Split – Critique

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Auteur fascinant mais s’étant quelque peu perdu depuis une bonne dizaine d’années, M. Night Shyamalan aura trouvé un salut improbable grâce à Jason Blum, le producteur de films d’horreur le plus efficace du moment. Après The Visit, tout petit film amusant mais sans grand intérêt, leur seconde collaboration remet la barre à un tout autre niveau. Split marque-t-il la « renaissance » du grand Shyamalan ? Il se situe en tout cas dans la bonne direction et signe son meilleur film depuis Le Village.

Attention : cette critique comporte des spoilers !

La trajectoire de M. Night Shyamalan avait tout de celle d’une comète pulvérisée en plein vol. 4 films merveilleux (Sixième sens, Incassable, Signes et Le Village) et une dégringolade, même si subsistaient des éléments témoins d’un talent exceptionnel (il y a beaucoup de très belles choses dans La Jeune fille de l’eau et Phénomènes). Peut-être une tendance à tourner en rond, à ne plus savoir comment faire entre ses ambitions et une volonté de satisfaire un public attendant quelque chose de très précis de sa part. Toujours est-il qu’on espérait vraiment retrouver le Shyamalan capable de surprendre sans agacer, le conteur hors pair, le créateur d’univers, l’auteur aux personnages bouleversants et à la mise en scène si éclairée. Avec The Visit, sa première collaboration avec Jason Blum, le nouveau mogul du cinéma horrifique, on l’a vu prendre un réel plaisir, communicatif, pour pondre un petit film efficace même si loin de représenter un sommet de sa carrière. Avec Split, c’est une autre histoire. Cette fois, il arrive avec un concept solide mais surtout avec un univers complet qui va se distordre jusqu’à prendre une toute autre forme dans les dernières secondes. Plus qu’un vulgaire gimmick lié au fameux « twist » à la Shyamalan, le film se clôt sur une révélation étourdissante qui va permettre de repenser tout le film selon un nouveau cadre. Cela n’en fait pas un chef d’œuvre, mais cela en fait une œuvre de cinéma fascinante et tout à fait consciente de la mécanique à l’œuvre pour provoquer une réaction très spécifique dans l’esprit du spectateur. Ce twist, comme toujours chez l’auteur, ne donne pas la sensation de s’être fait arnaquer mais force le respect sur le talent de M. Night Shyamalan à orienter le regard par sa mise en scène et sa narration. Car tout était là, à l’écran et en dehors. On n’y avait tout simplement pas prêté attention.

Split

De l’autre côté de l’Atlantique, malgré un succès phénoménal (et peut-être aussi à cause dudit succès), Split a créé une polémique quant à son traitement d’une véritable maladie mentale : le trouble dissociatif de l’identité. Alors, Split n’est pas un documentaire, Incassable ne racontait pas que tous les malades touchés par l’ostéogénèse imparfaite étaient des terroristes en puissance, tout comme Psychose n’assimilait pas tous les schizophrènes à des tueurs psychopathes. Cette maladie bien réelle et profondément troublante est ici utilisée comme un élément de pure fiction dans un univers longtemps à la lisière du fantastique, et qui y plonge très franchement dans son dernier acte. Le propos est ailleurs. Pour M. Night Shyamalan, c’est un élément lui permettant de tisser une nouvelle réflexion sur quelque chose qui habite sa filmographie toute entière : la notion de dualité dans le monde, de société brisée par les barrières des conventions sociales. Avec une certaine candeur plus que de la naïveté (après tout, Spielberg aussi se voit traité de naïf depuis 40 ans…), il traduit une division bien réelle entre les êtres humains par des récits qui font cohabiter deux univers et la difficile compréhension, et la communication, entre eux. C’était évident à la lecture de son titre, Split traite fondamentalement de la division, et pas seulement à travers le personnage de Kevin et ses 24 personnalités. Dans sa structure même, le film épouse cette idée. En prenant la forme d’un torture porn dont il s’accapare tous les codes (jeunes filles séquestrées, séquences de tentative d’évasion, résistance, évènements prétendument horribles hors champ, poursuite en sous-sol…) pour venir en toute fin briser cette certitude de spectateur en lui révélant que le film appartient en réalité à un tout autre genre. Shyamalan va éviter de confronter les traditionnels bien et mal pour opposer les gens « normaux » et les gens « brisés » tout en positionnant clairement son intérêt pour la seconde catégorie. C’est ici un terrain glissant mais intéressant qu’il arpente en opposant au sein même des personnages brisés les figures de Kevin et Casey, soit deux incarnations d’une réponse du corps et de l’esprit à un trauma d’enfance. D’un côté, un abandon de l’esprit (bien aidé par une pathologie) et de l’autre une prise de contrôle. Mais pour M. Night Shyamalan, ces êtres brisés par la vie, même s’ils ont basculé dans le côté obscur de l’existence, sont avant toute chose des êtres « exceptionnels » auxquels il accorde toute son attention. Et c’est là que la révélation finale prend tout son sens.

SplitEn effet, dans une séquence qui joue avec les codes de la fameuse scène post-générique des productions Marvel (Nick Fury dans un bar), le réalisateur offre une toute nouvelle grille de lecture à son film en l’incluant dans l’univers d’Incassable. Non pas pour annoncer une suite potentielle, mais réellement pour offrir un tout nouveau regard sur ce récit et ces personnages. L’idée ne manque pas d’audace, une suite au meilleur film de super-héros étant attendue depuis des années, mais elle marque surtout la maîtrise totale d’un auteur sur son univers et son œuvre. La prestation complexe et outrancière d’un James McAvoy en pleine performance prend ainsi une toute autre dimension, tout comme le propos sur la différence et les conséquences d’un trauma. Ainsi, non seulement Split s’impose comme un thriller de haut vol aux séquences extrêmement tendues, et ce malgré des scènes qui peinent à remplir leur rôle (le personnage de la psychologue censé représenter l’échec de la société à faire se rencontrer les deux mondes est assez mal exploité), mais il va bien au-delà. Parfois effrayant, extrêmement bien rythmé, allant assez loin dans la violence et mis en scène avec un talent toujours indéniable, Split marque sans aucun doute possible un vrai début de retour de M. Night Shyamalan à son meilleur niveau.

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