement militaire.

Fruit d’un travail d’écriture de longue haleine, d’une durée de 18 mois, Bae Jong n’est jamais accusateur et encore moins conciliant. Au contraire, il porte un regard lucide sur la guerre de Corée. En parfait médiateur, il pointe du doigt les différentes erreurs et manquements des différentes forces en place : l’invasion du sud par le nord, le massacre des réfugiés du nord par le sud ou encore la politique interventionniste américaine. Sans excessivité, le cinéaste maintient constamment sa ligne directrice résolument pacifiste, en captant chacune des émotions de ses personnages pour ensuite mieux nous les transmettre. Mais ce qui est encore plus impressionnant, c’est que dès son premier long-métrage, Bae Jong montre déjà tout son talent en proposant une mise-en-scène extrêmement généreuse et maîtrisée. D’ailleurs, comment ne pas citer la fameuse scène du sanglier ? Séquence virtuose volontairement décalée, que l’on croirait sortie d’une planche d’un manhwa [1]bande dessinée coréenne, par son approche graphique. Choix loin d’être innocent, tant celle-ci est une pierre angulaire du récit et le moteur du basculement psychologique qu’éprouvent les différents soldats. Très souvent drôle, parfois triste mais d’une beauté extrêmement touchante, Welcome to Dongmakgol jouit d’une des plus belles partitions musicales du célèbre compositeur des films de Hayao Miyazaki et Takeshi Kitano : Joe Hisaishi. Ce dernier, aussi appliqué que d’habitude, vient souligner chacune des émotions sans jamais forcer. Ainsi, il fait de sa seule et unique participation à une œuvre sud-coréenne, une composition mémorable qui va même jusqu’à servir le propos du film en outrepassant le clivage Japon-Corée.

Pour couronner le tout, l’ensemble du casting est absolument incroyable. Chacune de leurs émotions et chaque interprétations est d’une justesse sidérante. Mention spéciale à la comédienne Kang Hye-Jung (Old Boy) qui illumine l’écran à chacune de ses apparitions, dans la peau de l’attachante Yeo-Il. L’implication totale des nombreux interprètes est telle, que cette histoire d’amitié entre soldats du Nord et soldats du Sud en devient parfaitement crédible. Une symbiose qui atteint son apothéose dans un final absolument grandiose et touchant. Une œuvre qui peut faire écho auprès des fans du Studio Ghibli et de Hayao Miyazaki, tant les thématiques de Welcome to Dongmakgol sont en adéquation. Pour son premier long-métrage Bae Jong signe une merveille (encore une qui nous vient de Corée du Sud), qui mérite amplement cette déclaration d’amour. Oui, Welcome to Dongmakgol est une œuvre précieuse et libératrice. Il est un torrent aux émotions multiples, une fable humaniste et pacifique qui redonne foi en l’humanité. On ne peut que vous encourager à le découvrir ou redécouvrir, avec l’espoir qu’un jour un éditeur vidéo puisse le proposer dans un beau support physique.

References

1 bande dessinée coréenne
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