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The Sadness – Critique

Il faut toujours se méfier des phénomènes de festival qui s’apparentent généralement à des bons gros pétards mouillés plutôt qu’à des « films chocs » comme on n’en aurait jamais vus. The Sadness, premier long métrage de Rob Jabbaz, a fait sensation à peu près partout où il est passé. Et il est passé à peu près partout. Alors, est-ce « un véritable choc » ? Ou « le film de zombies le plus violent et dépravé de tous les temps » ? Pas vraiment, ce qui ne l’empêche pas d’être franchement sympathique par bien des aspects, autant qu’inconséquent et agaçant par d’autres. Explications.

Réalisateur canadien, Rob Jabbaz est installé à Taïwan depuis de nombreuses années. De façon très classique, il a fait ses armes en réalisant de nombreux courts métrages d’animation, dont Fiendish Funnies qui est utilisé dans l’introduction de The Sadness. Contrairement à de nombreux premiers longs métrages, The Sadness n’a rien d’un « passion project ». Le film est né de la volonté d’un producteur de profiter d’une grosse opportunité commerciale, lorsqu’en pleine pandémie de Covid-19 Hollywood s’est mis en pause. En effet, Rob Jabbaz a eu pour consignes opportunistes de pondre un film en chinois, mettant en scène la violence de l’être humain envers l’être humain, et dont le grand final devait se dérouler dans un hôpital. Grand amateur du comic book Crossed de Garth Ennis et Jacen Burrows, il en reprend le concept d’une infection qui transforme les victimes en créatures dont ne ressortent que les aspects les plus violents et amoraux. Il va d’ailleurs reprendre la plupart des éléments les plus marquants de son film d’oeuvres cinématographiques ou littéraires qui pour la plupart méritaient leur statut d’oeuvres chocs. Quelque part, il n’y a rien de fondamentalement original dans The Sadness, sauf en le positionnant dans le « genre » du film de zombies où il détonne clairement. On n’y retrouve jamais le concept de meute, de masse d’infectés avalant littéralement l’humanité survivante. On n’y retrouve pas non plus l’idée de métaphore profondément politique intimement liée à la figure du zombie. En gros, on n’est jamais du côté de Zombie, ou même en général du côté du cinéma de George A. Romero, ni de 28 jours plus tard ou du Dernier train pour Busan. Rob Jabbaz ne s’en cache pas, son film est avant tout un produit fait car il était possible de le faire (Taïwan était relativement épargné par la pandémie), et dont l’idée est plus de divertir le public par un spectacle extrême que de lui proposer matière à réfléchir. Et sur ce point, le contrat est rempli.

Devant The Sadness et sa surenchère, que ce soit au niveau de la violence ou du cynisme (l’unique point de vue apparenté à une vision politique), on a un peu l’impression de faire un bon dans le passé. Un retour dans les années 90, et plus particulièrement à Hong Kong, dans le terrain de jeu des films de Catégorie III. Des films sales, amoraux, parfois très gores et souvent peu recommandables. Mais attachants malgré tout, les meilleurs restant aujourd’hui des petites merveilles d’inventivité. Dans l’esprit, s’il emprunte donc au Crossed de Garth Ennis ou au Blackgas de Warren Ellis, c’est plutôt du côté du gros délire dégueulasse façon Ebola Syndrome ou même Braindead que lorgne The Sadness. Mais Rob Jabbaz n’est pas Peter Jackson, ni même Herman Yau. Ce qui se traduit par une mise en scène propre mais assez plate, qui ne parvient pas vraiment à insuffler de l’énergie au récit. Et c’est un problème dans la mesure où le récit en lui-même est déjà extrêmement linéaire, avec 2 personnages qui vont chacun faire leur chemin de leur côté, allant simplement d’une attaque d’infectés à une autre. Rob Jabbaz, qui a écrit et réalisé le film, s’est également occupé du montage. Et là encore, c’est un problème. Un oeil extérieur au tournage et à l’écriture aurait sans doute réussi à dynamiser un peu l’ensemble qui patine parfois dans des tunnels de dialogues interminables (malgré une durée peu conséquente de 1h40), mais aurait surtout imprimer une forme de tension. Car c’est ce qui manque cruellement à The Sadness. Les contaminés sont là, leurs attaques sont très graphiques et on sait donc de quoi ils sont capables, mais à cause d’un découpage peu inspiré il est difficile de ressentir la moindre pression. Alors que tous les éléments étaient réunis pour accoucher d’une oeuvre irrespirable. L’ensemble se traine un peu alors que c’est un sentiment d’urgence qui devrait prévaloir.

Là où The Sadness marque énormément de points, c’est donc sur son côté boucherie graphique. Il est vrai que sur ce point, Rob Jabbaz ne fait pas dans la dentelle et se montre très généreux avec des hectolitres d’hémoglobine qui éclaboussent l’écran. Couteau, machette, hache, armes à feu, clés (!), batte de baseball, fil barbelé dans les glaouis, tête écrasée à l’extincteur ou qui explose en plein cadre, morsures en tous genres, énucléation au parapluie, peau pelée à l’huile de friture… c’est un festival de gore qui tâche. Et extrêmement efficace car 99% des effets sont faits via du maquillage et des prothèses. Pas de sang numérique ici, c’est poisseux à souhait et franchement dégueulasse. Mais quelque part réjouissant, cette approche du gore ayant tendance à disparaitre. Et heureusement que sur ce point The Sadness est vraiment réussi car étant donnée la pauvreté du récit, on est en permanence en attente de la prochaine séquence crado en espérant que le réalisateur aille toujours plus loin. Ce qu’il fait la plupart du temps. Il va loin, certes, mais il a également tendance à se reposer sur l’impact que ces séquences ont pu avoir dans d’autres oeuvres (l’extincteur d’Irréversible, le viol du globe oculaire de l’infâme A Serbian Film, la séquence du terrain de basket qui renvoie au viol du professeur du roman Fog de James Herbert…), à ne pas aller assez loin dans l’absurde dégueulasse (le genre de partouze entre infectés qui pataugent dans des mares de sang est montée n’importe comment et manque de jusqu’auboutisme) et à tourner en rond. Sur ce point en particulier, le film devient vite agaçant à multiplier encore et encore les menaces de viol et les scènes de viol, jusqu’à l’écoeurement. On a compris, le virus transforme les gens en prédateurs sexuels et meurtriers-écarisseurs, et il n’était sans doute pas nécessaire de le montrer à chaque scène d’attaque. Ceci étant dit, les séquences de massacres brillent par leur sauvagerie, avec une mention spéciale pour la scène du métro qui est redoutable, et peut-être la plus réussie de tout le film.

The Sadness souffle ainsi un peu le chaud et beaucoup le froid. Parfois extrêmement réjouissant dans sa violence graphique et décomplexée, écoeurant par ses excès de gore et agaçant par sa surenchère pour la surenchère masquant le vide intersidéral de son propos et les raisons purement opportunistes de sa production. Sans doute aurait-il gagné en efficacité en resserrant encore sa narration, en laissant de côté ses séquences de blabla sans intérêt et en ne perdant pas de temps sur des relations entre personnages qui sont foirés dès leur caractérisation. Le film gagnerait également à appliquer la même surenchère dans ses effets gores à une mise en scène et un montage cherchant à provoquer une réaction épidermique chez le spectateur plutôt que d’adopter une approche bien trop effacée. Montrer de la violence extrême peut être cool, mais la montrer via un vrai point de vue de metteur en scène, la « sublimer » d’une certaine façon pour en faire un véritable outil de cinéma est toute la différence entre une série B rigolote et excessive comme The Sadness et un film qui marquera durablement le spectateur. Le « film choc » n’en est donc pas vraiment un, même s’il tient parfaitement son rôle de défouloir.

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En résumé

Bourré de cynisme, écrit et mis en scène sans envergure, The Sadness marquera surtout par le réalisme de ses nombreuses séquences gores et sa surenchère dans la violence. Pour tout le reste, les grands classiques du film de zombie et les maîtres de la Cat III peuvent dormir sur leurs deux oreilles : ils ne sont pas prêts d'être détrônés. Mais le film de Rob Jabbaz permet tout de même de passer un moment plutôt rigolo.
3.5
10
4K Ultra HD + Blu-Ray-Édition limitée

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