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Souvenirs de Cinéma #6 – Nicolas Zugasti

Aujourdhui cest Nicolas Zugasti, rédacteur pour le fanzine-blog Versus, le site web Louvreuse et lancienne émission radiophonique Le Cercle des cinéphiles sur Toulouse, qui revient sur plus de quarante ans daventures cinématographiques où se côtoient découvertes majeures sur grand et petit écran, lectures abondantes, pèlerinages festivaliers, écritures et amitiés. 

Les modes de visionnage d’un film se sont désormais largement diversifiés et certains matériels domestiques proposent parfois une qualité de projection supérieure mais aller voir un film en salle conserve un certain charme, notamment par le fait de rituels que l’on a pu adopter au fil des ans, et demeure une pratique grisante par bien des aspects. 

Je dirais que c’est sans doute la plus belle expérience individuelle vécue collectivement. C’est toujours intéressant et enrichissant de discuter d’un film avec ses amis juste après car les ressentis et les points de vue divergent souvent. Ce qui peut donner lieu à des échanges enflammés sur le parking ou à de francs délires assis au bar du coin (et inversement). Mais y aller seul ne m’a jamais dérangé. Quitte à retourner voir le même film cette fois-ci accompagné de ma famille ou mes potes. C’est ce qui est génial dans ce médium, on peut l’apprécier de toutes les manières possibles.

Pour moi, le cinéma est une passion qui s’est construite et fortifiée au fur et à mesure des années. Mon premier choc cinématographique provient de Les aventures de Bernard et Bianca, premier film vu au ciné avec mes parents alors que j’avais entre 3 et 4 ans. Un dessin-animé avec un couple de souris toutes mignonnes, ballottées au sein de multiples péripéties, facile de contenter un gamin. Mais ce que j’en avais surtout retenu était l’ambiance pesante rythmant la partie impliquant Penny l’orpheline enlevée par la cruelle Médusa qui voulait l’utiliser pour récupérer, dans une grotte au milieu du bayou, le diamant « l’œil du diable ». L’image de ce joyau inséré dans un crâne était vraiment impressionnante. J’en aurai une fugace réminiscence quelques années plus tard en voyant sur grand écran, toujours avec mes parents, le crâne sculpté serti de trois pierres de Sankara dans Indiana Jones et le temple maudit. Un sacré souvenir que ce film découvert en salle à 10 ans. Entre les séquences d’action de dingues, le banquet aux mets horrifiques et la fameuse scène du cœur arraché par Mola Ram, il y avait de quoi imprimer durablement les pupilles. D’autant plus lorsque l’on assiste à ce spectacle en étant au premier rang !

Au départ, le cinéma pour moi c’était la grande aventure, les récits dantesques découvert en famille. 

J’étais donc déjà très attiré par ce médium qui racontait des histoires incroyables grâce à l’agencement des images. Je ne savais pas qui avait réalisé quoi et ne m’y intéressait pas plus que ça. Seuls comptaient les émotions suscitées et comment ces films enflammaient mon imagination.

Au départ, mon point de repère était plutôt les grands héros que je voyais s’activer d’un côté à l’autre de l’écran. Et plus que Star Wars, la première grande figure mythique fut Indiana Jones. Découvert sur un petit écran puisque Les aventuriers de l’arche perdue a été la première VHS louée pour inaugurer l’achat par mes parents de ce concentré de technologie de l’époque, un magnétoscope. Sous le charme de cet archéologue pas comme les autres, j’entrepris rapidement d’assouvir ma passion pour ce type d’aventurier en enchaînant les rip off qui fleurissaient pour surfer sur la vague. Les deux Allan Quatermain avec Richard Chamberlain, Le temple d’or avec Chuck Norris, Les aventuriers du bout du monde avec Tom Selleck, pas ce qui se faisait de mieux mais c’était parfaitement consommable pour un pré-ado.

La principale filière d’approvisionnement était le vidéo-club du coin. Une véritable caverne d’Ali Baba où les jaquettes aux visuels chatoyants étaient une invitation au voyage dans une multitude de genres. Et ce fut la rencontre avec les Monty Python, Stallone, Schwarzy, Carpenter, Michael Dudikoff, Romero, Jcvd, les séries B magiques de la Cannon, Histoires de fantômes chinois et bien d’autres. À la même époque, je rêvassais devant les affiches toutes aussi chamarrées des post-apo italiens (Les rats de Manhattan, Le gladiateur du futur, 2019 après la chute de New-York…) qui sortaient parfois au ciné, souvent dans la période printemps/été. Je restais à les contempler sans jamais oser franchir le pas. Mais cela tenait aussi et surtout à mon budget ciné limité.

Autre grand choc sur une toile, en 1987, avec Platoon. Enfin, la séquence finale et la bataille apocalyptique dans la jungle. Avec un pote, on venait de s’enquiller Over The Top et au lieu d’attendre sagement sa mère dans le hall, on a pu pénétrer dans la salle où elle était allé voir le film d’Oliver Stone. Nous sommes donc tombés en plein cauchemar vietnamien. Une expérience incroyable tant l’immersion fut brutale et totale. Un autre excellent souvenir est Rocky 4. La file d’attente débordait dans la rue et l’ambiance dans la grande salle était électrique. Toutes les générations étaient représentées, bien souvent c’étaient des pères qui accompagnaient leurs fistons, et lors du combat final, on se serait cru réellement au bord du ring tellement l’ensemble de la salle comble réagissait avec ferveur. 

Parmi les grands moments en salle, comment ne pas évoquer la fête du cinéma qui dans les années 80 se déroulait sur un seul jour ! Bonjour les casse-têtes pour établir sa programmation en tenant compte de la foire d’empoigne que constituaient les files d’attente. Pour être sûr d’avoir un siège pour la prochaine séance, certains quittaient le film en cours avant la fin. Je n’ai jamais pu m’y résoudre, même lorsqu’il s’agissait d’un opus de la franchise Police Academy. Parfois, il y avait plus de personnes dans la salle que de sièges disponibles, comme cette séance incroyable de Tremors découvert sur les marches entre les rangées.

Mais le véritable acte fondateur est sans aucun doute dû à John McTiernan. Déjà, découvrir Predator en salles avec mon père a été assez renversant. Croyant assister à un film classique à la Schwarzenegger, c’est à dire un truc assez bas du front, je fus cueilli par la maestria de la mise en scène. Et puis cet affrontement final, muet, où s’exprimaient uniquement la ruse et l’animalité des deux antagonistes était proprement stupéfiant. À l’époque, je commençais à peine à accoler un nom de réalisateur sur les films que j’appréciais le plus et celui de McTiernan était sans conteste à se rappeler.

L’année d’après sort Piège de Cristal. Peu d’écho dans la presse spécialisée, en tout cas pas assez de pages consacrées mais de lire que c’était le même réalisateur que Predator a suffisamment titillé mon intérêt. J’étais encore assez circonspect sur le talent du bonhomme, après tout Predator était peut être une exception, Die Hard serait peut être une douche froide. Surtout qu’il y emploie un acteur de sitcom, Bruce Willis, dont le premier véritable rôle sur grand écran, dans Boires et déboires de Blake Edwards, n’était pas franchement marquant. Quelle erreur. J’étais en transe pendant quasiment tout le film, le temps de me faire définitivement happer à l’arrivée de la bande à Gruber. Les personnages étaient archétypaux au possible (presque caricaturaux), l’intrigue était pourtant digne d’un actionner typique des années 80, ou ce que l’on avait coutume d’appeler avec dédain un spectacle à l’américaine, mais nom de Zeus, quel rythme, quelle fluidité, quelle poésie pétaradante !

À partir de ce moment, je commençais à faire beaucoup plus attention à tisser des liens entre les œuvres et leurs auteurs, leurs références, thématiques, etc. Bref, un début d’approfondissement de ce que je voyais, pour ne plus seulement me contenter de consommer primairement.

Mes sorties ciné seraient toujours influencées par mes genres préférés, fantastique, horreur, aventure, polar mais progressivement, elles seront aussi de plus en plus dictées par les noms des metteurs en scène. Avec en tête de liste McTiernan donc, Spielberg, Zemeckis, Carpenter, Sam Raimi, Cameron, Kathryn Bigelow (Strange Days en salle, quelle baffe), Fincher (Alien 3, malgré ses défauts et autres problèmes extra-narratifs, laissait entrevoir un sacré potentiel), Michael Mann, Scorsese, Eastwood, Lynch, Brian De Palma (Les Incorruptibles, quelle claque)… . Il y avait tout de même des réals français qui m’intéressaient, Verneuil, Lautner, de Broca, découverts grâce à Bebel, mais leur heure de gloire en salle était passée.

Dans le même temps, ma passion et mes connaissances s’affinaient, notamment avec les découvertes des magazines L’Ecran Fantastique, Starfix et Mad Movies, ainsi que son petit frère Impact. 

Je voyais bien sur les présentoirs des maisons de la presse les Première, Studio, Cahiers du cinéma, mais j’étais immanquablement attiré par les vilains petits canards remisés derrière. Des lectures qui me permirent de découvrir des filmos et réalisateurs inconnus jusqu’alors et qui faisaient enfler mon appétit de découverte. Et puis toutes ces plumes, les Gans, Boukhrief, Cognard, Putters, Guignebert, etc, me permettaient également d’aiguiser mon esprit critique et me confrontaient à des réflexions écrites qui ne se bornaient pas à parler du jeu des acteurs, du scénario, des effets plus ou moins spéciaux. Il y était question de mise en scène, de thèmes, de significations dissimulées qui se traduisaient en images et musique. Autrement dit, que derrière certains films, il y avait un propos, une véritable vision formalisés sciemment avec une pointe d’inconscient qui germait ça et là.

Les lectures ciné font aussi partie des choses qui ont entretenu et développé cette passion pour le 7ème art. Mon premier livre sur le cinéma, je l’achetais en 1997, dans une librairie toulousaine. C’était Mythes et masques : les fantômes de John Carpenter. Un gros pavé richement illustré et surtout superbement écrit par Luc Lagier et Jean-Baptiste Thoret. Il coûtait assez cher mais au vu de l’iconographie, le développement poussé et le sujet abordé (Big John, un de mes réal préféré !), je n’ai même pas pris une demi-seconde de réflexion avant de passer en caisse !

Depuis, je n’ai pas arrêté d’en acheter, sur des réalisateurs, des biographies, sur des thématiques, des séries télé, etc. Je n’ai pas encore pu tout lire mais c’est pas grave, ils n’ont pas de dates de péremption.

Autre jalon incontournable, et quelque part paradoxal, de ma cinéphilie, la télévision. La Dernière séance d’Eddy Mitchell et Cinéma de quartier de Jean-Pierre Dionnet m’ont permis de découvrir des perles du western, du giallo, du péplum et autres curiosités. J’allais faire aussi un tour de temps en temps du côté du Cinéma de minuit.

Et puis, au début des années 2000, il y a eu l’apparition du trublion Yannick Dahan, chroniqueur passionné et passionnant, qui présentait une émission sur le câble appelée DVD Amor, qui se mua en DVD Extra pour aboutir quelques temps plus tard à la célébrissime Opération Frisson. Il y encensait ou descendait en flammes des films, avec style, finesse, grandiloquence, énervement mais toujours de manière très argumentée. On pouvait ne pas être d’accord avec son point de vue, c’était évidemment subjectif, après tout ce n’était que son avis, mais on voyait bien que ce chauve à l’accent toulousain y mettait tout son cœur et parfois même déballait ses tripes. Un ton inhabituel magnifié par un montage alternant avec bonheur ses réflexions ciselées et ses interactions plus spontanées avec son équipe de tournage. Son apparition coïncide avec l’émergence de nouvelles voix critiques qui officient alors dans Mad Movies: Julien Dupuy, Arnaud Bordas, Stéphane Moïssakis et le boss, Rafik Djoumi. Dahan fait également partie de la bande mais au départ, il est cantonné à la rubrique jeux vidéos où il a à peine une demi-page pour s’exprimer. Chacun avait son propre style, sa propre voix mais tous ont ce talent de parvenir à mêler dans leurs écrits références cinématographiques bien sûr mais également littéraires, termes techniques, avis tranchés, analyses plus ou moins poussées tout en restant accessible et compréhensible. Le niveau atteint par cette dream team de la critique ne cessait de m’impressionner et me motivait à suivre modestement leurs traces. Avec Thoret, ils constituaient une forme de Graal rédactionnel qui m’a grandement influencé. Même si depuis ils ont disparu des pages de Mad Movies, je continue à les suivre dans leurs différentes activités. Et ils demeurent toujours aussi affûtés.

Pendant cette période Mad, je découvrais au sein du mag’ l’existence de fanzines qui attiraient mon attention. Et notamment un, au nom intriguant, Versus. En plus, leur premier numéro faisait la part belle à Sam Raimi (pour Spider-Man) et John McTiernan avec la première partie d’un dossier touffu. Je m’empressais donc de le commander et je pense que j’ai dû m’y abonner dès le numéro 2. C’était du même tonneau que mes chouchous de Mad.

J’appris par la suite que les rédacteurs étaient issus de toute la France, avec un petit détour par la Belgique pour le numéro 6 puisque un certain Pierre Remacle avait rédigé un formidable papier sur Les Indestructibles et qu’ils s’étaient rencontrés virtuellement sur le forum de Mad Movies. N’ayant pas d’ordinateur personnel, j’étais donc coupé du monde étrange et merveilleux des internets. Je n’ai donc pas connu et encore moins vécu les grandes heures du forum Mad dont les récits qui m’ont par la suite été contés ont alimenté quelques regrets. 

À partir de 1997, j’entrais dans la vie active et n’était pas encore chargé de famille. Donc j’organisais mes week-ends et jours de congés en fonction des films à voir au cinoche. Sinuant parfois entre trois cinémas distants de plusieurs kilomètres pour voir en une journée les trois films que je désirais. Si ado je séchais certains cours pour aller voir un film qui ne serait bientôt plus à l’affiche (il y a des priorités dans la vie), en travaillant, je posais un après-midi ou fréquentait régulièrement les séances de 22h. 

Durant cette période du milieu des années 90 au milieu des années 2000, outre les réalisateurs cités plus haut, dont je tentais de ne louper aucun nouveau film en salle, ma liste s’était allongée avec entre autres les frères Coen, Florent-Emilio Siri, Tarantino, Tony Scott, Guillermo del Toro, Peter Jackson, Edgar Wright, Satoshi Kon, Bong Joon-ho, Les Wachowski… .

Ma passion ne cessait de croître. Tout comme l’envie d’écrire sur le cinéma. 

Ce n’est qu’en 2007, au moment où je pénétrais enfin dans les espaces numériques de l’internet que je me lançais. Même si je n’ai pas fréquenté de fac de cinéma ou d’atelier d’écriture, je prenais mon courage à deux mains et surtout mon plus beau clavier pour contacter la rédaction de Versus et leur proposer quelques critiques/analyses. Je fus mis à l’essai sur une critique d’une page consacrée à Spider-Man 3 de Sam Raimi pour le numéro 11 à paraître en août. Quelle joie et fierté de voir mon papier publié ! Surtout, j’avais réussi le test d’entrée et me voilà donc intégré à l’équipe rédactionnelle. L’audience et la reconnaissance de la revue sont limitées puisque distribuée dans un réseau restreint de librairies spécialisées (et quelques FNAC) mais ce n’est pas grave puisque l’on est tous bénévoles, on écrit par passion et pas pour le pognon. Les ventes génèrent assez de revenus pour financer l’impression du numéro suivant et couvrir les frais d’hébergement du site. Chaque numéro propose un ou deux dossiers généralement en lien avec l’actualité du trimestre de parution, quelques critiques de sorties salles vue en amont via les projections presse, des rétros sur des films plus anciens mais globalement nous ne sommes pas tenus de coller impérativement à l’actualité.

Écrire pour Versus est aussi enthousiasmant qu’exigeant. Car non seulement la qualité du fond est primordiale mais s’ajoute les contraintes d’un nombre de signes max (variant selon s’il s’agit d’une simple chronique vidéo ou d’un long papier de plusieurs feuillets) à ne pas dépasser pour respecter la mise en page mais également le respect des dates limites de rendu de nos textes. Quand vous aviez plusieurs types de papiers à rendre pour un numéro, c’était parfois une sacrée gymnastique pour s’aménager du temps pour rédiger. En tous cas, c’était particulièrement stimulant. Nous avions un forum privé où l’on échangeait sur nos découvertes et déconvenues en salles, où nous répartissions les sujets selon les propositions et les envies de chacun. Une collaboration vraiment fructueuse et potache même si nous ne faisions qu’échanger virtuellement. Et afin de renforcer nos liens, chaque année, nous convenions d’une date et d’un lieu pour se retrouver en live et en 3D afin de partager un bon repas bien arrosé, bien évidemment émaillé de longues discussions cinéphiles.

À la même période, je retrouvais la trace de Rafik Djoumi aux abonnés absents depuis son départ de Mad Movies quelques années plus tôt. D’abord avec le site Matrix happening (rhââ lovely), puis sur sur le site Toutleciné.com où il tenait un blog qu’il alimentait de façon plus ou moins régulière.

Et parmi les autres blogs et sites qu’il avait épinglé en vedette figurait en bonne place L’ouvreuse. Intrigué par ce nom qui renvoyait à cette hôtesse d’accueil depuis fort longtemps disparue, je découvris alors une belle bande de passionnés qui maniait avec brio déconne et analyse tout en ayant un œil acéré sur le monde du cinéma au sens large. Un ton rafraîchissant et séduisant. Le site était assez récent et ils recherchaient des contributeurs. Je me décidais à leur envoyer quelques papiers en fin d’année. Par bonheur, je faisais l’affaire. Me voilà donc embringué sur deux supports différents mais incroyablement complémentaires. Tout comme les deux équipes rédactionnelles. À l’instar de Versus, la principale exigence est un fond de qualité. Après, nous avons une liberté totale dans le choix de nos sujets. 

Mener de front mon implication dans Versus et L’ouvreuse a été un sacré challenge à relever mais je me suis éclaté à le faire. Et puis, surtout, cela m’a permis de nouer de nouvelles amitiés qui se sont raffermies grâce à nos séjours au festival de Gérardmer. J’y étais accrédité pour Versus mais logeait à la casa L’ouvreuse dont les rédacteurs présents étaient plus nombreux. Une année nous étions deux en provenance de la revue et, comme à chaque fois, l’entente entre tous fut sensationnelle. De ces campagnes géromoises, je ne garde que d’excellents et grands souvenirs. Des tonnes de pellicules mémorables, ou pas, que nous ingurgitions sans relâche mais surtout des soirées de débrief qui déviaient immanquablement et assez rapidement. Attention, on bossait d’arrache-pied pour assurer la mise en ligne de nos papiers durant la couverture du festival mais sans se prendre trop au sérieux. On a vécu également de grands moments, à base de nanars improbables, dans le chalet de la peur des madnautes du forum Mad Movies venus en pèlerinage. 

L’édition de 2010 demeurera particulièrement chère à mon cœur puisque le président du Jury était John McTiernan à qui il fut rendu un vibrant hommage et qui nous gratifia d’une remarquable masterclass. De tous ces instants de rigolade et d’échanges, avec le recul, j’en garde comme une sensation de communion, le sentiment d’être alors exactement à ma place. 

Les rencontres amicales et « professionnelles » (entre guillemets car cette activité bénévole ne me rapporte rien financièrement mais plutôt humainement) liées à cette fonction critique demeurent évidemment la cerise sur le gâteau. Ainsi, j’aurai eu la possibilité de m’entretenir, pour L’ouvreuse ou Versus, avec Jean-Pierre Putters, Catriona MacColl, Frank Henenlotter, Eric Valette, Richard Stanley, David Sarrio. C’était stressant car l’exercice est compliqué mais je pense m’être plutôt bien débrouillé. 

Parmi mes activités liées au ciné, il y a eu aussi ma participation mensuelle, de 2008 à 2012, à l’émission radiophonique Le Cercle des cinéphiles sur Radio Mon Païs, station locale toulousaine. Là encore, je dois remercier Rafik Djoumi car c’est grâce à la publication sur son blog Touleciné de ses interventions téléphoniques pour cette émission que je m’y intéressais. Quand je découvris qu’elle était émise depuis Toulouse, je m’empressais de contacter son créateur, l’adorable et talentueux Alexandre Tylski, grand spécialiste du générique et de musiques de films, entre autres cordes à son arc, afin de lui proposer ma candidature ! Non, je lui adressais quelques exemplaires de numéros de Versus, le 12 venait de sortir de l’imprimerie, et lui demandais humblement si il pouvait évoquer la revue à l’antenne. Mieux, ou même pire, il me demandait carrément de venir pour en parler.

L’émission hebdomadaire thématique accueillait un seul intervenant et chaque deuxième lundi du mois, Le Cercle des cinéphiles s’agrandissait pour une table ronde à plusieurs voix pour revenir sur les films à l’affiche la quinzaine précédente. C’est donc à cette occasion que j’étais chaleureusement accueilli. Le maître de cérémonie m’invita même à intervenir avec ses acolytes, les sémillants Jean-Marc Lucas (journaliste ciné de la télévision locale, TLT ; pour TéLé-Toulouse), Patrice Chambon (de Radio Campus Toulouse), Christian Authier (belle plume du journal local L’Opinion Indépendante et grand spécialiste de Clint Eastwood) et le Professeur Thibaut (archiviste et programmateur à la Cinémathèque de Toulouse, un des créateurs du dantesque festival Extrême Cinéma). Je ne connaissais pas leur pédigrée mais j’ai vite réalisé que c’était des pointures. J’étais déjà stressé de venir parler dans un micro mais là, j’étais en proie à une panique totale (bon dieu, mais pourquoi je me suis assis aussi loin de la porte ?). Je participais timidement puis, en toute fin d’émission, Alexandre me donna la parole pour parler de Versus pendant deux ou trois minutes (plus, moins ? À ce moment-là j’avais perdu toute notion du temps). Grande victoire, j’ai réussi à ne pas bafouiller.

Je les remerciais tous et en partant, Alexandre me dit de revenir quand je voulais. Le genre d’invitation polie qui n’aboutit généralement à rien après. Je le remerciais doublement et voilà, pour moi, c’était fini. Superbe moment, j’ai fait mon taf avec un peu de promo pour la revue et basta.

Sauf que le mois suivant, je reçois un mail de monsieur Tylski me demandant quels films j’avais vu et dont je voulais parler dans la prochaine émission ! Il m’avait pris à son propre mot ! Et cela dura donc quatre ans, à raison d’une consultation mensuelle. Et c’était toujours aussi stressant à chaque fois mais également tellement délicieux d’échanger avec eux. En 2011, l’émission accueillait enfin une présence féminine en la personne de Barbara Canovas qui animait une autre émission sur Radio Mon Païs et qui s’essayait, avec réussite, à la critique radiophonique. Et puis, fin de séance en 2012 avec le départ d’Alexandre Tylski pour des projets professionnels à Paris : documentaires radio pour France Culture, vidéo pour Arte, dont une mini-série en 66 modules sur les génériques, des conférences et bien d’autres choses. 

Entre ce Cercle des cinéphiles, L’ouvreuse et Versus, la période fut géniale et particulièrement faste. 

Malheureusement, tout à une fin. En plus de l’arrêt du Cercle, Versus était éreinté financièrement et nous étions désormais dans l’incapacité de couvrir les frais d’impression. Malgré tout, nous sommes parvenus à sortir un dernier numéro (pour l’instant ?!) en automne 2012 pour les 10 ans de la revue, grâce à un financement participatif. L’activité continue sur le blog de la revue, de façon plus ou moins régulière. Nous avons sorti deux gros dossiers, sur John McTiernan et Clint Eastwood, sous forme d’articles fouillés publiés en ligne puis rassemblés en format pdf.

L’ouvreuse a vu elle aussi son activité se tarir drastiquement depuis deux ou trois ans. Si on devait en rester là, on peut être fier de notre production. Même si la thèse de 600 pages sur Morse promise par Pierre depuis 2009 aurait été un sacré aboutissement pour le site (désolé pour la private joke qui ne fera sourire que les membres de la rédaction de L’ouvreuse).

Personnellement, ce n’est pas l’envie et la motivation d’écrire qui me manque mais plutôt le manque de temps. Mais je devrai revenir à un rythme plus soutenu en 2021. Le cinéma me passionne toujours autant et j’ai toujours envie de partager mes coups de cœur, voire parfois mes coups de sang.

Je n’écris pas pour la gloire ou la reconnaissance du milieu. Même si, il ne faut pas se mentir, c’est toujours extrêmement gratifiant de voir certains de ses papiers cités ou des extraits repris dans une analyse critique ou pour illustrer une rétrospective dans un festival ou une cinémathèque. Cela montre que ce que l’on a écrit n’est pas si mal que ça. Lorsque cela arrive, comme dernièrement dans l’excellent livre de Jérôme d’Estais consacré à Kathryn Bigelow et édité par Rouge Profond, je suis toujours très fier mais surtout étonné.

Depuis 2007, j’ai acquis un peu d’expérience dans la pratique mais j’ai toujours aussi peu confiance dans ce que je rédige. J’essaye toujours de trouver un angle d’approche intéressant et de ne pas être trop rasoir à lire. À chaque fois que j’ai fini de rédiger quelque chose, il arrive toujours un moment où je suis sur le point de tout effacer, ayant de sérieux doutes sur la pertinence de mon propos. Cela sonne comme de la fausse modestie mais tant pis. Et puis finalement je me décide à le mettre en ligne car après tout, ce n’est qu’un avis dérisoire parmi tant d’autres. Même là pour ce voyage dans mes souvenirs, je suis à deux doigts de tout supprimer et tout recommencer. Qui ça peut intéresser à part les copains ?

Je pense qu’il est désormais temps de penser à conclure mon ego trip.

Le cinéma m’a tant apporté culturellement, c’est grâce à cette porte d’entrée fantastique que j’ai pu explorer et explore encore des pans entiers de la culture populaire. Car finalement, le cinéma est sans doute l’art le plus populaire justement, le moins intrinsèquement élitiste car tout le monde parvient à trouver son compte dans la multitude des genres qui le constituent. C’est ce que je trouve beau et fascinant, cette capacité que chacun a de s’approprier une œuvre, une filmo. Et surtout, comment on parvient à transmettre autour de soi l’affection que l’on porte à un film ou un réalisateur. J’adore discuter ciné, avec des amis ou des collègues, qu’ils soient férus ou non de son histoire. Quitte parfois à les saouler à force de leur vanter les qualités de l’un, la conception révolutionnaire de l’autre, ou simplement le choc émotionnel ressenti. 

J’ai essayé de passer le témoin à ma fille. Peut-on considérer comme un échec le fait qu’elle ne soit pas aussi accroc que moi ? Bien sûr que non. Je ne lui ai peut être pas transmis le virus mais comme je l’ai aidé à marcher, j’ai au moins guidé ses premiers pas dans le cinéma avec Miyazaki, Pixar, James Cameron, Spielberg, Edgar Wright, Tsui Hark, les Wachowski, Zemeckis, un peu de John Carpenter et McTiernan…

J’ai eu l’immense satisfaction de voir à ses réactions que même quarante après, Halloween et Les dents de la mer étaient toujours aussi flippants. J’ai pu lui faire découvrir Jurassic Park et Titanic sur grand écran lors de leur ressortie en salle. Et elle a adoré. Surtout Titanic qu’elle a revu de multiples fois en Blu-ray. Tout comme elle a kiffé la trilogie du Hobbit découverte dans la rare salle de la région toulousaine qui la projetait en HFR.

Et puis, dès l’entrée au collège, nous regardions moins de films ensemble. Elle se construit elle-même ses propres références, voire sa propre cinéphilie. Et c’est très bien comme ça. Et puis, échanger sur ce que chacun a vu est une bonne manière de maintenir une certaine communication (pas évident maintenant qu’elle a presque 18 ans). De toute manière, elle sait que mes piles de livres et de films lui sont accessibles et n’attendent qu’à être explorées. Et partagées.

Avant le générique de fin je tiens à m’excuser auprès de mes compagnons de Versus et L’ouvreuse de ne pas les avoir cité. J’en profite donc pour les remercier pour ce qu’ils m’ont apporté et m’apportent toujours. Donc merci les gars !

Team Versus: Stéphane Ledien, Julien Péchenot, Eric Nuevo, Fabien Leduigou, Julien Taillard, Laurent Hellebé, Jean-Charles Lemeunier, Fabrice Simon, Philippe Sartorelli, Alexandre Paquis, Julien Hairault

Team L’ouvreuse: Nicolas Bonci (Nicco), Guénaël Eveno (Simidor), Nicolas Marceau (Mérovingien), Sébastien Le Gallo (MacFly), Pierre Remacle (Vendetta)

Nicolas Zugasti

Propos recueillis par Yoan Orszulik, vous pouvez retrouver Nicolas Zugasti sur le blog de Versus ainsi que sur le site de L’ouvreuse.

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