Veronica – Critique

Critiques Films
3.5

Le réalisateur espagnol Paco Plaza est de retour 5 ans après le très fun et gore [REC]³ Genesis. Il revient à un cinéma horrifique plus « traditionnel » avec Veronica, classique mais efficace film de possession comme il s’en produit énormément aux USA mais finalement très peu en Espagne. Et si le résultat ne révolutionnera pas le genre, il s’en sort grâce à un traitement assez solide.

Si Paco Plaza s’est imposé sur la scène horrifique internationale grâce à la saga [REC], il reste avant tout le réalisateur d’un thriller formidable nommé Les Enfants d’Abraham (El Segundo nombre en VO), ayant participé au renouveau du cinéma de genre espagnol au début des années 2000. Avec un talent incontestable de metteur en scène, il s’est essayé à plusieurs formes de cinéma d’horreur et en arrive assez logiquement à un sous-genre sur-exploité par des productions plus ou moins recommandables : le film de possession-exorcisme. Bénéficiant en plus de l’étiquette « histoire vraie » de la police espagnole. Ceci étant dit, et n’ayant aucune conséquence véritable sur l’approche du film, Veronica pullule de belles idées tantôt bien exploitées, tantôt laissées au bord du chemin. Ce qui fait qu’au final, le nouveau film de Paco Plaza, bien que diablement efficace et plein d’idées, ne laissera sans doute pas une place indélébile dans les livres d’histoire du cinéma. Mais cela ne l’empêche pas de posséder de sérieux atouts qui peuvent en faire un incontournable des soirées films d’horreur. Tout simplement car on y retrouve une caractéristique fondamentale du cinéma de son auteur, à savoir une capacité une capacité assez sidérante à briser le rythme de son récit pour créer des moments de fureur pure et dure. Notamment lorsqu’il se lâche complètement lors des 10 dernières minutes de Veronica, d’une intensité assez folle comme cela était le cas du final de [REC]. On y retrouve également une certaine obsession pour les sciences occultes, des branches assez sombres de l’église catholique et les créatures effrayantes mais extrêmement simples. Il ne fait aucun doute que l’auteur cherche en permanence une forme d’horreur universelle et très ancrée dans le réel.

Ici, il ancre son récit dans les années 90. Une approche qui n’a rien d’une inclusion dans la vague de cinéma doudou mais qui apporte une certaine identité à son film. Ainsi qu’une portée mythologique qui va au-delà de son propre récit. Du propre aveu de Paco Plaza, Veronica est un film « autobiographique ». Non pas dans les évènements surnaturels, qui correspondent à un cas bien réel relaté par la police espagnole et qui apporte l’imagerie fantastique, mais dans tout le reste. C’est sans doute ce qui le rend aussi efficace, avec des personnages criants de réalisme. Citant volontiers Jung, le réalisateur aborde les manifestations surnaturelles comme des projections de l’inconscient. Ici, son héroïne Veronica entre dans une phase de puberté que son entourage juge tardive. L’absence du père, la présence toute relative d’une mère se crevant au boulot pour nourrir sa famille, la responsabilité de devoir s’occuper de ses petits frères et sœurs… autant d’éléments qui vont agir sur l’état psychologique d’une jeune fille dont l’esprit est submergé tandis que son corps va naturellement passer à l’étape suivante. Ce qui crée un tourbillon se traduisant par des évènements de nature surnaturelle. Une approche du cinéma d’horreur à l’ancienne, loin d’une mécanique bien huilée et sans âme à la Blumhouse. Veronica possède ce supplément d’âme, même si Paco Plaza aurait sans doute pu développer encore plus ces aspects. Donner plus de place à cette mère (ou à celle, toute symbolique, de la nonne aveugle), s’attarder plus en détails sur le tourment adolescent. Mais il fait le choix, tout à son honneur, de l’horreur graphique comme symbole. Symbole de la tempête psychologique qui prend possession de son héroïne, mais également d’une période charnière de l’histoire espagnole s’ouvrant définitivement au monde (exposition universelle, jeux olympiques, etc…).

Film sur une mutation plurielle, Veronica progresse dans la violence, la douleur, la solitude et une succession d’apparitions terrifiantes. Tout est mis en œuvre pour faire ressentir au spectateur ce tournant dans l’existence du personnage. D’abord à travers une mise en scène et un montage qui cumulent dans un premier temps les symboles ésotériques, pour gagner ensuite en intensité jusqu’à une séquence de spiritisme écho à la première. Cette séquence est en tous points remarquable dans sa construction et dans la tension qu’elle met en place. Les déplacements de Veronica dans cet appartement devenant une sorte de labyrinthe, les ombres avançant sur les murs, les manifestations « physiques » de l’esprit… en terme d’horreur pure et dure, Paco Plaza maîtrise l’exercice. Son film possède un aspect réellement tétanisant, et d’autant plus que ses personnages sont extrêmement touchants et donc proches du spectateur qui peut facilement s’y identifier. En grande partie grâce aux prestations remarquables de ces trois jeunes acteurs. Mais ce que réussit également brillamment Veronica est l’illustration de l’isolement progressif de son héroïne. Par une mise en scène qui la détache de son environnement, par l’utilisation massive de morceaux du groupe Héroes del Silencio, et notamment « Maldito Duende » qui, si on l’analyse, évoque avec mélancolie l’isolement et l’état mental après une prise de stupéfiants. Ce qui peut tout à fait illustrer un cas de possession maléfique. Difficile de dire si Paco Plaza a fait son meilleur film, [REC] et Les Enfants d’Abraham étant peut-être plus « originaux », mais son Veronica possède tout de même ce petit quelque chose en plus qui l’élève au-dessus du tout venant de la production horrifique abordant le thème de la possession.

3.5

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