The Tiger: An Old Hunter’s Tale – Critique

Critiques Films
2.5

Scénariste émérite ayant travaillé avec Kim Jee-woon et Ryoo Seung-wan, passé derrière la caméra il y a quelques années, Park Hoon-jung fait preuve d’un certain talent qui va grandissant. Pour The Tiger: An Old Hunter’s Tale, présenté notamment au 11ème Festival du Film Coréen à Paris, il retrouve l’immense Choi Min-sik pour lui offrir un très grand rôle dans un film qui avait tout pour l’être également.

The Showdown était franchement faiblard comme débuts à la réalisation, mais le polar The New World prouvait que Park Hoon-jung n’était pas doué que pour écrire d’excellents scénarios (J’ai rencontré le Diable et The Unjust notamment). Avec The Tiger: An Old Hunter’s Tale, le réalisateur sud-coréen tente de transformer l’essai avec un film « historique » et un récit d’aventure plutôt hors du commun. Situé dans une Corée sous occupation japonaise, thème très contemporain dans le cinéma coréen, The Tiger: An Old Hunter’s Tale est dans l’air du temps. Pas simplement pour ce contexte mais également, et c’est plus ennuyeux, dans un discours patriotique tellement affirmé qu’il tombe dans la propagande. De quoi handicaper sérieusement un récit qui souffre déjà de nombreuses maladresses, et qu’une mise en scène de très haut vol ne parvient pas à effacer.

Le premier problème de taille est que The Tiger: An Old Hunter’s Tale souffre d’importantes redondances et de digressions inutiles. Un peu comme s’il fallait à tout prix remplir le contrat d’un film de 2h20.  Alors que cette histoire gagnerait à perdre au moins 30 minutes. Ensuite, ce discours propagandiste bien trop mis en avant devient vitre très agaçant. D’un côté on trouve les gentils coréens – à un près, ils sont tous moralement irréprochables – et de l’autre les méchants japonais, tellement méchants et cruels qu’ils massacrent des tonnes d’animaux pour la gloire et ont pour but de littéralement effacer de la surface du globe une espèce. Ils sont tellement horribles qu’un tigre préfèrera attaquer des japonais plutôt que des coréens. C’est un détail assez ennuyeux, conséquence d’un traitement de l’animal légèrement ambigu. En effet, au lieu d’y aller franchement pour en faire un véritable animal totem mythologique, Park Hoon-jung ne sait pas trop sur quel pied danser et traite cet animal en faisant l’erreur de l’anthropomorphisme. C’est quand le tigre légendaire est traité comme une divinité que sa présence prend pourtant tout son sens. Il est symbole de noblesse, de robustesse et de lutte. De tout un peuple face à l’oppresseur.

C’est ennuyeux car The Tiger: An Old Hunter’s Tale est à côté un formidable film d’aventure formidable, qui place en son cœur quelques valeurs fondamentales qu’il est plaisant de retrouver. Ainsi, il est franchement dommage de voir un si beau film parasité par des choix inappropriés au niveau de l’écriture. Car qu’il s’agisse de la relation dévoilée peu à peu entre le tigre et le personnage de Choi Min-sik, le rapport à la famille, le sacrifice pour sauver les siens… le film s’appuie sur des piliers fondamentaux et une symbolique souvent très puissante. Et ce jusqu’à un final qui est tout simplement magnifique, épuré et débarrassé de tout discours politique. Les diverses confrontations avec le tigre trouvent d’ailleurs leur efficacité dans des effets spéciaux qui, s’ils ne peuvent prétendre atteindre le niveau de perfection d’un Livre de la jungle ou de L’odyssée de Pi, sont bluffants lors des gros plans sur l’animal. Le résultat est plus hasardeux sur certains plans larges ou lorsqu’il s’agit d’illustrer d’autres animaux, des loups aux bébés tigres, hideux.

The Tiger: An Old Hunter’s Tale n’est jamais aussi bon que quand il se remémore la portée de son titre. A savoir quand il assume son statut de légende. Celle d’un chasseur de légende face à une créature de légende. Dans ces moments, il se réapproprie les grandes figures du cinéma d’aventure, de l’homme face à la nature hostile. Dans ces moments, Choi Min-sik est immense d’abnégation et d’intensité et le film prend une portée presque métaphysique. Cela le rapproche parfois du Territoire des loups ou de The Revenant. Sauf que ces moments de grâce ne peuvent sauver un scénario hasardeux, plombé par ce manichéisme tourné en propagande, des éléments qui affaiblissent considérablement ce qui aurait pu être un immense film d’aventure. Dans ses plus beaux moments, The Tiger: An Old Hunter’s Tale trouve un souffle épique, une énergie folle et même une certaine sauvagerie, notamment grâce à une mise en scène qui parvient à bâtir une certaine ampleur en terme de grand spectacle.

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