The Villainess – Critique

Dans le cadre de la tribune accordée au cinéma de genre, la séance de minuit jette à nouveau son dévolu sur la Corée du Sud. Après l’excellent The Chaser et l’extraordinaire Dernier train pour Busan, voilà que débarque The Villainess de Jeong Byeong-gil, nouvelle itération sur la vengeance. Malheureusement, le résultat s’avère particulièrement catastrophique et témoigne, malgré lui, d’un problème de perception d’une œuvre à l’aune de sa nationalité.

Dès les premières instants le ton est donné. Un homme marche dans un couloir glauque jusqu’à ce qu’un pistolet face irruption dans le cadre, s’ensuit un long pré générique entièrement en vue subjective dans lequel Sook-Hee (Kim Ok-bin) se bat violemment contre une centaine de personnes avant de nous révéler son visage face à une horde de policiers venus l’arrêter. Le tout dans une pose instantanément iconique. Si sur le papier cette longue séquence peut faire rêver d’autant qu’elle pause d’entrée de jeu un personnage charismatique, tout en payant son tribu au Beat Them All, le résultat à l’écran s’avère douloureux. La raison tient dans sa vue à la première personne, véritable fausse bonne idée, qui si elle peut faire illusion les premières secondes, finit par brouiller la lisibilité de l’action en ayant recours au Fish Eye de la Go Pro et à l’utilisation du numérique pour accentuer la sensation de liberté pour la caméra. Si l’ensemble s’avère un brin moins illisible qu’Hardcore Henry, elle n’augure rien de bon pour le reste du métrage. Contrairement à ce que sa belle affiche et son titre laissent espérer, The Villainess n’est point un récit de vengeance féminine sombre et subversif mais une relecture coréenne du Nikita de Luc Besson. L’intrigue principale, une femme capturée par les services secrets entraînée à être une tueuse à gage, décline tous les tics du cinéaste décrié chez nous mais adulé à l’étranger : Niaiserie exacerbé, infantilisme d’un sujet subversif… . Si le film a le mérite de ne pas faire de son interprète principale une hystérique comme Anne Parillaud, et de donner de l’épaisseur à ses personnages secondaires, c’est malheureusement pour retomber dans des travers tous aussi désagréables.

Non content de rendre hommage au cinéaste du cinquième élément, Jung Byoung-Gil, en rajoute une couche en singeant les productions de ce dernier, Colombiana en tête. Du film d’Olivier Megaton, Jeong Byeong-gil reprend l’importance du trauma dans le destin de son héroïne. Ses emprunts embarrassants, qui témoignent paradoxalement d’un vrai amour du cinéaste coréen pour son homologue français, ne sont qu’une partie des problèmes. L’intrigue de The Villainess multiplie les flashbacks centrés sur le passif de son héroïne. L’assassinat de son père, sa relation avec son mentor, mais aussi le fonctionnement des services secrets. Le film complexifie inutilement son intrigue quitte à répéter plusieurs fois la même information. Avec ses deux défauts majeurs, hommage embarrassant à Besson et scénario confus, vient s’ajouter un troisième : la mise en scène. Jeong Byeong-gil tente d’insuffler à chaque scène une, voire plusieurs idées de mise en scène, en multipliant les transitions, mouvements de caméras impossibles, accélérés… y compris sur de nombreux passages intimistes qui n’en n’ont pas besoin. Malgré la durée conséquente du long métrage, 2H20, le cinéaste expérimente sur le même rythme, privilégiant l’effet pour l’effet au détriment de ses personnages. L’hypertrophie visuelle, à laquelle s’ajoute une direction artistique et photographique de mauvais gout, tend à rapprocher Jeong Byeong-gil de Rob Cohen et Kurt Wimmer plutôt que Robert Zemeckis ou Park Chan-wook. Le comble étant atteint par un combat final dans un bus, qui aurait d’avantage sa place dans un actionner fun que dans un récit de vengeance. La laideur de l’ensemble due à l’utilisation abusive du Fish Eye et d’un montage sur-découpé renvoient au douloureux souvenir de Vidocq.

Tous ces éléments finissent par faire de The Villainess un nanar de luxe où le rire involontaire est souvent présent. Cependant le plus affligeant reste la vision faussée que s’est fait le comité de sélection au moment de choisir ce long métrage, et qui témoigne d’une triste réalité qu’il est important de rappeler. Bien qu’étant strictement similaire à de nombreuses boursouflures occidentales, The Villainess obtient une exposition prestigieuse en raison de son exotisme, et non pour ses qualités cinématographiques. Il serait grand temps de se pencher sur ce qui fait la qualité d’une œuvre, sa fabrication. Avis aux sélectionneurs.

Summary
En dépit de rares bonnes idées visuelles, The Villainess n'est rien d'autre qu'un nanar alignant le tape à l'œil au détriment de sa dramaturgie et de ses protagonistes. Le film de Jeong Byeong-gil s'avère être une production dégénérée qui peine à trouver sa singularité. Si le résultat pourra faire sourire certains, l'héritière la femme Scorpion et de Beatrix Kiddo se fait toujours attendre.
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