Sleepless – Critique

Critiques Films
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Remake officiel de Nuit blanche de Frédéric Jardin, Sleepless tente de retrouver l’énergie de son modèle original en transposant son intrigue à Las Vegas et s’appuyant sur un Jamie Foxx tendu comme rarement. Sauf que le réalisateur Baran bo Odar ne parvient ni à apporter une nouvelle inspiration, ni une mise en scène transcendante ni de véritable personnalité. Ce qui décuple les défauts de l’original et en fait un thriller de bas étage sans grand intérêt.

En 2011 sortait Nuit blanche de Frédéric Jardin, un thriller conceptuel qui tentait difficilement d’emboîter le pas à A bout portant de Fred Cavayé mais offrait tout de même une proposition assez radicale ne manquant pas de charme. Quelques mois plus tôt sortait chez nous Il était une fois un meurtre, le second long métrage de Baran bo Odar. Un thriller qui ne manquait pas de style et de noirceur mais qui souffrait d’un sérieux manque de singularité et de matière. 6 ans plus tard, voilà Baran bo Odar qui met en scène le remake de Nuit blanche, attendu depuis la présentation du film à Toronto. Un réalisateur pas très fin mais intéressant, une scénariste plutôt talentueuse en la personne d’Andrea Berloff (Blood Father, Straight Outta Compton) et un beau casting avec Jamie Foxx, Michelle Monaghan, Scoot McNairy et Dermot Mulroney dans les personnages principaux. Soit un potentiel encore décuplé. Sauf que Sleepless ne décuple au final que ce qui clochait dans le film original. La force de Nuit blanche tenait dans l’énergie qui émanait du film, très intense. Elle n’apparait ici que de façon sporadique et tout à fait artificielle. Baran bo Odar, aussi talentueux soit-il, ne parvient jamais à créer une tension constante de façon à crisper le spectateur, ce que réussissait l’original. Il se contente de remuer sa caméra pour bien souligner que la situation est tendue, refait 5 ou 6 fois le même plan qui tue (la caméra qui accompagne le mouvement d’un personnage qui se fait propulser et retourner dans les airs pour atterrir sur une table, un grand classique depuis quelques années), mais ne trouve jamais le ton qui va bien.

La pression qu’il met en place n’a aucune consistance. D’autant plus qu’elle ne correspond jamais au projet artistique qui anime Sleepless. En effet, quand l’original jouait la carte d’une mise en scène et d’une photographie très rugueuses, Baran bo Odar cherche à singer le Michael Mann de Collateral. Sauf qu’entre la fusillade inaugurale, la multiplication des plans en hélico survolant Las Vegas de nuit, le décor de boîte de nuit et la présence de Jamie Foxx, les appels du pied au maître sont extrêmement lourds. Et surtout peu productifs. Baran bo Odar est fan de Michael Mann, grand bien lui fasse. Mais là où le cinéma de Mann repose sur une précision diabolique, en plus d’une mise en scène d’une intelligence rare et de scripts plus que solides, Sleepless ne propose que du Michael Mann au rabais. La confusion règne à tous les étages. Le scénario reprend les retournements de situation du film original et en joute d’autres, ce qui rend l’ensemble parfois ridicule. Le parcours des personnages est totalement incohérent, à commencer par le « héros » qui se prend une balle dans le bide dès le début, montre tout le long du film qu’il a très très mal sauf quand il se bastonne ou fait des cascades. Cette confusion se retrouve dans la mise en scène avec des séquences parfois illisibles mais qui oublient surtout le principal : délimiter les lieux de l’action et les rendre lisibles pour le spectateur. Là, on ne sait jamais vraiment où on se situe, à l’inverse des personnages qui eux le savent très bien. Mais à vrai dire, on s’en fout un peu car ce qui se déroule à l’écran n’a que peu d’intérêt.

Baran bo Odar ne parvient pas à rendre un seul de ses personnages attachant. Donc qu’ils se fassent tirer dessus, qu’ils meurent ou qu’ils renouent avec leur famille ne crée pas la moindre émotion. Il faut se contenter du peu d’action que le film propose parfois. De quelques séquences qui repoussent les limites du cabotinage jusqu’à devenir amusantes, notamment avec le personnage interprété par Scoot McNairy. Mais globalement, l’ensemble du casting ne fait pas le moindre effort pour apporter quelque chose de solide aux personnages. Les quelques bonnes idées esquissées, comme le personnage de Michelle Monaghan qui doit lutter pour exister dans un monde d’hommes, ne sont jamais vraiment développées. Et Jamie Foxx se contente vraiment du minimum syndical. Pas grand chose à sauver dans ce Sleepless. D’un film original avec une forte personnalité, le remake devient un thriller mou et artificiel qui ne sait pas sur quel pied danser, manque cruellement d’énergie et de cœur, et ressemble plus à un téléfilm de luxe qu’à autre chose. Dommage, car il y avait un beau potentiel pour un auteur qui aurait su gommer les quelques défauts de Nuit blanche. Autant revoir le film de Frédéric Jardin, qui avait au moins le mérite de tenter des choses quitte à se planter, plutôt que ce remake de fainéants.

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