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Souvenirs de Cinéma #7 – Loïc Adrien

Nouvelle exploration en territoires cinéphiliques avec Loïc Adrien, monteur qui, avec Théo Grand, forme le duo derrière la chaine YouTube Versus, spécialisée dans l’analyse comparative d’oeuvres cinématographiques dont ils extraient les résurgences thématiques et esthétiques. Pour cette carte blanche, Loïc revient sur les moments ayant marqué sa rétine de spectateur et d’analyste. 

À la fois vagues et profondément ancrés en soi, les premiers souvenirs de cinéma, des fragments forcément, sont un peu comme des rêves. Et, dans mon cas, ils viennent tout droit de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Burt Lancaster dans Le corsaire rouge. Errol Flynn dans Les aventures de Robin des Bois. Tony Curtis dans Le chevalier du roi. Yul Brynner dans Taras Bulba. Du grand spectacle, des films en Technicolor, qui vibrent d’aventures.

Des Contrebandiers de Moonfleet à 20.000 lieues sous les mers, cette fascination se fonde sur une naïveté enfantine face à la fiction. La suspension d’incrédulité, sans encore la nommer, fonctionne à plein. Et elle ne sera jamais levée. Même aujourd’hui, je reste un spectateur « facile », c’est très rare qu’un film, même mauvais, ne m’embarque pas dans ses aventures. Le plaisir candide de se plonger dans un film, n’importe lequel, n’est jamais parti. Heureusement.

Et ce sont des images fortes qui restent dans ma mémoire.

L’attaque violente du village dans Le triomphe de Babar. L’oeil crevé de Kirk Douglas dans Les Vikings. La cavalerie à l’agonie dans Le Massacre de Fort-Apache. Une main coupée dans 1492 : Christophe Colomb. Ce sont ces films, ces scènes, qui se sont imprimés sur mes rétines. Des images de films qui ouvrent, pour un enfant, sur un monde d’adultes fascinant. Fait de dangers, de violence, et d’émotions. Il en ressort autant la fascination que l’angoisse, et donc le meilleur cocktail de sensations pour être marqué à vie.

Difficile ensuite de revenir en arrière : le cinéma de genre, dans lequel domine l’imagination, quelqu’en soit sa définition, m’a embarqué dans son sillage.

Et mon déclic cinéphile, ma première rencontre avec la mise en scène, a lieu durant l’adolescence. Avec une séance en VHS de Une journée en enfer.

Dans le film, un plan détonne. Celui où, après une poursuite terminée en accident, sous une pluie battante, John McClane court vers la voiture de son antagoniste.

La caméra le suit, à l’épaule, dans des mouvements tellement heurtés que l’on a impression de voir le cameraman courir. Cette image m’a tout de suite frappé. Je prend là conscience de la mise en image, de la caméra, car dans ses mouvement violents, elle devient visible. On est presque dans le documentaire, le pacte fictionnel se fissure. Naissent alors les premières interrogations sur le langage cinématographique, en même temps qu’une passion totale pour John McTiernan. 

Un déclencheur. Fini d’être un spectateur passif : débarque le désir d’aller plus loin. Une boulimie de films. Mais l’envie de savoir comment se crée cette illusion ne s’accompagne pas d’une envie vitale d’expérimenter par moi-même, de passer derrière la caméra. Non. Plutôt d’en parler, d’y réfléchir, de s’y plonger. En écrivant des critiques, en remplissant des classeurs. Pour comprendre la mécanique d’un film. Entre Mad Movies et Télérama, mes lectures sont légèrement schizophrènes, mais essentielles… Et l’arrivée du DVD et des bonus à foison ouvrent grand la porte des coulisses. Documentaires. Commentaires audio. Tout est à portée de main, et écouter John McTiernan parler de son Die Hard vaut toutes les écoles du mondes. 

Je suis finalement devenu monteur, mais je ne travaille quasiment pas dans la fiction, plutôt dans le reportage. Quand l’envie m’a prise de m’impliquer dans un projet plus personnel, entre l’idée de me lancer dans la réalisation d’un court-métrage et d’ouvrir une chaine sur Youtube, le choix s’est fait rapidement. 

Etre passionné de cinéma ne signifie pas nécessairement vouloir réaliser.

Ce sont même deux choses assez différentes. Et c’est sans doute une question de personnalité. Le travail solitaire de l’analyse me convient peut-être mieux que l’aventure collective à l’œuvre dans la confection d’un film. Réaliser demande une âme d’artiste, de leader. Je préfère cultiver mon âme de rêveur, et me plonger dans des univers créés par d’autres. Regarder des films est une belle façon de profiter d’un peu de solitude. L’analyse, ou la critique, permettent de prolonger les sensations d’une séance, de se plonger encore et encore dans ces bulles que sont les films, dans leurs moindres détails, recoins, et de tenter de les comprendre.

L’analyse ne casse pas l’enchantement, ne démystifie pas un film. Au contraire, elle permet de mieux les comprendre, et donc de mieux se les approprier. Et, au final, de les faire siens. Pour qu’ils puissent nous accompagner le plus longtemps possible. 

Loïc Adrien 

Propos recueillis par Yoan Orszulik, vous pouvez retrouver Loïc Adrien sur sa chaine YouTube Versus.

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