Traque à Boston – Critique

Critiques Films
3

Pour sa troisième collaboration successive avec Mark Wahlberg, le très versatile Peter Berg poursuit dans la veine réaliste de son cinéma et se penche sur un traumatisme très contemporain du peuple américain. Avec Traque à Boston, il signe un polar haletant qui lorgne logiquement vers le cinéma de celui qui fut son producteur sur Le Royaume : Michael Mann.

L’Amérique exorcise depuis toujours ses démons par le cinéma. Et souvent très rapidement. C’est le cas avec Traque à Boston, neuvième film de Peter Berg qui aborde ici un genre assez nouveau pour lui : le polar urbain. Et il le fait en se penchant sur le double attentat du marathon de Boston en 2013. Le délai entre l’événement et son traitement cinématographique est ainsi extrêmement réduit, sachant que le traumatisme est encore bien ancré sur place. Pour traiter le sujet, l’auteur a travaillé avec les scénaristes Matt Cook (Triple 9 et The Duel) et Joshua Zetumer (le remake de Robocop), mais également avec Paul Tamasy (la saga Air Bud mais surtout Fighter) et Eric Johnson (Fighter également). Sachant qu’avant que Peter Berg s’empare du projet, le premier script venait de Matt Charman, co-scenariste du Pont des espions avec les frères Coen. Et il est suffisamment rare pour le signaler que la patte de chaque auteur ayant participé à l’écriture se ressent d’une manière ou d’une autre. Traque à Boston tient quelque part de l’hybridation et c’est ce qui le rend si intéressant. Loin du tract bêtement patriote que certains gugusses ont pu voir là-dedans, le film se nourrit d’une certaine finesse dans sa construction et dans son approche d’un attentat terroriste. Loin également d’une célébration béate du travail des forces de police, Traque à Boston sait se charger d’une belle émotion quand il met l’amour au centre du propos. Et en particulier l’amour d’un peuple pour une ville. En s’appuyant sur le livre « Boston Strong » le film célèbre ainsi le comportement exemplaire des habitants face à l’horreur plutôt que celui, bien plus discutable, des autorités. Pour autant, Peter Berg ne signe vraiment pas un film à charge (tout en taclant un évident laxisme avec la liste des personnes sous surveillance), même contre des terroristes qu’il ne traite pas comme des monstres sanguinaires mais comme des imbéciles. Sans que cela ne soit très drôle comme dans Four Lions par exemple.

Peter Berg va user d’une structure relativement classique pour dérouler son récit. Avec quelques lourdeurs, il va aborder sa mise en place façon film catastrophe en se focalisant sur des tranches de vie du quotidien d’une dizaine de personnages. La volonté de créer de l’empathie est un brin trop visible pour se laisser happer. C’est d’ailleurs le gros point noir de Traque à Boston, un certain manque d’émotion véritable que la magnifique mais froide composition de Trent Reznor et Atticus Ross va encore appuyer. Et ce n’est pas un Mark Wahlberg qu’on a déjà vu bien plus inspiré qui va y changer quelque chose. Pourtant, malgré la distance qu’il impose, et qui tranche avec les cartons de fin qui jouent pour leur part la carte de l’émotion à 200%, le film fonctionne étonnamment bien. Notamment grâce à l’efficacité de cette structure narrative qui a fait ses preuves, et grâce à une gestion parfaite du suspense et des mises en pression. La séquence de l’attentat est, par exemple, un petit modèle de gestion de la tension grâce à l’intelligence du montage et de la gestion des silences. Concrètement, si le spectateur sait qu’il va y avoir deux explosions au milieu de cette foule pendant cet évènement, le moment précis où elles ont lieu crée un effet de surprise saisissant. Peter Berg se montre également très à l’aise pour capter le chaos, autant sur les lieux du drame et sans tomber dans du voyeurisme, que dans le centre de contrôle mis en place par le FBI où les tensions entre les différents services ralentissent l’enquête. Mais c’est sur le terrain, dans une seconde partie qui se consacre à la traque des terroristes, que traque à Boston se montre le plus efficace.

Au moment de filmer cette chasse à l’homme, en alternant les points de vue entre les divers services de police et les terroristes, Peter Berg va clairement s’inspirer de Michael Mann pour insuffler de l’énergie à son récit urbain. Avec en point d’orgue une magnifique et très longue séquence de fusillade dans un quartier résidentiel, où le chaos ambiant est tout aussi fascinant que la précision du découpage et la mise en scène pour rendre le lieu de la scène parfaitement lisible. Le réalisateur gère parfaitement les curseurs de son suspense, osant quelques légères pointes d’humour pour évacuer le surplus de pression, même s’il tombe parfois dans de la réplique bas de gamme sortie tout droit des années 80 (avec l’otage chinois notamment, bien que la séquence soit très réussie dans l’ensemble). Il ne cache pas la violence, avec des scènes parfois très dures, mais qui manquent également d’émotion. Logiquement. En tant que polar sous haute tension, Traque à Boston fonctionne parfaitement, notamment dans une seconde partie assez brillante. Mais le film peine à créer cette émotion nécessaire à son sujet, et qu’il fait entrer au chausse-pied dans un final tout à fait noble mais qui dénote avec le ton général assez glacial. Impossible de véritablement s’attacher à tous ces personnages, malgré une distribution absolument impeccable.

3

Lost Password

f5d5fe14452219d3911892ccf3d8626599999999999999999999999999999999